‹ Rome et ses papesChapitre 95 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XV

soin de vengeance l'avait rendu le plus implacable adversaire de la cour romaine. C'est lui qui tonna contre la croisade publiée par Urbain , disant avec raison que c'était profaner la croix de Jésus-Christ que la transformer en étendard de sang et de discorde. Ses cris avaient armé les campagnes et les villes : Richard II voulut le punir [i3g6]. Un concile assemblé dans Londres frappa ses articles , et l'Angleterre pour la première fois vit brûler des hommes comme hérétiques. — Insensiblement cependant la secte.de Wiclef , comme toute secte violentée , crût et se fortifia. Ses doctrines s'étendirent dans l'Allemagne , et le supplice de Jean Huss qui les prêcha , fut bientôt capable de déchaîner la Bohême entière contre ses prêtres et son roi. — A cette époque du grand schisme d'Occident , se renoue , pour n'être plus interrompue , cette lugubre chaîne de sectes ennemies qui s'insurgèrent contre l'Eglise romaine. Souvent la raison les faisait éclore ; le fanatisme et la haine savaient les corrompre. —

Désormais Rome et Avignon vont sacrer respectivement leurs pontifes. Toute l'Eglise sera divisée en deux factions. — On trouve des canonisés dans chacune d'elles.

[138g.] A Rome , Boniface IX avait pris la

place d'Urbain , et son pontificat était encore une simonie permanente. Comme Boniface VIII, il multipliait les taxes et les dîmes , et vendait au plys opulent les bénéfices les plus infimes. Chaque titre octroyé par lui devait à la chambre apostolique une année de revenu. C'était la rente dite annate. Lorsqu'il fit prêcher le jubilé de i4oo, en affirmant la vente a bon marché des indulgences célestes , les étrangers , attirés par cet appât grossier , accoururent , et Boniface les pilla. 4r

[1394.] Benoît XIII à Avignon avait succédé à Clément VII. Des,rois se réunirent pour amener les deux rivaux à une abdication amiable qui rendît à.l'Église son unité première ; mais Boniface s'étonnant audacieusement de l'humble admonition des potentats , et Benoît imitant cet excès d'orgueil , prouvèrent tous deux que le vœu de ténacité faisait partie de leurs serments. La démarche échoua. Du moins cette heure d'anarchie eut-elle cela d'utile qu'elle inonda la chrétienté d'écrits haineux qui démasquèrent la mauvaise foi des élus. L'autorité pontificale , tout absorbée par son schisme , sembla réduite à l'inactivité; car la disjonction violente d'un pouvoir tend à le rendre inoffensif comme le reptile que le fer a tranché. De la

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