‹ Rome et ses papesChapitre 50 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE VIII

impériale ou Guelfe a élevé Gélase H à la chaire de Latran [î n8]. Le sénateur Gibelin Frangipani a forcé le conclave à main armée , frappé , dit-on, Gélase, jeté dans les fers les électeurs, l'élu et soulevé la populace par sa brutalité.

Gélase devient libre , par Tordre de Henri V lui-même , et prend la fuite. En vain l'empereur le rappelle; le défiant pontife ne vient point *, et le monarque enfin se décide à faire introniser Grégoire VIII. Rome , à cette nouvelle , murmure ; la France , plus que jamais en proie à l'influence du sacerdoce , se déclare contre l'anti-pape Grégoire ; Henri s'éloigne , abandonnant l'Église à* ses deux chefs , et Gélase , profitant de l'opportunité du moment , repousse au nom de Rome toute suzeraineté séculière , et crie de toutes parts qu'il est plus qu'indépendant , qu'il est maître. Le pape excommunie le césar , réclame dans son intégrité le droit d'investiture , et le schisme s'aigrit et se prolonge pour donner au monde l'affligeant spectacle de deux vicaires chrétiens s'accablant mutuelllement , et de par Dieu , de la malédiction céleste.

Le trouble va cesser par une horrible action. — Gélase expire dans un couvent. Un Français , Calixte II, lui succède [u 19].

Io6 ROME ET SES PAPES.

Calixte était un barbare. Lorsqu'il entra dans sa métropole , un prélat vénérable , couvert de peaux ensanglantées , le dos tourné vers la tété d'un chameau décharné , ouvrait la pompe triomphale. C'était Grégoire VIII. Calixte à cheval souriait avec le calme de la vengeance assouvie. Passons outre , car il faut dire que les Romains applaudirent à cette hideuse co médie.

Mathiîte était morte. Elle avait fait don à Grégoire VII de tous ses Etats d'Italie ; la solidarité papale demandait l'exécution du legs, et l'empereur , de son côté , en contestait la validité. Intervint de la sorte une nouvelle dispute , dont la persévérance romaine sut recueillir les fruits. On transigea. Henri consentit à acheter le droit d'investiture par l'abandon de tous les biens allodiaux de la défunte. Ainsi Rome s'était habituée à vendre sa condescendance aux successeurs de Charlemagne.

.Vainqueur de Grégoire , Calixte daigna absoudre l'empereur de l'excommunication. Quant à l'investiture des évêchés et des abbayes de son royaume , il la lui concéda , mais à la condition que cette investiture ne conférât aucun, droit divin , et qu'elle eût lieu par la baguette et non comme autrefois par la crosse ou l'anneau

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