LIVRE I , CHAPITRE VI
Riche de butin , traînant à sa suite la veuve de Crescence , ' l'empereur regagnait ses Etats lorsque, la discorde éclata entre les habitants de Rome et de Tivoli.* Il 'était loin pourtant ce temps de gloire , où la ville de Romulus refusait un droit de cité à ses' voisins armes pour l'obtenir. Othon allait punir les rebelles ; mais Sylvestre avait des vertus. Il intercéda pour les coupables : et les habitants de Tivoli , vêtus d'un simple haut-de-chausses vinrent prêter hommage au conquérant germain. Ils portaient en main le fouet et l'épée nue , symbole du châtiment et de la faute. Othon pardonna , car l'amende honorable passait pour le repentir [1002].
Gerbert eut un pontificat paisible. On lui reproche d'avoir été courtisan ; mais en cela il agit sagement , puisqu'il flatta l'homme qui d'un souffle pouvait culbuter la chaire romaine et ses pontifes. Il fut trop éclairé pour son siècle, puisque son siècle l'accuse d'avoir fait un pacte avec Satan. On lui doit , dit-on , les chiffres arabes et la première horloge à roue , qu'il emprunta aux Sarrasins. — Alors les miracles n'étaient pas moins fréquents que les meurtres. On attribuait à Stéphanie , veuve de Crescence , la mort de Sylvestre et d'Othon. On parlait d'un
évêque prévaricateur assiégé dans une île par une armée de souris. — Sous ce pontificat , la Hongrie, devenue chrétienne, vit son chef, Etienne , créé roi par le pape. De là , l'originè de ce tribut annuel que Rome exigeait de ce . pays , bien que la royauté y fut élective.
Après Sylvestre II , trois papes , Jean XVII , Jean XVIII , et Serge IV, paraissent et disparaissent dans un laps de neuf années [ioo3-i2]..
Le premier, coupable de vol et de débauche , périt empoisonné par l'époux de sa concubine.
Le second , complice de l'assassinat de Jean , rongé de remords , quitte la tiare pour le froc , et la vie du moine par le poison.
Le troisième, Serge IV, fut charitable et bon. — Benoît VIII lui succéda.
Cependant Hardouin , fils de Bérenger II , bouleversait toute l'Italie du nord , et se parait des titres pompeux d'Auguste' et de César.
Henri II , héritier d'Othon III , accourt du fond de la Germanie , le taille en pièces , ' et deux fois se fait couronner dans Pavie , qu'il réduit en poussière. •
Benoît VIII , parent des ducs de Toscane , avait été élevé au trône de Latran par le crédit de sa famille. Accusé par un Grégoire , prêtre et chef de parti , Rome l'exécra et le chassa de