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Rome et ses papes

Rome , en langue e'trusque , signifie force. Un aventurier , chef de meurtriers et d'esclaves , la fonda. Le brigandage , la rapine , la peste, présidèrent à sa naissance : elle massacra son premier maître et son législateur , répudia ses rois, et passa successivement par la, puissance, la degradation et l'esclavage.

Florus divise son histoire en quatre époques. Son enfance cçsse avec Tarquin-le-Superbe ; son adolescence a son principe dans le consulat de Brutus , et sa virilité finit avec César Auguste. Après lui l'épuisement commence ; avec les Césars , la décrépitude.

Le premier âge est tranquille. Rome ébauche son langage , ses institutions , son caractère national. Le peuple nomme ses princes ; un sénat conservateur maintient l'équilibre entre le peuple et ses rois. On classe la nation en curies ,

centuries , qui rendent bientôt le suffrage des plébéiens illusoire. La tyrannie d'un despote parricide , l'infortune de Lucrèce , allument le brandon de discorde ; la haine de l'injustice naît.

Au deuxième âge la royauté' est proscrite ; mais une aristocratie reste , et aucun pouvoir ne tempère son action. Elle en abuse ; le peuple se soulève , abandonne ses lares , obtient des garanties , et rentre dans Tordre. Les décemvirs écrivent les douze tables pendant qu'une grande portion de l'Italie , depuis les Alpes jusqu'à la Sicile , subit la conquête. Guerres puniques. Rome ambitieuse et conquérante éparpille ses forces. Battue, menacée par Annibal, elle tremble ; mais les délices de la Campanie énervent les Carthaginois. Annibal oublie la vengeance , et Rome est sauvée. La Sardaigne et la Macédoine saccagées deviennent provinces romainés ; Carthage est détruite ; la Grèce est délivrée par un Flaminius ; Corinthe brûlée par un Mummius , et l'Espagne subjuguée par un Scipion qui s'y déshonore. Ici Rome commence à s'efféminer en Asie. Les grands éludent les lois agraires. L'amour de l'argent , des spectacles et des plaisirs , absorbe la nation tout entière.

Avec Jugurtha naît la troisièmé époque.Rome était à vendre. Ses aigles pénètrent dans les

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Gaules , s'enfoncent dans le Nord jusqu'au Tanais et aux Méotides. Mithridate résiste pendant quarante ans : il est trahi lorsqu'il médite de vaincre les Romains dans Rome. Marius et Sylla ensanglantent la patrie. César bâties Germains, les Gaulois , et traverse l'Océan, britannique ; les Gracques tentent de renouveler la loi agraire et le sénat les égorge. Rome est assiégée par ses voisins , auxquels elle refuse le droit de cité: ses armées sont mises en déroute par des esclaves ; elle tremble devant un gladiateur général. Anarchie de force. Catilina conspire. Cet âge est la maturité , le développement le plus complet.

La quatrième est le principe de décadence.

Rome a engloutie toutes les républiques , affaiblie par le luxe , la guerre civile et les proscriptions, elle s'affaisse sous le joug d'un dictateur. L'excès d'action et de vigueur a usé son énergie ; son bras tombe de fatigue. Ses consuls , conquérants et faiseurs de rois , Sont des géants ; on se bat dans le monde pour la domination de Rome , et Rome sourit à ce spectacle. En vain des républicains* vertueux s'efforcent de sauver la patrie ; les armées de la patrie elle-même les dispersent. César dissipe le triumvirat, et règne seul. La liberté quitte le Capitolè.

Auguste , plus astucieux que son grand-oncle,

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caresse la nation en rompant son indépendance. Il dore les fers de la servitude , et dépouille insensiblement le forum de ses droits. Déjà le peuple n'intervient plus dans les- lois. Tibère vient supprimer les assemblée^ publiques , et les Césars qui lui succèdent trouvent le pouvoir assez ferme pour oser impunément opprimer et détruire.

