‹ Rome et ses papesChapitre 69 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XI

de vétusté. Scipion l'Africain l'avait achevé.

En Orient , le saint-siége s'enrichissait en érigeant à chaque nouvelle conquête des comtés et des patriarcats. Récemment Honoré avait couronné Pierre de Courtenay , comte d'Auxerre , lorsque ce seigneur allait prendre possession de l'empire de Constantinople. Des légats , pour l'ordinaire , commandaient les croisades ] .

Cependant Frédéric II avait fait vœu de se croiser et ne se croisait point. Déjà Honoré III l'avait excommunié, parce que ce prince, voyant des sujets dans ses prêtres , les prétendait justiciables de lui seul [1227]. Grégoire IX parvient à la tiare, et anathématise Frédéric comme parjure. En vain l'empereur objecte qu'une maladie cruelle l'a retenu près de ses peuples. Grégoire lè dépose. Abreuvé d'amertume , le monarque part enfin, et arrive en Palestine. Là les chrelens l'abandonnent ; les chevaliers délaissent sa bannière , pendant que Grégoire allume les brandons de la révolte dans toute l'Ita-

1 C'est vers ce temps que le cardinal Jean Colonne apporta tle Jérusalem un énorme fragment de la colonne à laquelle , dit-on Jésus-Christ fut attaché et battu de verges. On voit cette relique'dans F Église de Saint-Praxèdc , non loin d'un tableau assez estimé de Jules Romain, représentant la flagellation.

lie germanique. Frédéric reste calme au milieu des dangers : chéri, de son armée , il se rend

maître d'une grande portion de la Terre-Sainte, se couronne de ses propres mains dans le temple de Jérusalem , et revient en Europe. Grégoire a publié une croisade contre lui : les troupes papales , de concert avec les Templiers et les Hospitaliers, ont envahi la Sicile, pillé les villes , les couvents , et répandu de toutes parts la flamme et la désolation. Frédéric débarque , extermine ces hordes de barbares , reconquiert ses Etats , et vient assiéger la métropole chréiienne. Grégoireest à l'extrémité, maisLouislX, roi de France , offre sa médiation ; le guerrier faiblit et la paix est signée [i23o]. L'Empereur rendit les terres de saint Pierre , qu'il avait occupées : il protégea l'inquisition ; acheta par un tribut l'absolution de la censure , et abandonna à son plus mortel ennemi la nomination aux bénéfices , et l'exclusive juridiction sur tout ce qui était clergé. Il s'éloigna ensuite. Quelle paix , après une telle guerre ! et quelle paix quand on songe qu'elle fut consentie par un vainqueur campé sous les murailles romaines !

Quoi qu'il en soit , Grégoire était humilié : il avait traité par force ; la haine l'animait tou-

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jours , et la tranquillité fut de courte durée ; car le calme nuit à la vengeance. D'abord il impose à l'indulgent césar une seconde croisade, et le césar la repousse. Irrité, le pape soulève encore toutes les villes de la Lombardie. Pour la deuxième fois il déclare l'Empereur déchu de la couronne. En vain il offre à des princes chrétiens le sceptre décrépit d'Occident ; Louis IX , le premier , le refuse. Frédéric , lassé de tant de perfidie , répond par des manifestes aux orgueilleuses prétentions de Rome , fond sur l'Italie, taille en pièce les confédérés, brûle, égorge par justes représailles , et arrive aux portes du Vatican. Grégoire fulmine sans succès : l'anathême n'a plus de force et l'armée reste fidèle au grand homme qui vient châtier l'impudente audace d'un serviteur des serviteurs de Dieu.

Grégoire mourut pendant le siégç. Deux fois les Romains se rebellèrent contre ses vexations tyranniques, car il ne sut même pas ménager ses sujets.- Simoniaque , comme ses prédécesseurs , il vendit au plus haut prix* les dispenses de croisade , et exigea , dans ses propres murs , le dixième des revenus du clergé , pour subvenir , disait-il , aux frais des guerres saintes. On dit qu'une de ses bulles déclarait exempts de payer leurs dettes ceux qui quitteraient leurs

•lfô ROME ET SES PAPES.

foyers pour combattre les infidèles. Ses moines, franciscains et dominicains , parcouraient la chrétienté en faisant un scandaleux commerce des indulgences divines. C'étaient eux encore qui proclamaient dans tous les temples l'omnipotence de la chaire romaine. Cependant, lorsque Grégoire décréta la déposition de Frédéric, les électeurs ecclésiastiques d'Allemagne osèrent nier la validité de l'acte de déchéance; des princes , Louis IX lui-même , reconnurent l'incompétence du pape. C'était un pas vers la décadence.

[I24 1 -] Après lui , un pontife , Célestin IV , mourut dans le mois de son élection , empoisonné par un évêque.

Fiesque recueillit le fruit du meurtre et régna. C'est cet Innocent IV qui déploya à son tour contre l'Empire tant de fureur et de méchanceté.

Cardinal , il était l'ami de Frédéric ; saintpère , il voulut être son persécuteur. Frédéric venait de traiter avec les Sarrasins ; Innocent l'excommunie comme traître* Au nom du Christ, ses légats vont calomnier le monarque à la cour du soudan d'Egypte , et le soudan lui répond : u Nous connaissons Jésus-Christ mieux « que toi , et nous l'honorons plus que toi. »

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