‹ Rome et ses papesChapitre 33 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE V. 6f · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE V. 6f

les canons ; mais l'ancien ascendant reparut , ce qui valait bien mieux que l'observance des lois.

Octavien fut ce Jean XII , dont la vie honteuse eut une si fatale influence sur l'Italie entière. C'est lui qui fit un sérail de son palais , et se livra , sans frein , aux débauches les plus désordonnées. Étonnons-nous de voir la tiare romaine survivre à ses impuretés. Il savourait les douceurs d'un nouvel adultère quand l'époux de sa victime le surprit et le massacra. Rome resta muette ; les contemporains d'Appius et de Virginie étaient loin. Elle souffrit ses méfaits. Une société morne sous le joug d'un chef qui viole ses femmes et ses filles est au plus bas degré de l'abjection possible. Je ne dis rien de l'Église qui garde un tel père. Une fo/s la nation se plaignit ; mais comment ? Elle porta ses doléances aux pieds d'un trône lointain.

Othon répondit que le pape , encore jeune , s'amenderait , et le pape ne s'amenda pas.

En politique Jean XII changeait de système en changeant de maîtresse. .

Le sceptre de la Germanie était tombé des mains des successeurs de Charlemagne à un descendant de Witikind. Othon-le-Grand régnait. Déjà , sous Agapite II , ce prince avait fait une descente en Italie. La beauté malheureuse d'A-

délaïde , veuve de Lothaire, fils de Hugues , Tarait attendri. Elle accusait Bérenger II , roi d'Italie , d avoir empoisonné son époux. Othon , en un instant , avait passe' les Alpes , chassé le meurtrier , et fait sa femme d'Adélaïde. Il aspirait à commander dans Rome , mais le pape lui en interdit l'entrée. Othon se retira simple roi de Lombardie.

[961 Cependant Bérenger a levé l'étendard de la révolte. Jean XII , menacé, appelle Othon qui accourt , met en pièces les troupes v du roi rebelle , le dépose , et entre en triomphe dans la capitale chrétienne. Là il ratifie les donations des princes ses prédécesseurs , et reçoit du pontife la couronne vacante de l'empire d'Occident et le sceptre de l'Italie. Un concile s'assemble qui consacre les droits respectifs et l'intervention de l'empereur dans l'élection des papes K Tout paraît pacifié ; Othon se retire. Mais Jean XII a changé de concubine. On lui a reproché comme avilissante sa soumission au

l Voltaire dit qu'Othon confirma les donations de Pépin , de Charlemagne et de Lothaire , sans spécifier ces donations j mais que dans l'acte il déclara : « Sauf » notre puissance et celle de notre fils et de nos des* t» cendants. t> L'acte fut écrit en lettres d'or , et souscrit par sept évéques , cinq comtes , etc.

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prince germain.. Jean reconnaît qu'il s'est donné un maître. Il déclare Rome en Jtat de république ; quitte la mitre pour le casque , entraîne sous ses drapeaux Adalbert , fils de Bérenger , et se prépare à la guerre. — » Qu'advint-il ? Othon reparut , fondit sur le prélat général et le mit en déroute dans sa métropole. Un concile déposa le fugitif, comme coupable d'avoir abusé de la tiare , d'avoir vécu dans la crapule , crevé les yeux à son parrain , et élut à sa place l'archiviste Léon VIII [963].

Voilà le principe des sanglantes factions des Guelfes et des Gibelins. Ces derniers soutenaient l'Empire. Othon s'éloigna de nouveau , car Léon VIII , sous l'influence du sabre , avait fait de larges concessions. Un concile venait d'établir la supériorité de l'adhésion impériale sur l'avis du peuple et des évêques. Léon avait ainsi brisé d'un seul coup l'édifice de plusieurs siècles d'intrigues ; il avait anéanti cette ombre d'indépendance qui attisait l'espoir de l'acquérir toute entière. L'œuvre était à recommencer.

Jean XII , haï comme libertin , était regretté comme ennemi acharné de la domination allemande. A l'aide de ses maîtresses , il rentre dans Rome , excommunie l'empereur et l'antipape , et se fait réhabiliter par un synode de prêtres.

Bien plus , un deuxième synode proclame la su* prëmatie de son siège sur tous les trônes du monde. Des évêques , des cardinaux résistent ; il les fustige ou les immole. Rome en masse se soulève à ses -cris , et l'anti-pape Léon VIII cherche son salut dans la fuite.

C'est au milieu de ces troubles que Jean , toujours soigneux de ses plaisirs , trouva la mort dans une couche nuptiale. Sa fin n'apaisa pas l'exaspération du peuple ; l'énergie des anciens temps sembla renaître ; l'esprit de révolte se propagea ; un nouveau pape , Benoît V, fut ceint de la tiare , et les Romains se disposèrent à défendre leurs actes et leurs franchises.

Mais Léon VIII s'était réfugié sous les aigles d'Othon. Rome allait être saccagée par une armée formidable lorsque le pontife exilé apaisa le vainqueur. Les Romains , après un siège opiniâtre , calmes par réflexion , abandonnèrent Benoit , accueillirent Léon VIII , et l'empereur , pour la troisième fois . rentra dans ses foyers.

[965.] L'obéissance était feinte , la tranquillité était résignation forcée. Benoît V mourut paisiblement dans l'exil. Quand Léon VIII ne fut plus , des députés impériaux vinrent présider à l'élection suivante , et Jean XIII , évêque

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