Rome et Naples religion, philosophie, art
Celui qui a écrit ces pages n’est pas de ceux qui, s’arrêtant à la surface épaisse des choses, ne voient pas la vie qui s’est retirée en elles et qui y palpite sourdement, mais énergiquement encore. Il n’est pas de ceux qui , s’effrayant des symptômes apparents de mort, et n’interrogeant pas les ressources vitales cachées , désespèrent à jamais de l’avenir. 11 comprend les lois providentielles , logiques, éternelles, qui régissent le monde moral comme le monde physique; et il a foi en elles. 11 sait que le désordre est un état passager de malaise, de souffrance, de maladie , une sorte d’anomalie , un fait hors de l’éternité , qui dès-lors est soumis aux actions destructives du temps et appelle nécessairement une fin. U sait que le désordre ne peut avoir de durée permanente, régulière, et que la force de
l'ordre universel Unira toujours par l’absorber et par l’éteindre. Il sait qu’après les ombres épaisses de la nuit, viennent les fraîches clartés de l’aurore. U sait qu’après la maladie, la santé revient au corps, et qu’après l’amertume, la douleur, le découragement, le cœur de l’homme se rouvre à la joie, au bonheur, à l’espérance, comme la fleur aux tièdes haleines du printemps. 11 sait que tout ici-bas a une durée nécessaire, un cycle à parcourir, une destinée à remplir ; et que tous, nous sommes emportés dans ce tourbillon , et que tous, malgré nous et à notre insu, nous obéissons à cette force de gravitation qui est une des grandes lois du mouvement et’de la vie.
Ainsi il croit à l’avenir ; c’est-à-dire qu’il regarde le triomphe de la vérité comme un fait rigoureusement nécessaire.
En effet, l’erreur ne peut avoir qu’une période passagère, qu’une durée que l’on peut à la rigueur mesurer par l’énergie de sa cause. L’erreur, c’est la mort dans le monde logique, c’est la stérilité, c’est la négation de l’être et par conséquent de la vie. L’erreur n’a donc en elle aucun élément de perpétuité, de stabilité, de durée. Essentiellement bornée et finie, elle se détruit, elle se dévore ellemême; et elle passe, rapide, devant la face du soleil comme le nuage qui porte la tempête.
La vérité qui est l’être, la vie, la lecôndité, la perfection, la beauté par excellence ; une, éternelle, infinie par son essence divine; puisant dans le sein même de Dieu, son énergie, sa force et sa lumière , la vérité doit nécessairement être amenée par la puissance des lois logiques à triompher de l’erreur. Sa victoire est inévitable. C’est là qu’est tout le secret de l’avenir.
Quand viendra cet avenir ? Nul ne le sait. Cependant l’on ne peut nier qu’un mouvement religieux et moral , un retour vers des idées meilleures s’opère dans le monde. Les esprits se réveillent , ils semblent sortir d’un long sommeil ; et les yeux cherchent la lumière et se tournent du côté d’où elle doit leur venir. C’est déjà un progrès. El de tous côtés l’on entend des voix douloureuses, des plaintes, des aspirations, des prières même qui essaient de monter vers le ciel.
Plus que jamais l’on voit surgir des tètes sérieuses, des hommes graves, des penseurs profonds. Plus que jamais l’on soulève avec une sorte de respect les grandes et austères questions , les problèmes de la métaphysique et les mystères de la religion. L’on a abandonné le scepticisme railleur , l’incrédulité systématique du dix-huitième siècle. — La jeunesse aujourd’hui ne rit plus; elle pense.
— Elle est Lasse, du vide que laissent toutes ces philosophies dévastatrices, surtout ce rationalisme superbe qui place dans l’homme le principe de la raison, principe qui n’est qu’en Dieu et qu’on chercherait vainement ailleurs. Elle commence à sentir le besoin d’une philosophie plus vraie, plus solide, plus durable. Elle veut pour son intelligence une nourriture plus substantielle, plus saine, plus forte. Elle n’a que faire des idées qui démolissent et qui tuent; elle veut des idées qui édifient, des idées qui fécondent, des idées qui relèvent, des idées de vie ; en un mot elle demande, elle cherche la vérité.
Elle a dit à la philosophie du dix-huitième siècle : La vérité n’est pas en toi. Tu n'as su apporter dans la société que la division, la ruine et la mort. Impuissante à créer, lu t’es fait démolisseuse, et pour cela tu as montré une aptitude , une énergie , une audace que l’esprit du mal seul pouvait t’inspirer. Ton haleine a tout flétri, desséché tous les germes, dévasté toutes les intelligences. Tu as fait autour de toi le désert et le vide... Je ne veux pas de toi.
Et cette jeunesse trop longtemps ballottée à l’heure qu’il est par les rêves décevants, par les mensonges arides du rationalisme, lui crie dans son désespoir : Rends-moi la croyance que j’avais et que tu m’as ravie. Rends-moi la paix, rends-moi le
calme... Tu m’avais promis la lumière et tu ne m’as ♦ donné que l’obscurité. J’avais la foi , j’avais ce soleil pour éclairer ma route; et tu as soulevé la poussière autour de moi, tu en as fait un épais nuage, tu m’as environné de ténèbres profondes et tu m’as dit : Marche-là... J’étais heureux avec cette croyance simple et naïve , avec cette foi douce et pure, avec cette religion consolante que ma mère m’avait léguée comme son plus bel héritage en ce monde; et voilà que tu m’as tout enlevé. Lambeaux à lambeaux tu m’as entièrement dépouillé de ce vêtement d’innocence; pièce à pièce tu as démoli cet édifice moral dont la construction avait coûté tant de soins, tant de veilles, tant de peines à ma mère. Oh ! tu peux frapper des mains, ton œuvre est consommée !
Cette réaction qui s’opère, avec lenteur il est vrai , mais avec constance , s’est signalée surtout en France; et cela parce que la France est toujours la première entre les nations par la force morale comme par la force matérielle, par l’intelligence comme par le sabre. La France, en se plaçant à la tête de ce mouvement progressif vers le bien, n’a pas oublié qu’elle est pour les autres nations comme une espèce de phare sur lequel elles ont sans cesse les yeux attachés. La France, et je suis fier de le