‹ Rome et ses papesChapitre 161 sur 197 · LIVRE H , CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE H , CHAPITRE IV

Ils étaient ennemis de toute subordination, prêchaient l'égalité absolue , et rêvaient l'âge d'or de l'humanité. Leur secte était la plus nombreuse , elle s'était propagée dans l'armée; l'on vit même les soldats marchant contre les troupes royales au son des hymnes et des cantiques. Cromwell était leur chef; Cromwell , homme hardi et dis^mulé, qui sut tirer un si grand parti de cette exaltation. Son premier soin fut d'obtenir le maintien de l'armée , que les communes voulaient licencier. — Une bande de zélateurs fougueux , dites des niveleurs , renchérissant sur les indépendants , et ne reconnaissant d'autre général que le Christ , inculquait au peuple des maximes qui flattaient ses passions ; Cromwell la redouta et l'abolit. — Idole de ses soldats , bientôt l'ambitieux terrifia le parlement et le décima par l'exil. Le roi était captif ; Cromwell fit tomber sa tête , dispersa et écrasa les soutiens de la cause royale , usurpa l'autorité suprême, et expira comme Louis XI, moins haï peut-être et plus grand que lui [ i658].

Dans ces divers événements l'action du saintsiége est douteuse , celle des jésuites est certaine. — L'un d'eux écrivit que le pape pouvait détrôner les rois et disposer de leurs couronnes , pendant qu'un autre , confesseur d'Oliva-

rès , proclamait par haine l'incompétence des pontifes en matière temporelle , et leur dépendance absolue des conciles en matière spirituelle. — C'était l'instant des controverses sur la grâce, le libre arbitre et l'immaculée conception. Nonobstant la décision des conciles , on dissertait pour savoir si la Vierge commit ou non le péché originel. Le pape Urbain VIII agit en homme d'esprit ; il laissa tout en litige.

Aucun prince ne porta l'amour de sa famille à un aussi haut degré que ce pape. Il ébranla l'Italie pour lui trouver des trônes. Cardinalats , principautés , duchés , bénéfices , etc., il accumula tout sur la tête de ses frères et de ses neveux. Ayant osé promettre à l'un des premiers le sceptre du roi de Naples ou le duché de Parme , il lui conféra celui d'Urbain à l'extinction de la maison délia Eovere. Il substitua des abbayes , investit des enfants nouveaux-nés de plusieurs évêchés vacans , et son pontificat ne fut qu'une dilapidation permanente , qu'une suite de scandale et de simonie. Urbain aspirait à transmettre à ses héritiers la dignité papale , mais il ne put corrompre assez les cardinaux pour réaliser cet audacieux projet. — Le peuple l'aima , néanmoins , parce <pgi n'était point avare. Lui-même res-

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