‹ RomeChapitre 123 sur 186 · CONDUITE DE CETTE NÉGOCIATION · texte numérisé non relu

CONDUITE DE CETTE NÉGOCIATION

ment de la réputation de Sa Sainteté, et c'est alors principalement qne ledit sieur duc devra demeurer dans une grande réserve et se défendre de toutes les questions qu'on lui pourra faire pour Tobliger à s'ouvrir davantage, en s'excusant sur la suffisance incomparable de Sa Sainteté, qui saura bien mieux elle-même trouver les moyens d'obliger sensiblement et considérablement le Roi si elle en a la volonté qu'aucune autre personne ne sauroij^ les lui suggérer, et il en faudra demeurer là pour longtemps les laissant rêver sur la matière et leur accroître l'envie de trouver ces moyens.

Et si, dans la suite, ils ne leur tomboient pas dans l'esprit, ledit sieur duc, en d'autres conférences où il seroit pressé de s'expliquer plus ouvertement, pourroit dire à peu près ces mots : « que le royaume de Naples est un beau pays, qu'il est assez grand et ricbe pour faire que chacun y pût trouver avantageusement son compte, que la renonciation de la reine est nulle de soi et que même le pape qui est le souverain seigneur ne l'a pas autorisée. » Ce peu de paroles suffiront pour leur faire comprendre où le Roi peut viser et ce sera à eux à faire le reste du chemin, s'ils y ont quelque disposition.

Ledit sieur duc de Chaulnes doit savoir pour son information particulière que, pour quelque avantage que l'on pût, en échange, offrir au Roi à moins qu'il ne fût de la nature de celui dont on \nent de parler en dernier lieu, où toutes choses pour la satisfaction de Sa Sainteté se rendroient faciles. Sa Majesté ne peut jamais donner les mains à laisser abattre la pyramide qui a été élevée dans Rome, au quartier des Corses, en haine et horreur de leur exécrable attentat sur la personne d'un de ses ambassadeurs.

On lui fera remarquer aussi qu'un des meilleurs et plus efficaces moyens pour surmonter et môme prévenir les chicanes injustes qu'on pourra faire de delà à M. le duc de Parme quand il voudra payer la somme qu'il doit pour le rachat de la moitié de son État de Castro afin de s'empêcher de le recevoir et ainsi éluder l'exécution du traité de Pise, sera que ledit sieur duc, dès qu'il verra naître ces chicanes, dise à quelque ministre de Sa Sainteté qu'il seroit fftché que les affaires s'embrouillassent plus que jamais et qu'on doit considérer à Rome que les conditions

2i2 LE DUC DE CHAULNES, 1666.

dudit traité sont réciproques et que Tobservation des unes est comme le gage de l'accomplissement des autres et que comme M. le duc de Parme y a acquis la faculté de rentrer dans son État, le Saint-Siège en vertu du même traité est rentré dans la possession réelle de TÉtat d'Avignon et enfin que Ton ne peut attaquer les unes sans blesser les autres.

Fait à Saiut-Germain-en-Laye, le 10« mai 1666.

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