LIVRE I , CHAPITRE X. l3o
virent ne tinrent aucun compte de la prohibition * — Ces corporations , on le sait, étaient les colonnes du saint-siége. Apôtres du pontife, elles allaient préconisant ses vertus sur la terre , et donnant l'exemple ou t d'une extravagante piété ou d'une oisiveté vicieuse.
Ce fut sous ce pape seulement qu'on découvrit que Y Apocalypse fixait la fin du monde à la première année du treizième siècle. Les malheurs du temps accréditèrent ce vain bruit. On trembla ; et cette jonglerie criminelle eut l'ejQfet d'une croisade. Chacun érigea son patrimoine en saintes fondations ; on ne songea qu'au jeûne et à la pénitence. Les crédules se ruinèrent , le clergé s'enrichit , mais le monde continua encore , et avec lui j'avide cupidité des moines, — Le premier acl£^#ïnnoçjent III avait été une création philantropî<jue ^ l'hospice du Saint- Esprit le révère comme son fondateur.
Alors Othon IV, prenant ses infortunes pour des péchés , passait sa vie à se faire fustiger aux pieds de ses Valets , et un comte d'Anjou entreprenait le voyage de Jérusalem pour s'y soumettre à. une flagellation publique. Le comte de Toulouse , à la fois recéleur d'hérétiques , et coupable du meurtre d'un inquisiteur romain , la corde au cou , et presque nu , s'était laissé
battre par un légat d'Innocent , a vait abandonne ses châteaux , et juré de combattre les Albigeois ses sujets. Des prélats et des princes croisés 1W vaient ensuite entraîné comme otage, après avoir dévasté ses Btats. De telles soumissions étaient communes , et l'espr/t de la chevalerie , tout en adoucissant la grossièreté de la noblesse, ne l'avait guère éclairée. "L'idée religieuse était toujours Tidée prépondérante de l'époque , et tous les autres éléments subissaient son influence. La voix du pape , je le répète , passait pour , une émanation divine ; celle des prêtres était fe. Nous *voici arrivés au plus haut point pontificale. Ici 'cette puissance s'arrête , soit qu'elle n'ait plus à acquérir , soit que son audace ait éveillé quelques fragments delafeÉfeée, et fait: de la non-résistance une
faute palpable. Abailard , Arnauld, ont commencé la réforme. Des milliers d'hérésies entretiennent encore la force romaine par la faci-+ lité de les éteindre ; mais quelques sectes correctrices se montrent * f les universités , la scolastique exercent l'intelligence humaine ; les germes qui enfantent les nations commencent à paraître; les pouvoirs tendent à se définir , et à se classer. — Rome va conserver sa vigueur par des cruautés ? car ses armes morales s'usent.