‹ Rome et ses papesChapitre 117 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XVII

de ce Borgia, César , qui s'emparait du littoral de l'Adriatique par le meurtre et les assassinats. — On rapporte que 3o,ooo années d'indulgences ne coûtaient de son temps qu'un ave maria à Notre^Dame-de-Lorette. Les évêchés , les bénéfices , toutes les charges de l'Eglise appartenaient au plus offrant. — Renouvelant dans le monde les prétentions usées du saintsiége sur les couronnes temporelles , il s'arrogea des droits jusque sur les contrés sauvages du Nouveau-Monde, et traça cette ligne Alexandrine qui partageait entre les Portugais et les Espagnols toutes les portions de l'Amérique connue — Gukciardino , Paolo Giove , Bembo, Tomasi , ont recueilli ses actes : je passe outre. Défiant comme Tibère, c'est lui qui établit une communication secrète entre son palais et le fort Saint-Ange. Quelquefois il prit plaisir à emfiellir sa métropole, ses églises , et surtout sa propre demeure; mais il ne soulagea point les pauvres , ne fit rien pour le peuple , et les Romains , qui avaient battu des mains à la mort d'Innocent VIII, renouvelèrent leurs transports quand le héraut funèbre vint annoncer la sienne. Je n'ose pas dire que , sans cette dernière faute d'Alexandre VI , ils n'eussent pas réprouvé sa mémoire.

Ici finit l'âge mûr de la puissance papale : la réforme va la pousser vers la caducité. Ses armes sont rouillées ; l'emploi en est plus rare et souvent sans effet : elles ménagent les grands coupables et ne frappent plus que les faibles.

Peu à peu tous les États chrétiens vont s'arro-

ger le droit de réviser les décrets de Rome avant d'en autoriser l'exécution. — Les longues querelles des conciles et des papes , les méfaits de ces derniers , les schismes , les discordes fomentés par leur vanité , ont altéré la haute prévention dont les chrétiens aimaient à entourer le grand pontificat. — Lentement l'élément théocratique s'affaisse sou» le poids des maux qu'il enfante , et à l'école de ces mêmes maux une lueur de civilisation semble commencer de poindre. — L'imprimerie est découverte. — Le goût des voyages se propage avec celui des arts et des sciences. Les Grecs vagalfcmds dans l'Europe , quêtant partout une patrie , apportent des copies d'Homëre , de Platon , d'Euripide et de Sophocle. — Machiavel en écrivant le code de la tyrannie écrit aussi pour les peuples celui de la défense. Insensiblement l'intelligence s'émancipe ; la réflexion se montre. On conçoit que les hommes puissent vivre heureux sans pape et sans intolérance , car l'es-

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