‹ Rome et ses papesChapitre 151 sur 197 · LIVRE II , CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE III

biens qu'il arrachait au faible , il mourut méprisé , ainsi que son successeur , Innocent IX , qui passa sur un grabat de souffrance les deux mois de son pontificat [i5c;i].

Paris tenait encore , lorsque Clément VIII, Àldobrandini , fut élu pape et vint se réunir h Philippe II afin d'encourager les ligueurs. Ses intrigues furent vaines ; les factions se fatiguèrent et* des conférences eurent lieu. Une reine anglaise, Marie , avait dit que dix royaumes comme la Grande-Bretagne ne valaient pas son salut ; Henri IV pensa que Paris valait une messe , et la capitale ouvrit ses portes à son nouveau monarque. L'abjuration du roi éteignit la Ligue ; une tentative d'assassinat • signala son dernier soupir ; mais le crime ici fut utile. L'assassin avait , dit-on , puisé ses doctrines dans les casuistes de la compagnie de Jésus ; la compagnie fut chassée.

C'est alors que Henri , ayant fait lever son excommunication par ses évêques , et obtenu du parlement un arrêt qui contraignait les ordres religieux de prier pour lui, sollicita l'agrément ou plutôt la ratification du pontife. La cause du châtiment ne subsistait plus , et Rome craignait qu'à l'exemple d'Elisabeth la France ne se détachât d'elle; elle céda donc.

3l6 ROME ET SES PAPES»

Voulant toutefois mettre un prix à sa condescendance, elle imagina d'infliger au pécheur couronné la pénitence d'entreprendre nu-pieds le pèlerinage du Vatican. En vain cita-t-on l'exemple de l'empereur Henri iV, la manœuvre échoua , et Clément alors conçut la pensée d'absoudre un roi de France par la verge qui, jadis dans Rome , affranchissait les esclaves. Henri cette fois se prêta gaiement à cette absurdité. Il envoya pour le représenter à la cour papale les deux cardinaux d'Ossat et Duperron, et le pape , à chaque verset du Miserere , les frappa de sa baguette. Jusque-là tout alla bien : mais par malheur en France on ne prit point la chose au sérieux. On se moqua du saintpère , du roi même , des cardinaux flagellés , et le ridicule et les bons mots firent justice de cette farce. Rome , par cette aventure , dut reconnaître que ces coups de maître n'étaient plus de saison , et qu'ils portaient plutôt atteinte à sa vigueur restante. Un acte forcé et exorbitant ne peut que déterminer le mouvement de décadence , surtout lorsque le pouvoir qui l'ose est purement moral , c'est-à-dire dépendant de ce qu'on nomme civilisation 1 .

> Non loin de l'église Sainte-Marie-Majeure , on voit encore aujourd'hui à Rome une petite colonne de

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