ANNEXE A L'INSTRUCTION DE M. DE LAVARDIN
elle s'en remet à sa prudence et à son adresse, surtout au concert qu'il aura sur ce sujet avec le cardinal d'Estrées dont la connoissance de la cour de Rome ne peut être plus grande et la conduite plus agréable à Sa Majesté.
Fait à Versailles, le 14 juillet 1687.
Le marquis deLavardin ', ambassadeur extraordinaire du Roi très-chrétien auprès du pape Innocent XI, ne peut croire que certain écrit qui court et se débite dans Rome sous le titre de Bulle de Sa Sainteté portant excommunication contre lui en vertu d'ime autre prétendue bulle à lui inconnue et non publiée en France, puisse être émanée de Sa Sainteté même, et il y aura peu de gens raisonnables dans toute la chrétienté exempts de passion et d'animosité contre la France qui puissent s'imaginer que dans le temps que Sa Majesté emploie avec tant de succès tous ses soins et son autorité à ramener ses sujets au giron de TÉglise et à faire servir Dieu partout où son pouvoir s'étend dans toute la pureté de la religion catholique, apostolique et romaine, un pape dont elle a désiré l'exaltation par l'estime qu'elle a toujours fait de sa vertu et de sa piété, se porte de lui-même à refuser toute audience à l'ambassadeur d'un si grand roi fils aîné de l'Église qui a autant et plus mérité d'elle que ses augustes ancêtres auxquels le Saint- Siège est redevable de la plus grande partie de sa grandeur temporelle et qui même dans cette conjoncture de continuels sujets de mécontentement que lui donnent les ministres du pape, n'a rien recommandé plus expressément à sondit ambassadeur que de bien témoigner à Sa Sainteté le respect filial qu'il aura toujours pour elle et d'employer tous ses soins à rétablir entre le Saint-Siège et lui une parfaite intelligence; il parolt encore plus éloigné de toute vraisemblance que Sa Sainteté, ne se contentant pas de violer en sa personne le droit des gens en interdisant à ses
i. La rédaction de cet important document, joint au corps de l'Instruction, avait ëtë, on le voit, soigneusement méditée à Paris, en prévision des événements qui se produisirent à l'arrivée de Lavardin à Rome. On remarquera la vivacité des termes dont se sert Louis XIV, autant dans la revendication des libertés gallicanes que dans Tappréciation portée publiquement sur la conduite et sur la personne du pape.
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sujets tout commerce avec lui et leur défendant môme de lui fournir les choses nécessaires à la vie, ait voulu sans cause, sans raison et sans l'avoir entendu le déclarer excommunié avant qu'il ait rien fait qui lui puisse attirer la moindre censure et qu'on ait même pu savoir quels sont les ordres dont il est chargé qui, partant de la sagesse et de la piété d'un roi très chrétien, ne le peuvent jamais exposer à la peine d'excommunication, dont aussi son caractère représentant la personne sacrée d'un si grand monarque le doit toujours mettre à couvert. A Dieu ne plaise aussi que ledit sieur de Lavardin puisse soupçonner Sa Sainteté d'un procédé si extrême et si insoutenable : il voit bien qu'il n'a sujet de se plaindre que de l'insolence et de la témérité de ceux qui, abusant do la confiance que les incommodités d un âge aussi avancé qu'est celui de Sa Sainteté l'obligent de prendre aux personnes qui l'approchent et dont elle se sert pour être soulagée d'une partie de ses soins, se prévalent de la créance qu'elle a en eux pour lui faire prendre des engagements directement opposés aux sentiments d'affection paternelle que les plus saints papes ont toujours eus pour les rois de France, et, donnant de fausses couleurs à toutes les matières qui passent par leurs canaux, trompent les lumières de Sa Sainteté et s'appliquent à ne lui rien laisser voir qui ne l'aigrisse contre la France : c'est ce qui leur a fait redoubler tous leurs efforts pour empêcher que Sa Sainteté pût être désabusée partout ce que le marquis de Lavardin doit lui représenter au nom de Sa Majesté, et il n'auroit pas de peine à faire voir à Sa Sainteté que les prétextes dont ils se servent n'ont aucun fondement; car non seulement ledit ambassadeur n'est pas venu pour troubler la juridiction temporelle de Sa Sainteté, mais au contraire il peut protester avec vérité de la part du Roi son maître que si elle étoit attaquée par qui que ce soit, Sa Majesté emploieroit les forces et la puissance que Dieu lui a mises en mains pour maintenir le Saint-Siège à l'exemple des rois ses prédécesseurs dans les prérogatives et possessions à l'augmentation desquelles ils ont toujours contribué : c'est aussi ce qui doit obliger Sa Sainteté à empêcher, comme prince souverain, qu'il ne soit porté dans ses États aucune diminution au respect qui a toujours été gardé envers les ambassadeurs de France; et comme le marquis de La-