LIVRE I , CHAPITRE IX. I
assassins , durant le, temps de la cérémonie du sacre [n55].
La concorde fut bientôt troublée. Une correspondance amère et pleine de fiel s'établit entre le pajpe et le monarque. L'un alléguait des droits , l'autre les repoussait. Les lettres d'Adrien sont curieuses , parce qu'elles mettent eh leur vrai jour les prétentions de Rome , et l'absence d'arguments plausibles. Il exigea d abord que l'empereur dispensât les évêques des taxes communes aux feudataires. Mais les fiefs relevaient de l'Empire , et les évêques , comme les laïques , n'en étaient investis qu'à charge de redevance. Frédéric proposa de retirer ses fiefs. Dès-lors il ne restait aux prélats que la direction des consciences et les oblations des fidèles. Adrien se tut. — Un archevêque, était détenu en Germanie ; le pape sollicita sa libération. A titre de souverain spirituel et comme dispensateur des empires , il voulut dicter les ordres ; le sabre des courtisans de Frédéric menaça les légats de Rome, et Adrien se tut encore. Dans toute cette affaire , l'empereur tint la position défensive qui , dans l'ordre légitime , était le rôle du pape. Il discuta sur l'indépendance de sa couronne avec trop de complaisance et de bonne foi : car la discussion annbnce doute > et
Il8 ROME ET SES PAPES.
le doute profite plus à la négative qu'à l'affirmative. On le sait , l'incrimination était l'arme favorite du saint-siége , parce que l'incrimination cache le côté faible. Disserter sur les bornés de l'autorité impériale , contester son bon droit en fait de suzeraineté , c'était là une initiative hardie qui forçait l'incriminé de se défendre avant d'accuser. C'était de la part de Rome , voiler la question vitale par l'usage effronté de la vie. Adrien n'était plus le successeur de Sylvestre , et Frédéric n'était plus celui de Charlemagne. Souvent l'attaque était sans résultat , mais au moins en restait-il quelque chose dans l'opinion vulgaire.
Adrien excommunia Rome tout entière, parce qu'elle prêta l'oreille aux déclamations du courageux Arnaud. Arnaud fut brûlé vif, et l'interdit cessa . Adrien fit la guerre à Guillaume , fils de Roger , auquel il refusa injustement le titre de roi de Naples. Ce prince dispersa son armée , le fit prisonnier , et se montra , après la victoire , moins superbe que le pontife vaincu.
Adrien IV fut un bizarre composé de bonnes et de méchantes qualités. Il poussa jusqu'à l'excès son zèle pour les intérêts du saint-siége ; s'il ne fit rien pour répriiher l'immoralité qui dégradait sa métropole , sa cour et son clergé >