‹ Rome et ses papesChapitre 10 sur 197 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

cessité de sa conservation. Une puissance qui s'appuie sur l'ignorance intellectuelle , qui surgit au sein du trouble , doit s'associer l'homme supérieur ou l'immoler ; c'est aussi la loi du despotisme. Pendant long-temps le clergé inférieur conservera une juridiction étendue ; mais sans cesse il pourra aspirer aux emplois élevés. Nous le verrons pendant plusieurs siècles contribuer avec les peuples à l'élection de ses évêques et de ses papes. Or , dans une association , le choix des chefs par les subordonnés peut être une cause d'ébranlement , mais n'en est pas moins un aliment de vigueur. La puissance religieuse parviendra difficilement à cette domination universelle qu'elle médite. Elle subira les phases de la vie des hommes, et , avant de devenir grande , elle passera par de rudes épreuves. Peu à peu ses moyens et ses succès se dérouleront à nos yeux. Le retour sur elle-même la rendra parfois utile et bienfaisante ; souvent elle sera terrible. Ce même esprit qui déjà la porte à 'appeler à elle tout ce qu'elle découvre de science et de capacité sur terre , lui suggérera l'idée de tenir la raison humaine sous le joug , de façonner les consciences , de proscrire la première faculté des êtres , la pensée. Elle exigera que l'homme pense

comme le soldat agit ; de là cette barrière sanglante dont elle entourera l'intelligence individuelle ; de là ses efforts pour enchaîner la créature morale à sa loi , comme la créature brute fut attachés à la glèbe ; de là enfin son intolérance. Elle abusera ainsi du seul droit légitime que lui donnait la nature , savoir , de diriger le sentiment religieux et non d'imposer un joug.

Pendant les trois premiers siècles , les persécutions des gentils enfantèrent des hommes vertueux dont quelques-uns brillèrent par des écrits pleins de savoir et de sagesse: Tels furent Justin, Athénagore , Tertullien , Origène , I rénée , etc. , etc. : mais le beau siècle de la littérature ecclésiastique fut celui de Constantin et de Théodose. Arnobe,Laçtance, Eusèbe, Àthanase, Hilaire , les deux Grégoire , Chrysostome, * Augustin , etc. , l'illustrèrent par leur science. Les églises entretenaient encore des écoles privées , destinées à communiquer aux adeptes les connaissances divines et humaines. Quelquesunes avaient leurs bibliothèques ; celle de Jérusalem était précieuse , et Eusèbe confesse y avoir beaocoup puisé. En Afrique , nous voyons que saint Augustin mourant recommandait avec ardeur la conservation de celle d'Hippone. Les

Page 1