‹ Rome et ses papesChapitre 181 sur 197 · LIVRE II , CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE VII

canons purement apostoliques , irrita le pontife. Si , par leur essence distincte , les pouvoirs spirituel et civil ne doivent rien ordonner de con* traire à leur nature respective , ces deux pouvoirs ne doivent se trouver jamais en contact , et dès-lors la mesure e'tait sage. Pourquoi donc dans cette hypothèse le serment du prêtre ne pourrait-il s'allier au serment du citoyen? Qu'importent de vieux conciles d'esclaves ou d'ignorants qui ont tout brouillé et tout confondu , parce qu'ils jugeaient leur propre cause ? Ainsi , le laïque jurera d'être bon chrétien , et le ministre du culte ne pourra jurer d'être bon citoyen ! C'est à tort qu'on a décrié la Constituante a ce sujet. Le grand-pontife de Rome, l'archonte- Roi d'Athènes , faisaient aussi des serments. Et n'est-ce point là une des grandes considérations qui militent en faveur du protestantisme, que son unité avec l'autorité séculière et sa déférence pour les lois ? Quoi qu'il en soit , Pie VI excommunia les réfractaires , déclara le serment illicite et nul , le défendit sous peine d'anathême, . et menaça la France de l'interdit. Des évêques , des prêtres résistèrent , publièrent des opinions sensées. D'autres émigrèrent et s'enfuirent dans les Etats de saint Piètre ; on les laissa dans l'indigence.

Ainsi Pie VI , humble et conciliant en Autriche , se montra en France inexorable et tenace , mais le saint homme pensait que son opposition contribuerait , avec tant d'autres causes , à rendre éphémère cette effervescence nationale , qui jusque-là pourtant était toute droite et raisonnée. On lui persuada que les principes de la Constituante n'étaient que les errements d'une faction partielle ; il fut trompé. Bientôt la révolution française tomba dans le délire : des intrigants s'agitèrent au dehors pour recouvrer ce qu'ils avaient perdu par leur faute ; des potentats s'armèrent contre elle , on jeta de l'huile sur les flammes pour les éteindre , et tout fut perdu. A la voix de quelques membres de l'ancienne noblesse , à la voix même du clergé , des Français s'insurgèrent , et l'or de l'étranger vint semer , sur le sol de la République naissante , la défiance, la haine, le besoin de vengeance et l'anarchie. Un roi probe, fils de saint Louis, tomba sous le fer d'un bourreau ; la nation fut décimée parle glaive de la terreur : chaque famille compta des victimes. Pour comble d'horreur , un homme , la honte de son pays , osa proclamer l'Etre suprême , s'en faire le grand-prêtre , et l'on promena la Raison en triomphe au milieu des échafauds , dans le sang et sur les cadavres.

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