NÉGOCIATION AU SUJET DES DROITS DE LA REINE
Deux-Siciles, comme appartenant de droit à la reine et s'engager à soutenir l'effet de ladite investiture par le concours des armes du Saint-Siège à celles de Sa Majesté dans le cas susdit de décès du roi catholique, Sa Majesté, en compensation d'un si grand bienfait, par lequel elle auroit témoigné son affection à cette couronne, prendra sur soi de disposer M. le duc de Parme à laisser de nouveau incamérer sop duché de Castro et à employer l'argent qu'il avoit préparé pour son rachat à l'acquisition (s'il le veut) de quelque autre État situé dans l'État ecclésiastique comme pourroit être le duché de Gamerino, Sa Sainteté lui accordant toutes les mêmes prérogatives pour ladite acquisition qui étoient contenues dans les bulles des papes pour la jouissance de Castro, Sa Majesté considérant qu'elle peut embrasser ce parti avec tout honneur, parce qu'en ce cas, elle-même se chargera (s'il est nécessaire) de dédommager avantageusement ledit sieur duc de la différence qu'il pourroit y avoir à son préjudice entre l'État de Castro et celui qu'il pourroit acquérir avec les seize cent mille écus destinés à son rachat.
Par ce moyen, si aisé à pratiquer et d'ailleurs fort juste, la bulle de Pie Quint sur le fait dQs incamérations demeurera en toute sa force et vigueur, tous les préjudices qu'on craint à Rome de la brèche qui y a été faite par le traité de Pise cesseront, et cette atteinte ne pourra plus servir d'exemple à l'avidité des neveux des papes ni à d'autres princes pour se faire investir de quelques domaines de l'Église ; l'autorité du pape recevra grand éclat de ce coup, sa réputation et celle de tout son pontificat sera glorieusement rétablie et, par-dessus tout, Sa Majesté professera d'en avoir une très sensible obligation à Sa Sainteté.
La seule considération qui pourra former quelque scrupule dans l'esprit de Sa Sainteté et le rendre plus réservé à faire ce pas, quoiqu'il lui convienne si fort en toutes manières par les avantages qu'il en retirera, sera celle de la crainte qu'il aura d'offenser la maison d'Autriche et de la rendre pour jamais ennemie de sa famille après sa mort; mais si Sa Sainteté veut bien considérer l'état présent de toutes les affaires de la chrétienté, il reconnaîtra aisément que ses parents se pouvant, en ce cas-là, assurer d'une entière protection du Roi qui leur seroit due
RECUEIL DES INSTRUCT. DIPLOMAT. VI. — 14
avec tant de raison, non seulement ils n'auroient rien à appré* hender de la mauvaise volonté et des ressentiments des Espagnols, mais qu'ils pourroîent encore, dans cette affaire même, trouver des avantages de la dernière considération, non moins pour leur élévation que pour leur propre sûreté, car les deux royaumes des Deux-Siciles sont grands et Sa Majesté ne feroit aucune difficulté de leur y donner un État souverain qu'ils reconnaîtroient d^elle en arrière-fief.
Et même si, pour justifier encore plus Faction du pape comme ayant eu pour principal motif, outre la préservation de la bulle de Pie Quint, l'avantage particulier du Saint-Siège, Sa Sainteté désiroit de lui réunir quelque petite portion du royaume de Naples comme la province d'Abruzzoet quelques autres terres contiguës à rÉtat ecclésiastique et qui seroient le plus à sa bienséance. Sa Majesté ne feroit non plus aucune difficulté d'en demeurer d'accord ni de faire d'autres grandes gratifications en bénéfices à M. le cardinal Ghigi et à dom Sigismond.
Cette affaire, pour être bien ménagée et pour en espérer un bon succès, a besoin non seulement d'un grand secret, mais d'être traitée fort délicatement ; sur quoi on doit faire remarquer audit sieur duc qu'il doit avoir soin, sur toutes choses, de ne s'en rendre jamais comme le solliciteur, mais de tâcher avec adresse d'en rendre demandeur le cardinal Chigi lui-même; et cela se pourra en établissant d'abord ce fondement que jamais Sa Majesté ne peut consentir avec honneur à l'inexécution du traité de Pise, à moins que M. le duc de Parme soit le premier à le désirer ou à y donner les mains par d'autres plus grands ou égaux avantages qu'on lui fera; après quoi néanmoins ledit sieur duc pourra laisser entrevoir dans ses discours au cardinal que Sa Sainteté pourroit se résoudre à faire de telles et de si grandes choses pour la France qu'elles convieroient Sa Majesté à prendre sur son compte le dédommagement dudit sieur duc de Parme à sa satisfaction, sans laquelle Sa Majesté ne sera jamais capable de rien entendre qui fasse brèche audit traité de Pise.
On doit croire que, sur ce mot lâché, ledit cardinal aura d'abord une extrême curiosité de savoir quelles peuvent être ces grandes choses qui pourroient donner ouverture au rétablisse-