Caligula , Néron , Commode , Caracaila , enfantèrent cette résignation stupide qu'on déplore dans l'humanité de leur temps. Ils flattèrent la populace par des jeux et des spectacles , et l'abrutirent en alimentant chez elle la paresse et la dissipation. Le règne des Césars est la décrépitude de Rome , l'approche de l'agonie. Entre les taches de sang , quelques bons princes brillent : mais ils réparent et ne refont point. Après des monstres , l'absence du mal a passé pour le bien.

Pendant long-temps nous voyons les légions prétoriennes proclamer des Césars qu'elles immolent aussitôt. A la mort de Pertinax , elles mettent l'empire à l'encan ; chacun élit ses empereurs. Une sorte d'oligarchie militaire règne où la milice omnipotente fait et défait les chefs. Rome , jeune et vigoureuse , a refoulé les barbares du Nord ; le bruit de ses derniers soupirs

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les rappelle.. Peu à peu ce qu'on nommait l'empire perd des conquêtes , la fortune publique «'altère , et la manie des investitures martiales se calme quand il n'y a plus de terres à donner. Sous Dioclétien , les gens de guerre , devenus riches et débauchés , se débandent , et la vieille discipline succombe. Bientôt Rome passe en Orient. C'est le coup fatal : la décomposition sapa la force qui lui restait.

Soudain paraît le roi des Huns, des Mèdes et des Goths , Attila , le fléau de Dieu , homme improvisé, extraordinaire, dont l'histoire est presque un prodige. Il ravage l'Orient ; humilie . Théodose , en fait son tributaire et son esclave ; . porte ensuite le sac dans les Gaules; se fait battre par Aétius , et vient paisiblement se recruter dans ses foyers pour fondre sur l'Italie. Un chef des chrétiens de Rome se montre , et l'arrête au pied de l'Apennin. C'est Léon I er , pape. Humble et suppliant il se jettô aux genoux d'Attila ; et le barbare ému baisse le glaive , s'éloigne , et va mourir en Sicile , après avoir bouleverséle monde depuis l'Indus jusqu'à l'Armorique [453].

Dans l'intervalle , Alaric , roi des Visigoths, les Bourguignons , les Suèves , les Alains , ont dévasté l'Occident. D'abord allié de Théodose,

Alaric tourne ses armes contre ses faibles successeurs. L'appât d'un tribut promis par Honorius le tient à l'écart : il revient furieux d'avoir été dupe. Honorius a massacré son meilleur général ; comme Aétius , Stilicon a.payé de sa téte les triomphes de ses soldats. Alaric assiège l'empereur dans Ravenne , marche sur Rome sans défense et la somme de capituler. A la voix d'un sénat idolâtre , le pape Innocent 1 er promenait alors les faux dieux en triomphe pour animer le peuple. Les portes s'ouvrirent néanmoins et le pontife prit la fuite. Alaric n'était point un barbare. On le voit , haïssant le parjure , demander de la loyauté dans les traités et de la bonne foi dans leur exécution ; on le voit , apaisant cet esprit de désordre , dont il est rare qu'une masse armée soit exempte , protéger les citoyens , les temples , et n'user d'aucunes représailles envers ces orthodoxes prétendus qui persécutaient l'arianisme, sa croyance adoptive.

[475.] Après les Vandales , l'Italie respire. Pendant un instant de calme , Oreste , général des armées romaines dans les Gaules , a placé sur le trône d'Occident le jeune Augustule.

Odoacre arrive , le dépose ^ l'exile en Campanie et prend ce titre de roi que tous les cônqué-

rants barbares ont avant lui dédaigné. Ici finit la domination romaine. A son tour Théodoric se montre , tue Odoacre , et s'empare de la couronne. Théodoric est le beau-frère de Clovis et^ le gendre d'Alaric. Il embellit Rome , relève ses édifices et la défend contre ses propres coups. Roi tolérant et sage y il s'entoure de savants , et prend pour législateur ce Cassiodore /homme habile , qui finit par noyer sa science dans le monachisme. 11 se souille par des travers : il commet quelques crimes ; mais alors le meurtre d'un homme est peu de chose ; c'est presqu'une faculté de l'état de vie, car la nécessité lui sert d'excuse [526].

