‹ Rome et ses papesChapitre 149 sur 197 · LIVRE II , CHAPITRE EU · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE EU

Elus cruel que tous les princes de son temps , je ne puis admettre que le but de sa cruauté* l'excuse. — Il jeta dans la famille des Ursins et des Colonne deux nièces qu'il avait tirées de la lie du peuple , et ces maisons puissantes n'osèrent pas repousser son alliance.

Sixte fit quelques bonnes lois administratives , et s'il ne corrigea point les abus de son siège , du moins doit-on dire qu'il ne les augmenta pas. — On le regarde avec raison ' comme un des protecteurs éclairés de la bibliothèque du Vatican. Il aimait les arts , embellit sa métropole , protégea ses monuments et en éleva de superbes. Nous citerons l'obélisque qui orne la place de Saint-Jean-de- Latran , et la belle fontaine deWacqua felice , où il fit transporter les deux lions égyptiens qui décoraient le Panthéon. Par ses ordres , la statue de saint Pierre fut érigée sur la colonne Trajane , et celle de saint Paul sur la colonne Antonine. Par ses soins encore fut transféré devant l'église de Latran l'escalier du palais de Pilate f que la Passion du Christ a sanctifié , et que les fidèles ne peuvent monter qu'à genoux. — Au dix-neuvième siècle , le frottement et les génuflexions auront usé ses gradins , comme les baisers du peuple ro-

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main auront insensiblement limé l'orteil d'airain du pied de saint Pierre.

Sixte prit une part active aux événements

nétrant , et vit bien qu'une sorte de civilisation rongeait le nerf pontifical , de même que les contradictions des papes avaient anéanti la foi dans leur infaillibilité prétendue. L'exemple de l'Angleterre suivant une ligne à part , hors du réseau qui embarrassait l'Europe , et s'élançant fièrement dans une sphère nouvelle avec l'intérêt général pour loi , influait beaucoup sur les progrès de la réforme , et subsidiairement sur ceux de l'esprit humain. L'élément religieifx jouait encore un grand rôle; mais quoi qu'on en dise , il y avait dans les papistes du temps plus d'hommes athées que fanatiques , plus d'ambitieux que de dévots. — Le pontife avait excommunié Henri III ; mais lorqu'il vit l'orgueilleux Philippe II aspirer à la couronne de France, il trembla pour la sienne et voulut rester neutre. Philippe murmura* ' et voilà sans doute la cause de cette accusation de meurtre qui plane encore sur la tête du despote espagnol. Sixte était haï des Romains ; il les avait appauvris et consternés par son règne sanguinaire et prodigue;

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