LIVRE l , CHAPITRE X
Thomas Becket renvoya brusquement les sceaux , objectant que la sainteté de ses nouvelles fonctions ne lui permettait pas de les garder. Henri, bien que blessé; , n'en continua pas moins, la réforme qu'il avait méditée. Un ecclésiastique ayant violé une jeune fille et poignardé par terreur le père de sa victime , le peuple avait mugi d'horreur , et le roi s'était vu contraint de déférer le criminel au magistrat de la cité. Becket intervint, récusa la compétence royale , et fit saisir et juger le prisonnier par ses pairSi Le prêtre fut puni , renfermé dans un cloître , privé de ses bénéfices ; mais le châtiment ne calma pas la populace , et le roi tenta de nouveau de s'emparer du coupable. Becket alors en appela au pape, et celui-ci , par un bref approbatif , ratifia sa résistance. — Cependant Henri paraissait déterminé à libérer la nation des préjugés honteux qui l'opprimaient. Plus que jamais persistant dans l'exécution de ses plans , il sévit contre le primat opiniâtre , et , sans s'inquiéter de ses menées, décréta les fameuses Constitutions de Clarendon, qui soumettaient le clergé aux taxes communes , les ordinations des clercs à la volonté des seigneurs , et conféraient à la couronne et aux tribunaux séculiers le droit de juridiction ecclésiastique.
I2q ROME ET SES PAPES.
Tous les évêques , Becket lui-même , les signèrent ; mais Alexandre III en ayant fièrement repousse' les articles , le primat se repentit , fit
pénitence , redoubla d'humilité et de contrition, et se rétracta. Poursuivi par le monarque , qui l'abreuvait de dégoûts , il s'enfuit sur le continent , où le pape et les princes l'honorèrent. Henri de son côté défendit d'avoir recours à Rome. Sans doute il a* ait le dessein de s'affranchir des entraves pontificales , mais l'Angleterre n'était point au niveau de son roi.
Alexandre III , Becket et leurs adhérents terrifièrent les Anglais par leurs foudres. Le traître Thomas osa se comparer au Christ. Tant de menaces et'de tumulte produisirent un effet terrible. Le peuple tremblant s'isola ; Henri , soit feinte ou sincérité , parut se convertir, fit la paix, et ouvrit même les portes de son palais au parjure qu'il avait condamné. La faute fut grande. Le primat reparut dans Londres avec toute sa vanité , et un jour enfin quatre courtisans l'immolèrent. On sait le reste. Les reliques du prétendu martyr ressuscitèrent les morts. Thomas passa pour saint , et Henri II pour persécuteur. Les censures retentirent de nouveau; le monarque termina le différend en achetant l'absolution de Rome par une soumission entière ,