LIVRE I , CHAPITRE VIII. IO
pastoral. Les évêques gagnaient à ce changement d'état. Investis par le pape , ils n'avaient que la pure juridiction spirituelle ; l'empereur , comme suzerain féodal , exigeait des dîmes et régales , et ne leur laissait que le casuel et les offrandes. Investis par l'empire au contraire , ils cumulaient avec le spirituel la représentation laïque. Ils avaient voix dans les diètes. — Calixte soutint avec vigueur la doctrine du célibat des prêtres , et prononça des peines contre ceux d'entre eux vivant en concubinage.
Personnellement il avait de bonnes mœurs.
[1 124-43.] D'autres germes de querelles naquirent sous Honore II et Innoncent II , qui vinrent après Calixte II. Roger , premier roi de Sicile , étendait par la conquête les domaines qu'il avait reçus de ses pères. Il luttait avec succès contres les empereurs d'Allemagne , de Constant inople , et bravait même les foudres du saint-siége. Il avait battu les troupes d'Honoré II ; après la mort de l'empereur Lothaire II , il fit Innoncent II prisonnier. L'anti-pape Anaclet , que saint Bernard traitait de Juif, l'avait investi de la dignité royale. Force fut au pape captif de- confirmer le nouveau roi. Mais Rome n'y perdit rien ; Roger se reconnut son vassal. La cause de ces dif-
férends était sans cesse l'esprit d'envahissement et de rapacité de la cour romaine. Pourquoi ces prétentions sur la Pouille et Sur la Calabre , lorsque le duc défunt .était propre neveu de Roger ? C'est ainsi qu'elle supprima l'hérédité des bénéfices , afin d'en multiplier ' le commerce; c'est ainsi qu'elle déclara toutes les charges ecclésiastiques du monde fiefs de sa mouvance. Elle contestait aux laïqnes la faculté de lever des dîmes , tandis que pour se les approprier elle avançait effrontément que le tra- • vail, étant un précepte de l'Église, devait profiter à cette seule Eglise. C'était l'hébraïsme pur. — De telles maximes furent décrétées par un concile général , le dixième.
Les annales de cette époque font foi d'un trait de résignation bien rare dans l'histoire du grand pontificat. Après Calixte II, le car-, dinal Théobald , fut solennellement élu. Le Te Deiun se chantait lorsque la faction Frangipani proclama Honoré. Théobald sut , dans cette circonstance , sacrifier son ambition à la paix publique. Il se retira.
Ce même parti cacha la mort d'Honoré II , et sacra clandestinement Innocent II; mais la noblesse , le peuple , et une portion du clergé , protestèrent contre l'élection, et choisirent Ana-