XXXIV INTRODUCTION
Mais, d'autre part, il proclamait que ce pouvoir du Saint-Siège n'était pas Tautorité suprême, sans recours, devant lequel tous devaient s'incliner ; que l'Église elle-même, rassemblée en concile, avait une autorité plus haute; que c'était aux conciles qu'appartenait le dernier mot du gouvernement et de la réformation, et que, pour les maux qui frappaient la chrétienté, nul remède n'était plus assuré et plus efficace que la continuation des conciles, tant généraux que provinciaux.
C'étaient les sentiments de l'Église gallicane. Ils avaient été soutenus brillamment, devant la sainte assemblée, par le savant protagoniste de l'Université de Paris, Jean de Gerson. Ils furent dans la troisième, la quatrième et la cinquième session, adoptés par le concile, plus tard confirmés par le pape Martin V.
Ces décisions, tant de fois citées et discutées, rétablissaient dans l'Église un régime aristocratique analogue à celui dont les ambitions agitaient, à la même époque, le monde laïque. Le nouveau pape, qui tirait toute sa force des décisions du concile, était obligé de subir celles qui touchaient à son autorité, de même que le roi de France, implorant de sa noblesse et des grands corps de l'État les moyens de lutter pour le salut de la monarchie, en était réduit à leur accorder les privilèges réclamés par eux et notamment, sans quitter l'ordre d'idées qui nous occupe, une large part dans la disposition des biens ecclésiastiques.
L'une des suites des délibérations du concile de Constance avait été Télection du pape Martin V. L'Église gallicane comprit que le retour à un ordre de choses régulier pouvait être fâcheux pour ses prétentions. Malgré l'insistance de l'Université qui avait obtenu, au cours des sessions, des privilèges tout à fait avantageux, une nouvelle assemblée réunie à Paris, dans les premiers mois de l'année 4418, décida de suspendre toute adhésion à la nomination du nouveau pape. Selon les délibérations de cette assemblée, une ordonnance reyale confirma les privilèges et franchises du royaume, décida qu'il serait pourvu aux bénéfices électifs au moyen d'élections régulières, aux autres, sur la désignation des ayants droit; annula toutes réserves expectatives et autres grâces ; interdit l'usage des annates et prohiba l'exportation des matières d'or et d'argent.
LES CONCORDATS DE MARTIN V. xxxv
Celte ordonnance de 1418 fut au concile de Constance ce que la Pragmatique Sanction devait être au concile de Bâle. Il est vrai que bientôt, par un revers de politique qui mettait aux mains du duc de Bourgogne Tinfluence qui avait jusque-là appartenu aux Armagnacs, Tordonnance de 1418 fut rapportée. Mais elle subsista en fait, et fut appliquée par tous les tribunaux du royaume*.
Cependant le pape Martin V, à peine élevé sur le trône, reprenait la nouvelle politique romaine, la politique concordataire. Puisqu'on ne pouvait imposer partout l'autorité absolue du Saint-Siège, mieux valait faire la part du feu, s'entendre ^vea les pouvoirs laïques et échapper ainsi à une difficile contention d'intérêts avec le corps épiscopal entier, avec chaque église nationale, avec chaque évêque en particulier. Dans l'espèce d'insurrection qui s'était faite contre l'autorité du Saint-Siège, les rois paraissaient moins dangereux que les membres mêmes de l'Église du Christ.
Aussi, par une conception très hardie et très habile à la fois des intérêts de Rome, le pape présenta aux puissanees un ensemble de mesures réformatrices pour lesquelles il sollicita leur adhésion. C'est ce qu'on nomme les Concordats de Martin V. La papauté faisait des concessions importantes : plus de réserves pour les évèchés, les abbayes et les premières dignités des chapitres, point de commendes dans les monastères nombreux, plus de droit de dépouille, plus de décimes générales sur le clergé, si ce n'est pour quelque cause qui regarde toute l'Eglise ; les annates seront réduites à une taxe raisonnable ; les dispenses seront plus rares, aussi bien que les indulgences et les exemptions. Le concordat offert à la France présentait même quelques dispositions plus favorables en ce qui concernait les annates et les privilèges de l'Université.
Mais quelque avantageuses que pussent être ces nouvelles propositions, le Roi n'était pas assez fort pour traiter directement