LIVRE II | CHAPITRE VII
Clément XIV et lui , l'interrègne fut de cinq mois. Deux factions avaient agité le conclave : celle des jésuites et celle de leurs ennemis ; et , au rapport d'un historien estimable 1 , les dames romaines , gagnées par les millions de l'Espagne, et les ministres des cours catholiques avaient assuré le triomphe de Pie.
Pie VI était un petit gentilhomme de Césène; il fut galant et le plus bel homme de sa cour. Les commencements de son triste règne décèlent l'amour du bien public et de l'industrie ; sans doute il éleva sa famille , mais il. soulagea les pauvres , protégea les citoyens , entreprit des déblaiements dans sa capitale , et fit tracer cette belle linea Pia qui traverse les marais Pontins.
— Il vit bien qu'une nouvelle ère était commencée pour le saint-siége , et le soulèvementdes souverains contre l'imprudent Clément XIII lui fit comprendre qu'il ne restait plus à Rome que le vain prestige d'un grand nom ; au pape , que la crosse de pasteur commun.
Joseph II , empereur d'Allemagne, l'héritier des Frédéric et des Henri , s'occupant dans ses Etats de la discipline ecclésiastique , supprimait des couvents et des monastères , et disposait à
1 Llorbhtb , Port. pol. des Pap.
son gré de leurs dépouilles. Pie VI écrit pour arrêter le monarque ; mais il ne fulmine plus. De part et d'autre on disserte à l'amiable ; l'un par déférence , car il sait qu'il n'a pas tort ; l'autre par forme , car il sait qu'il n'a plus raison. Le pape enfin se rend à Vienne. L'empereur vient à $a rencontre , l'embrasse , le place à ses côtés , et le reçoit dans son palais. — Qui songea dans cette occurrence à reproduire l'humiliant cérémoniai auquel Lothaire , Frédéric et tant d'autres , s'étaient jadis astreints ? Personne. Joseph entoura le souverain pontife d'égards et de respects ; mais il persévéra dans ses actes. En vain Pie VI l'exhorta à rentrer dans les voies légales de l'Église ; la politique ne s'en accommodait plus , et le saint père s'éloigna de l'empire , riche seulement de l'amitié du prince. — Les censures ne retentirent point. Elles eussent publié la cause du châtiment, et déjà le roi de Naples suivait impunément l'exemple de Joseph.
Cependant lorsque la révolution française , si noble dans son principe , décréta la constitution civile de son clergé , Pie refusa la bulle d'adhésion. Les prêtres étaient des citoyens ; on exigea d'eux un serment ; et cette mesure , évidemment juste , en tant qu'elle n'est point attentatoire aux