TRANSACTION OFFERTE SUR LES FRANCHISES. 3H
entre les mains ; qu'on ne souffrira que le moins de femmes débauchées qu'il se pourra, surtout de celles qui, par leur humeur emportée, peuvent attirer des violences, étant impossible d'en bannir entièrement les autres qui sont répandues dans tous les quartiers de Rome, marquées sur le livre du gouverneur et y vivant en toute sûreté.
Sa Majesté veut aussi qu'après cet accommodement, s'il le peut faire, il prépose deux ou trois de ses plus sages domestiques qui lui rendent compte tous les jours de ce qui se passe dans son quartier et elle veut même qu'il en réduise l'étendue aux bornes qu'elle a jugé elle-même à propos d'y prescrire dans le plan cijoint côté.
Elle ne veut pas aussi qu'il y souffre aucun jeu public ni qu'il accorde des lettres de familiarité.
Si au contraire Sa Sainteté persiste dans la résolution que le cardinal Ranucci a déclaré ici qu'elle avoit prise, de ne point recevoir d'ambassadeur de France qu'il n'ait auparavant renoncé à l'immunité du quartier et que même elle envoie quelqu'un vers ledit sieur de Lavardin pour lui renouveler cette même déclaration, il répondra seulement qu'il est bien assuré que quand il aura fait connoitre lui-même au pape les véritables sentiments du Roi, Sa Sainteté en sera fort contente et qu'il ne doute point aussi qu'elle n'entre dans toutes les raisons de Sa Majesté et qu'elle ne lui donne une pleine et entière satisfaction, mais que, comme les ordres qu'il a ne lui permettent pas de s'expliqjier à d'autres qu'à Sa Sainteté il attendra qu'il soit à ses pieds pour lui parler dans le sens qu'il lui est prescrit et qu'il est bien persuadé que Sa Sainteté donnera toujours ordre qu'on lui rende tous les honneurs dus à l'ambassadeur du plus grand roi de la chrétienté et du fils aîné de l'Église.
Aussitôt qu'il sera entré dans Rome, à quoi on ne peut prévoir aucun obstacle, il enverra, selon l'usage, donner part au cardinal Cibo de son arrivée pour être notifiée par ledit cardinal à Sa Sainteté à laquelle il fera même demander une audience afin qu'on ne puisse pas ignorer sa qualité, et quand même Sa Sainteté contînueroit à la lui refuser, il ne doit pas se retirer de Rome pour ce sujet, au contraire, supposant que le papo ne con-
tinuera pas à lui faire cette injustice il attendra dans son palais de nouveaux ordres de Sa Majesté se faisant porter le respect que mérite son caractère. Et quand même la cour de Rome porteroit l'injustice et la violence jusques au point de défendre aux habitants de fournir les vi\Te8 et aliments nécessaires audit ambassadeur et à ses domestiques, ce qu'on ne peut pas présumer pouvoir arriver dans un temps que non seulement les plus animées contre la France mais même les nations les plus barbares donnent aux ambassadeurs des marques du respect et de la vénération qu'ils ont pour sa, personne, ledit sieur de Lavardin pourra encore se maintenir dans son quartier par un bon concert avec le cardinal d'Estrées et tout ce qu'il y a de serviteurs de Sa Majesté et de partisans de sa couronne, lesquels faisant chez eux pour ledit ambassadeur de grandes provisions lui fourniront de jour à autre tout ce qui sera nécessaire pour sa subsistance et celles de ses domestiques et lui donneront toujours le temps d'attendre le retour du courrier qu'il aura dépêché à Sa Majesté pour l'avertir de ce qui se sera passé.
Il sera bon cependant qu'il laisse entrevoir et craindre que les mauvais traitements que le pape a faits à Sa Majesté depuis le commencement de son pontificat l'obligeront bientôt à demander l'exécution du traité de Pise par la restitution de Castro*, qu'un excès de respect filial pour le Saint-Siège et de complaisance pour les prédécesseurs de Sa Sainteté avoient obligé Sa Majesté de suspendre la poursuite ; qu'elle ne peut refuser plus longtemps à un prince son allié la protection qu'il réclame, et que l'on en verra bientôt la déclaration et d'autres marques de ressentiment de Sa Majesté si le pape continue à avoir si peu d'égards et de considération pour Sa Majesté et pour sa couronne.
Quand ces menaces auront été faites sourdement et modestement et qu'on en connoitra l'inutilité, Sa Majesté pourra bien envoyer ses ordres audit sieur de Lavardin de faire une demande formelle de l'exécution de cet article dont le pape et le sacrécollège ne se pourront défendre, quelque répugnance qu'ils y puissent avoir, sans obliger Sa Majesté à mettre en usage d'autres
1. Sur les suites de cette affaire, depuis le traité de Pise, voir ci-dessus, p." 190.