LIVRE I , CHAPITRE XV. 2o
sorte, la domination des idées religieuses fut attaquée par la base , et Ton ne vit qu'un événement purement temporel dans cette lutte de pape à pape. Une sorte d'esprit de critique se mêla à tout. La France , bien qu'assourdie par des subtilités théologiques et les querelles des moines 1 , avait fait condamner et pendre 2 , deux de ces derniers , convaincus de calomnies insignes et refusé des impositions iniques ; elle vit bientôt ses États-généraux méconnaître des pontifes rivaux , supprimer les annates , et confier ses diocèses à des évêques indépendants de Rome. — L'Angleterre aussi osait déposer vers ce temps un roi légitime , Richard II , et les villes libres d'Italie châtiaient souvent leurs tyrans. L'Empire seul, esclave de la cour romaine , croupissait sous le joug de la féodalité la plus dure. Les seigneurs avaient repris sous Robert le droit de haute justice. L'oppression était paisible. — Le quinzième siècle devait seul réveiller l'Allemagne de sa honteuse léthargie.
Benoît XIII règne à Avignon. — Dans un court espace de dix ans, trois hommes vont suc-
1 Les franciscains et les dominicains ne pouvaient s'accorder sur la question de l'immaculée vierge Marie.
2 Sous Charles VI.
céder à Boniface IX sur le trône de saint Pierre
à Rome.
[i4o4«] Le premier est Innocent VII. Libre il eût fait le bien , car on affirme qu'il eut des vertus ; mais sa simonie est notoire. Cédant à des conseils perfides , il augmenta les moyens de thésaurisation de son siège par des exactions scandaleuses. Un de ses neveux.égorgea des sénateurs romains : il se tut. Et d'ailleurs son obstination, lorsque sa retraite pouvait rendre le calme à la communion , n'est-elle pas un sujet de blâme ?
Ce pape intervint avec adresse dans les affaires de Naples. Charles Durazzo n'était plus.
Les Hongrois , après l'avoir salué comme leur roi , l'avaient froidement immolé. Dans cette occasion , Louis II , prince de la maison d'Anjou , réclamait la couronne de Naples , et le saintpère l'appuyait. Mais le feu roi avait laissé un fils puissant , Ladislas , qui effraya le pontife. Innocent se fit l'ami du plus fort , et la prudence le rendit juste.
[i4o6. j Son successeur , Grégoire XII , était un Vénitien rusé qui avait juré d'abdiquer s'il devait par- là rendre la paix à l'Église. Observons qu'au sein de ces discordes tous les cardinaux électeurs faisaient hautement le serment