LIVRE I , CHAPITRE II
des moyens d'action , des hommes et des richesses à elle. Sans doute l'organisation est empreinte d'anarchie ; mais cette anarchie , produite par des rivalite's jalouses , n'est que le passage de l'état oligarchique à la monarchie.
Elle-même enfantera l'ordre , et cette Église , naguère républicaine , finira par s'adapter au despotisme d'un de ses membres.
Ainsi voilà mie société qui tend à se former au milieu d'un désordre universel. Elle va croître , envahir ; c'est une nécessité des choses. Déjà nous la trouvons infiniment supérieure aux autres éléments de l'époque. Les vestiges des municipalités de l'Empire s'écroulent ; le pouvoir royal n'est pas encore défini ; Rome seule a une règle et marché. Compacte , unie quand tout est desserré autour d'elle , elle sera égoïste, instruira les siens pour mieux dominer , se rendra nécessaire , indispensable , et , d'abord chargée d'administrer , bientôt gouvernera de son chef. Le monde y gagnera ; lui qui ne connaissait que la force matérielle, il va passer sous une influence morale # et par conséquent plus douce ; mais cette influence nouvelle enfantera l'exaltation religieuse , disposition funeste qu'on a nommée fanatisme et qu'on doit définir l'absence de réflexion , la confiance aveu-
gle dans un principe , le sacrifice de tous les éléments à un seul , sans discussion rationnelle. Or le fanatisme est un extrême pour l'humanité comme la force matérielle en est un autre.
Quand je dis Rome , église chrétienne , théocrartisme , sacerdoce , c'est la société religieuse qui va se résoudre dans un seul homme , le pape ; c'est le christianisme , non celui qui n'a que la conscience humaine pour domaine , mais le christiamisme arrivé, descendu à l'état de gouvernement politique, c'est-à-dire hors de sa nature , que j'exprime ; c'est ce clergé transformé en famille , ce clergé devenu ordre régnant sur Fêtre extérieur ; en un mot cette caste de magistrats religieux qui se fera si forte par la transmission des mêmes principes , l'hérédité , la solidarité d'action , et dans laquelle rien ne sera perdu , tout sera utile , rapporté à la masse , tout jusqu'à l'œuvre du dernier de ses clercs*
Sans doute elle ne fut pas toute fatale à l'humanité : considérée généralement , elle était un pas vers l'ordre. Par besoin , elle pratiqua le principe de l'égalité, aiguillonna l'émulation en ouvrant ses portes à tous les citoyens , en puisant dans les rangs les plus bas les notabilités qu'elle y rencontrait. Mais c'était là une né-