LIVRE II , CHAPITRE III
L'histoire acGusa Clément VIII d'avoir excité* et approuvé des conjurations contre les jours d'Élisabeth et de Jacques I er en Angleterre. Les jésuites en furent les instigateurs; ils disaient que tous les moyens sont bons lorsque la fin est la destruction de l'hérésie. Clément combla la mesure du népotisme en jetant dans sa familières évêchés et des bénéfices , des charges et des honneurs de toute espèce. Ses parents étaient ducs et cardinaux. — Vers- la fin de ses jours il embellit beaucoup d'églises et se montra charitable ; mais sa plus grande gloire fut d'avoir réuni à son siège le duché de Ferrare.
Ferrare, domaine de la maison d'Est , advint par succession à la célèbre M athilde , qui , par la donation relatée plus haut , la transmit au saint-siége. Pendant long-temps les collatéraux de la famille d'Est méconnurent le don ; mais les pontifes , persistant avec ténacité dans leurs réclamations , l'emportèrent , et les marquis d'Est se résignèrent à prendre le titre de vicaires de Rome. A la fin Paul II [i47 x ] 1'©-
granit, surmontée d'une madone et d'un crucifix. C'est le monument élevé par le pape Clément en 1695 , en commémoration de l'absolution de Henri IV.
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rigea en duché au profit de Borso d'Est , fils naturel du pape Nicolas III. Borso étant mort sans enfants , son frère Hercule prit la couronne ducale et la légua à ses descendants , qui en jouirent paisiblement jusqu'à Alphonse , mort sans postérité avant le pontificat de Clément. Dans ces circonstances , le seul rejeton vivant de la branche d'Est était César , marquis de Montecchio , bâtard de l'aïeul .même du dernier duc Alphonse. César fit valoir ses droits , et l'empereur Rodolphe II l'investit sans difficulté des fiefs paternels ; mais Clément VIII intervint , jeta des doutes sur la compétence d'un enfant naturel , et proposa de donner le duché de Ferrare à l'un de ses neveux. Des cardinaux repoussèrent en vain ce projet, et la conquête fut décidée. Une armée papale attaqua César , le chassa du bien de ses aïeux , et l'ancien duché d'Est fut , après deux mois de campagne , enregistré , comme domaine de l'Eglise, à la chambre apostolique. L'empereur vit d'un œil tranquille la spoliation d'un prince qu'il avait reconnu ; il protesta mollement [1598], et César, conservant seulement les biens allodiaux de sa famille , transféra sa cour à Modène. ' Le seizième siècle finissait. Alors , de vastes
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contrées de l'Allemagne étaient hautement protestantes. — Rodolphe II, moins sage que Maximilien , punissait l'apostasie des ecclésiastiques par la perte de leurs biens. Sans proscrire le calvinisme , il n'en permettait l'exercice que dans les châteaux des seigneurs. — Henri IV rappelait les jésuites pour acquitter le prix de son absolution et écrivait avec peine l'édit de Nantes. — Philippe II mourait après avoir perdu la Hollande , convulsionné l'Europe par • son ame remuante , et livré son pays à ce tribunal de bourreaux chrétiens, dépeçant l'homme au nom de Dieu. Le pape et l'inquisition lui survécurent.
Pendant ce siècle , le clergé conserva sa supériorité dan/ la science de gouverner les peuples et les rois. Il dominera long-temps encore dans les conseils des princes catholiques. —.Beaucoup d'usages barbares , tels que les duels et les tournois . furent frappés* par les papes , car les saints-pères , hors de leur intérêt privé, se distinguaient souvent par desjéglements sensés.
Le seizième siècle est une époque grande et mémorable de l'histoire moderne. Il attacha une sorte de fixité au système universel ; tout marcha ; la disposition religieuse resta seule
en souffrance. L'esprit humain prit un essor élévé et s'achemina courageusement vers le but de l'utile et du vrai. De tant de querelles sanglantes , de ces dissertations sur les croyances , si aptes à développer par l'exercice l'intelligence des êtres , la philosophie surgit triomphante, proclamant la liberté des consciences et la supériorité de la pensée individuelle. Ainsi fat réveillée la philosophie. Déjà les nouvelles idées religieuses ont clair-semé dans le monde des germes de républicanisme ; les mots de droit divin et de pouvoir absolu
les coins de l'Europe ,
que des théories vides , dépouillées de leui cien prestige ; en un mot , l'héritage des temps barbares. Le saint-siége lui-nyme, en se teignant du sang chrétien , a heurté sa propre puissance ; son orgueil est humilié par de nombreux revers, son prisme s'évanouit, et l'on commence à comprendre que c'est la religion qui est dans l'État , et non l'Etat dans la religion. Quoi qu'il en soit , l'humanité a encore beauçoup à faire. La tendance est prise, et la direction tracée ; il faut la suivre. Désormais les rois vont défendra contre les peuples ce pouvoir souverain qu'ils nomment un droit de leur couronne. Rome , dans cette lutte . ne
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sera plus qu'accessoire , mais elle ne restera jamais oisive 1 .
1 Erasme , Bacon , Descartes , Montaigne , Galilée , Toricelli , firent la gloire du seizième siècle . L'Italie , comme on le voit , n'y resta pas étrangère. Elle fleurit par les arts , les lettres et le commerce : les sciences y firent des progrès , malgré l'ardeur empêchante du saint-office. Les noms de Machiayelli , Ariosto , Tasso , Castelvetro , Maflei , Palladio , Rafaelo , Tiziano , Bonarotti, etc., méritèrent, dit Andrès, à ce siècle le surnom de siècle d'or.