LIVRE I , CHAPITRE XVII
tout-à-coup il les fait valoir , lève une armée contre l'avis de ses ministres , passe les Alpes , renverse tout sur sa route , et vient afficher ses lois aux murailles du Vatican ; le pape tremble, mais on négocie. Charles prête hommage au î»aint-père en plein consistoire , et s'humilie de mille manières pour être sacré empereur , non d'Orient , mais d'Occident. — Le prince ensuite marche sur Naples. — Ferdinand n'est plus.
Son successeur , Alphonse II , repoussé par ses sujets , abdique de terreur et se cloître dans un couvent ; en vain son fils Ferdinand II harangue les Napolitains : il fuit lui-même devant Charles , et l'armée française occupe le royaume, [i 495-] Dans cette occurrence , Borgia s'inquiète : jaloux de la fortune de Charles il le trahit et arme contre lui l'Empire , Ferdinand le Catholique d'Espagne , Venise et le duc de Milan. Une ligue redoutable vient camper au pied de l'Apennin pour cerner le vainqueur , et Gonsalve de Cordoue reconduit le roi de Naples dans sa capitale. Charles alors s'arrache aux fêtes et aux plaisirs. La Campanie heureuse ;t décimé ses soldats; mais leur ardeur est la même : le roi leur parle en preux , une poignée de braves disperse une armée entière , et Charles triomphant rentre dans ses foyers. — Com-
mines nous apprend qu'il pouvait encore reconquérir l'Italie. — Pendant cette courte lutte,
la chrétienté vit son souverain pontife prêchant pour ainsi dire une croisade en Turquie contre le prince français. Bajazet promit des secours ; il demandait pour condition la mort de Zizim son frère : Zizim mourut.
La fin d'Alexandre fut la punition de sa vie : il expira dans des convulsions horribles. — L'usage voulait alors que le pape héritât des cardinaux , et le tigre de Rome osait les empoisonner pour jouir plus tôt de leurs dépouilles. Trois de ces derniers dînaient un jour au palais : leur perte était projetée ; mais la potion mortelle échut au pape et à Valentinois , qui par mégarde l'avalèrent. César , jeune et vigoureux, échappa au châtiment de ses crimes ; Alexandre , vieux et usé de débauche , succomba. — Les serviteurs de Borgia agirent-ils sciemment? y eut-il erreur ou suggestion ? l'histoire doute. Le meurtre des papes est toujours demeuré incertain . Le délit s'ensevelissait avec eux.
Alexandre VI persécuta les plus puissantes familles de Rome et de l'Italie afin de conférer à ses bâtards les titres et les biens des proscrits. En prince criminel , en père plus criminel encore, il prêta l'appui de sa scélératesse à celle