‹ Rome et ses papesChapitre 58 sur 197 · LIVRE I, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE X

[1162-77.] L'empereur était redescendu en Italie , et exaspérait contre lui les villes qu'il mettait au ban de l'Empire , les princes et les États dont il exigeait et tçibùts et serments. Au grand détriment du saint-siége , il avait envahi les domaines de la comtesse Mathilde. De plus, il n'avait pas craint de faire déclarer par une assemblée de docteurs que sa souveraineté s'étendait sur toutes les couronnes du monde. Les

grands s'alarmèrent de tant de présomption. De vastes portions de l'Italie , ameutées par. des rois étrangers et par les intrigues de Rome , se levèrent en masse , et Barberousse , après des vic- . toires , se vit découragé par la peste, l'anathème et des revers.

Le pape Alexandre s'était réfugié en France, puis à Venise , république opulente et. belliqueuse, En vain , Frédéric l'avait réclamé ; l'hospitalité avait répondu par une victoire navale à la demande du monarque. Dans ces conjonctures le besoin de calme se fit sentir ; la république hospitalière convoqua un congrès dans son sein , et l'empereur , absous de l'excommunication , vint débarquer au palais du doge.

Alexandre s'y trouvait , et les historiens varient sur les circonstances de leur réconciliation. — Les uns disent que le monarque s'humilia de-

vant le souverain pontife qui lui tendit la main et lui donna le baiser de paix ; les autres , que Barberousse tint sa tête couronnée entre la mule du pape et la poussière de la place Saint-Marc , pendant que le saint-père récitait le verset : Super aspidem et basilicum ambiilabis. Les versions diffèrent; mais, s'il est vrai que Henri II d'Angleterre , condamné par Alexandre III , se soit laissé flageller par des moines pour expier un crime juste , la force du saint-siége est connue.

Henri II était aussi grand prince qu'il fut père infortuné. A son avènement au trône , que tant de rivalités avaient ensanglanté , il trouva • le clergé et les barons accoutumés à s'enrichir aux dépens de la majesté royale. Le clergé surtout , au faîte de la puissance , commettait impunément toutes sortes de forfaits. Nul .n'osait crier vengeance , les lois civiles n'étaient pas faites pour lui. Plein de confiance en sa propre force , doué de persévérance et de sagacité , Henri réprima d'abord la présomption des grands et la cupidité des monastères et des églises. Becket , fils d'un simple citadin de Londres , était son chancelier. Mais le ministre était trop savant et trop habile \ le pape sut le capter , et le gagna. Créé bientôt archevêque primat de Cantorbéry ,

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