Cependant un empereur dégoûtant de vices et de libertinage doit écraser les Ostrogoths ; c'est Justinien. Après avoir pacifié l'Or ient, et repoussé les Perses au-delà de l'Euphrate , ce prince envoie ses généraux en Italie. Trébonius débrouille le chaos des lois et donne un code au monde , pendant que Bélisaire délivre le Capitole [553]. L'éclat de l'empire pouvait renaître sous une main habile ; mais Justinien récompensait la gloire par des supplices : sur la fin de ses jours , il associait à sa couronne une prostituée turbulente à laquelle il abandonnait l'Etat pour mieux prendre part aux con-

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testations du culte. L'ingratitude lui devint funeste.

[569.] Narsès , menacé par le bras qui frappa t Belisaire , humilié , poursuivi par la cour qu'il a servie, vient implorer les armes des Lombards. Ces peuples formaient la plus formidable tribu de Germanie. Alboin , leur roi , ce prince qui fit un vase du crâne de l'homme dont il épousa la fille, était l'allié de Justinien. Les Lombards cependant plaignent le proscrit. Ils ont connu l'Italie et les délices de son ciel. Sans peine ils se rangent sous les drapeaux de l'infortune , et envahissent bientôt le pays Vénète , la Ligurie , la Toscane et la campagne de Rome. Voila l'origine de la puissance lombarde. Alboin régna le premier à Pavie. Il était farouche et dur avec quelques idées du juste. Rosemonde, sa femme , l'assassina pour venger les mânes du roi son père et devint successivement l'épouse et la meurtrière de son lâche complice [573]. L'histoire de ces temps* lointains est horrible à dire : c'est le règne absolu de la force par la cruauté et la mauvaise foi. — Narsès mourut oublié.

Il serait long de retracer ici la sanglante série des princes qui gouvernèrent l'Orient. L'Italie devient à peu près étrangère à leurs annales.

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J'omettrai également cette suite de souverains lombards dont l'usurpation se prolongea pendant deux cent six années. Les dépouilles de la civilisation, des lettres et des arts s'engloutirent dans la longue période de leur domination. Une multitude d'inventions nécessaires à la vie périrent , et l'Italie retomba dans un abyme d'ignorance et de superstition.

Rome encore était presque intacte , et cen'ést point aux excursions précédentes que doivent «'attribuer les ruines dont elle fut postérieurement couvertes. Non loin de Parc de triomphe que le peuple et le sénat romain dédièrent à Septime-Sévère et à ses fils , Caracalla et Géta , sur un plan plus bas est une colonne corinthienne que l'exarque Smaragdo élevait en 608 à l'empereur Phocas. Ainsi , au septième siècle, c'est-à-dire après les prétendues dévastations des Huns , des Vandales et des Ostrogoths , le niveau du forum «était encore celui qui , bien des siècles auparavant, supporta la tribune aux harangues. Aujourd'hui le niveau de ce même forum arrive presqug à la moitié du fut de la colonne de Phocas. Un archéologue, distingué 1 attribue jen partie ce bouleversement aux

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troubles du moyen âge , à Robert Guiscard , par exemple , qui , en 1084 , mit la grande cité chrétienne à feu et à sang , en secourant le pape Grégoire VII , et à Brancalébn qui , deux siècles plus tard , démolit toutes les anciennes ruines qui pouvaient offrir un repaire aux factieux. Procope nous apprend aussi que les Romains détachaient les belles statues du mausolée d'Adrien pour les lancer sur les barbares. Lorsque le forum servit d'asyle au bétail destiné à la consommation de Home , il reçut le nom do campo vaccino, champs' des bœufs , comme le Çapitôle se convertit en campidoglio , champs d'huile. L'origine du forum remonte à Romulus. Il avait dans son principe six cents pieds ' de long sur quatre cents de large. On l'appela forum de ferre, porter, parce que le laboureur y venait vendre ses denrées. Le forum d'Athènes formait au contraire un carré régulier.

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