LIVRE I, CHAPITRE JX. Il
le frustrait de la suprématie temporelle. Il courut à Tivoli > et réveilla des vieilles haines pour réduire la capitale rebelle. Tivoli s'arma; le pontife marcha contre le» Romains , et la guerre civile., fomentée par un pasteur de paix, vint souiller le territoire de saint Pierre. Le sang jaillit de toutes parts. Rome républicaine allait triompher; mais saint Bernard se montra, les Romains se soumirent , et Eugène rentra dans le palais de Latran.
Il continua l'œuvre d'Innocent II , en supprimant , au profit du saint-siége , plusieurs des degrés de la hiérarchie êcclésiastique. Comme Galixte II , il essaya de contraindre les prêtres à vivre dans le célibat , ce qui était encore fort difficile. Non - seulement il priva de tous biens ceux qui vivaient en concubinage , mais il leur infligea des peines , et poussa le zèle jusqu'à excommunier ceux qui entendraient leurs messes; de tels règlements n'arrêtèrent point le désordre. Chaque prêtre eut des neveux qu'il fit ecclésiastiques , et auxquels il octroya ses bénéfices par coadjutoreries ou autrement ; de telle sorte , dit Mézerai , que le sanctuaire du Seigneur sembla se posséder par droit d'hérédité. Moine , il rendit libres plusieurs monastères ; pape, il fit du Portugal son tributaire, en oc-
Il6 «0ME ET SES PAPES*
troyant k couronne du roî à un vassal révolté. C'était le système papal. — Anastase IV • lui succéda [n53].
Frédéric-Barberousse , dit le Père de la patrie , venait de monter sur le trône germanique. Sous lui UEmpire se relève , les discordes intestines s'apaisent , et l'aigle allemande passe les Alpes pour punir et subjuguer les villes qui repoussent son joug.
[i i 53- 59.] A Anastase IV, prélat sage qui ne régna que dix-sept mois , avait succédé un évêque anglais , jaloux de recouvrer ce que la tendance républicaine disputait à la tiare. C'est Adrien IV. Pénétré de son but , il invoque les armes victorieuses de Frédéric , et ose infliger au monarque , dont il implore la coopération , le cérémonial humiliant auquel des empereurs avaient daigné se soumettre. Frédéric cède, s'aaux fonctions d'écuyer , et c'est devant . tout un camp qu'il conduit par les rênes le coursier d'un homme qui n'est que son vas- sal. Le sceptre d'Occident récompensa sa t condescendance. Adrien le couronna, mais
l'empereur regagna ses Etats sans avoir détruit ce levain de démocratie qui gênait le saint-siége. — Alors encore le pape et l'empereur juraient respectivement de n'être point