‹ RomeChapitre 127 sur 186 · FACTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

FACTION FRANÇAISE

sacré-collège assemblé dans sa chambre une exhortation sur rélection de son successeur, en même temps que Sa Majesté a été touchée d'un très sensible déplaisir de la perte qui paroît inévitable d'un si grand et si bon pape qui Ta comblée de tant de grâces dans le cours de son pontificat, Sa Majesté s'est d abord appliquée aux affaires du prochain conclave et à la nouvelle élection pour avoir la gloire et la part qui est due au fils aîné de TEglise dans une action de tant d'éclat et si importante à toute la chrétienté.

La première résolution qu'elle a prise a été d'envoyer ses ordres à MM. les cardinaux Grimaldi et de Retz et de les donner ici à M. le cardinal de Bouillon S de se mettre sans aucun délai en marche pour aller à Rome avec la plus grande diligence que l'état de leur santé leur pourroit permettre, et y entrer dans le conclave lequel probablement sera déjà fermé et où ils trouveront les autres cinq cardinaux de son parti : Este, protecteur des affaires de France, Antoine Barberin, Ursini, Maidalchini et Mancini.

Sa Majesté ayant ensuite considéré que souvent la puissance d'un parti ne consiste pas tant au nombre ni même au zèle ou à l'habileté de chacun de ceux qui le composent qu'à la bonne intelligence et à l'union qu'ils gardent entre eux et plus encore au choix de la personne qui les doit diriger au dehors, Sadite Majesté a vu que dans tout son royaume il n'en pouvoit faire de meilleur ni même de beaucoup près approchant pour cet emploilà du dehors, qu'en envoyant une seconde fois à Rome ledit sieur

1. Emmanuel-Théodore do la Tour d'Auvergne, neveu du grand Turenne,në le 24 août 1643, mort le 2 ou le 7 mars 1715. Nommé cardinal le 5 août 1669, grand aumônier de France en 1671. Les aventures singulières de la fin de sa vie sont célèbres. Elles sont racontées avec détail, notamment dans les Mémoires de Saint-Simon (cdit. Chéruel, t. XI, pp. 94 et 99). Saint-Simon, qui le poursuit d*une haine féroce, le peint sous les traits les plus noirs : brouillon, vaniteux, avare, de mœurs infâmes, rien ne manque au portrait. En 1669, il arrivait à Rome, nouveau cardinal et Agé seulement de 26 ans. Le cardinal de Medici, dans la partie de sa correspondance qu'a donnée Petrucelli délia Gattina en parle en termes légèrement ironiques. Il le dit adonné au vin et très amateur notamment d'un certain claret de Toscane, dont il De manque pas de l'approvisionner. Il le peint ainsi : « Ce soir, 20 janvier, est entré Bouillon. H est galant, de manières aisées, de figure agréable quoique borgne (Saint-Simon dit iouche). Environné de soixante cardinaux dont il ne connaissait personne, ayant à ses côtés quelqu'un qui lui disait les noms, il reçut à brûle-pourpoint soixante compliments dont il s'eflforçait de comprendre quelque chose : il y a vraiment de quoi assassiner un galant homme. »

duc de Chaulnes avec le même caractère de son ambassadeur extraordinaire pour Toccasion de ce conclave. Sa capacité en toutes sortes d*aiTaires, son adresse qui lui fit bientôt acquérir tout crédit sur Tesprit du pape Clément IX, la connoissance qu'il a plus récente et plus parfaite qu'aucun autre de la cour de Rome, des intérêts et inclinations de tous ses principaux sujets J'étroite amitié qui est entre le cardinal Rospigliosi et lui, les mesures qu'il a prises et qu'il n'a pas besoin de répéter ici, a^ec les cardinaux Chigi et Azzolin pour une occurrence pareille à celle dont est question, l'expérience qu'il s'y est acquise par une si glorieuse épreuve dans le dernier conclave et enfin la croyance qu'auront en lui tous les cardinaux serviteurs du Roi sont toutes raisons qui ne laissent pas douter un instant de l'incomparable prudence de Sa Majesté dans le cboix qu'elle a fait dudit duc. Aussi se promet-elle de son voyage un succès infailliblement très avantageux à sa gloire et à son service, pourvu qu'il ait le temps d'arriver avant que l'élection du nouveau pape ait été faite, et, à dire le vrai, quand on considère que le parti de Sa Majesté par l'entrée des trois autres cardinaux françois dans le conclave s'y trouvera aussi puissant en nombre que l'est le vieux collège sous son cbef le cardinal Barberin, il semble que Sa Majesté n'avoit plus à désirer que la parfaite union et la bonne direction de son parti qui sont à la vérité deux grands effets, mais qu'elle a tout sujet d'attendre du voyage du duc, pour faire que Sadite Majesté nonseulement soit maîtresse des exclusions en se rangeant à propos à d'autres partis qui auroient le même intérêt de les faire, mais même qu aucune inclusion ne puisse réussir sans que sa faction y ait eu la principale part.

L'unique fin que le Roi se propose dans cette occurrence et à laquelle Sa Majesté désire que ledit sieur duc recommande aux cardinaux ses sénateurs de faire tendre toutes leurs actions, c'est qu'il se puisse faire une élection désintéressée et qui n'ait autre égard que celui du service de Dieu, de son Église et du bien public et enfin que l'on puisse avoir un pape dont les intentions soient détachées de toute passion particulière, qui aime la justice, l'avantage du Saint-Siège, ait les sentiments d'un vrai père commun, qui connoisse la sincérité et la piété de ceux du

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