LIVRE II , CHAPITRE IV. 33g
taurait des églises pendant que sa puissante famille démembrait les monuments de Rome , et y exerçait des ravages de toute espèce. C'est lui qui fit élever les deux clochers qui dégradent le panthéon d'Agrippa. Il crut bien faire. Avec les bronzes dont il dépouilla ce précieux édifice, il fit jeter les quatre colonnes du baldaquin de Saint-Pierre , et plus de cent des pièces de canon qui arment le château Saint- Ange. Pasquiu disait de ce pontife et des siens : « ciocche non fecerb i barbari , l'îian fatto i Barberini » ce qui veut dire que Rome a plus à se plaindre des Barberini que des Barbares.
On voit , dans la Basilique , son tombeau surmonté d'un groupe représentant la Charité et la Justice , œuvre du chevalier Berini.
[1644O Toute la vie de l'homme qui lui succéda fut un opprobre pour la tiare. On se croit au temps de Marozzia. Innocent X, Panfili , était le beau-frère et l'amant servile de la fameuse Olympia Maldacchini. L'intimité de cette liaison fut d'abord secrète : l'hypocrisie du cardinal avait atténué le soupçon , mais , après l'élection , la favorite se démasqua , s'empara du timon de l'Etat , régla tout , pourvut à tout, et assista sous le rideau aux réceptions d'ambassadeurs , aux consistoires et aux audiences.
Le pape n'était plus rien dans Rome , Olympia seule était connue. Les ministres des cours chrétiennes fléchissaient devant son trône ; le clergé l'adulait et c'était elle qui vendait les dignités de l'Eglise , les évêchés , les patriarcats et les bénéfices. A la fin , elle amassa des trésors considérables : ses enfants , nés de l'inceste , devinrent cardinaux et princes, et s'enrichirent à leur tour en trafiquant de leur prédit sur l'esprit de leur mère. . — Une fois opulente , le désir de jeter un sceptre dans sa famille tourmenta son ame ambitieuse. Elle entreprit de soulever Naples contre le roi Philippe d'Espagne. Trop faible par elle-même , elle s'adjoignit les Barberini. Un pacte fut signé , et le royaume conquis devait être la proie des conjurés. Par malheur un neveu adoptif d'Innocent révéla le complot ; on le châtia comme s'il avait péché. Les Barberini eux-mêmes furent poursuivis et bannis. L'un d'eux fut fait aumônier de France parMazarin.
Cet état de choses dura pendant onze années.
Olympia demeura reine, gouverna selon ses caprices , dissipa les finances et obéra la nation. — On lui doit cet inique monopole des céréales qui formait le laboureur de livrer ses grains £ la od^apostolique au taux fixé par elle-