LIVRE l , CHAPITRE X. 'l
couronne est offerte au fils d'un roi voisin , et à la voix du saint-père les chrétiens se croisent contre lui. Jean tremble alors devant ses maux. Effrayé par de rusés légats , il fait amende honorable , se reconnaît vassal du saint-siége , et donne son royaume au pape , qui le lui rend ensuite comme un seigneur octroie sa terre a bail. « Moi , Jean , s'écrie-t-il en présence du » peuple , de ma propre autorité, et par l'avis » de mes barons , donne à l'Eglise de Rome , au » pape Innocent III et à ses légitimes succes- » seurs , le royaume d'Angleterre et toutes les » prérogatives de ma couronne , afin d'expier » mes péchés. Désormais je me regarde comme » vassal du pôntife , et serai fidèle à Dieu , à » l'Eglise de Rome , au pape , mon maître . etc. » Une redevance annuelle de mille marcs d'argent fut stipulée au profit d'Innocent : Rome et Langton triomphèrent ; Philippe-Auguste fut joué. Toutefois , la stupidité de Jean eut d'heureux résultats. Les barons , encouragés par sa faiblesse , indignés contre sa turpitude , se soulevèrent et lui dictèrent des lois. De là cette grande charte qu'on a nommée le Palladium des libertés nationales , quoiqu'elle fût moins favorable au peuple qu'à la noblesse et au clergé. Mais alors il n'y avait que deux ordres , les pre-
très et les nobles : on disait trois pouvoirs , en comptant l'autorité royale ; le peuple n'était
compté pour rien. Jean dissimula sa haine : il fit si bien , qu'une bulle romaine vint supprimer la constitution , et la guerre civile éclata. Elle dura peu : api os une vie de fanfaronnades et de bassesses, le monarque qui l'alimentait expira, errant sur ses propres domaines [1216]. Son fils en bas âge fut couronné, et Louis VIII , fils de Philippe-Auguste , que les seigneurs avaient appelé, se vit excommunié, puni pardes légats, et honteusement expulsé de laGrande-B rctagne , pour avoir voulu y régner sans la permission du pontife.
Dans Rome aussi Innocent fut roi , et sut abattre les consuls et asservir le sénat. Il serait long d'énumérer ses actes et ses usurpations. 11 fallait au théocratisme toute la puissance d'opinion dont il était investi , pour que les laïques et le clergé même supportassent sa vanité. Ses nombreux légats tranch aient et s'entremettaient dans tout et partout. On les vénérait , et on les craignait comme lui. Il instituait le saint-office pendant qu'il centuplait ces ordres monastiques qui inondaient déjà la surface du sol chrétien. Quand il les vit nombreux , il fit défendre par concile d'en créer de nouveaux : il voulait être le patron de tous 5 mais les papes qui le sui-