‹ RomeChapitre 55 sur 186 · BÉNÉFICES DE L'ARTOIS · texte numérisé non relu

BÉNÉFICES DE L'ARTOIS

centre, lors de la prise de Piombino et de Porto-Longone, soit dans le nord, par les expéditions confiées au prince Thomas.

Enfin, lorsque Theure de la paix avait sonné, il n'avait pas oublié ses amis de la mauvaise heure. Il n'avait pas oublié que Parme et Modène, plusieurs fois alliées à la maison de France, avaient risqué leurs États pour venir en aide à la politique de son prédécesseur et à la sienne* n avait fait insérer dans le traité ces articles 99 et 100 qui mettaient les démêlés infimes de ces petits États au rang des affaires internationales et qui en liaient la protection à la conclusion de la paix générale.

Il ne se contenta pas d'une satisfaction qui aurait pu rester platonique. Le président Colbert eut pour premier emploi de prendre la défense des deux ducs. Leur cause parut même au cardinal devoir prendre le pas sur les intérêts inunédiats de la couronne de France, et il n'est pas sans intérêt de remarquer que, dans cette instruction où une question qui devait occuper tout le siècle, à savoir l'annexion ecclésiastique des provinces récemment conquises, se trouvait posée, dans cette instruction, Mazarin déclare en termes exprès que la petite affaire des vallées de Gomacchio « devait être mise la première en ordre » dans la négociation.

Cette affaire de Gomacchio est tellement minime en elle-même, que Mazarin avoue qu'on n'avait pas à Paris « une particulière connaissance des raisons et du droit de M. le duc de Hodène ' ». On la prenait à cœur cependant, on mettait tout en mouvement pour obtenir, à son sujet, une solution favorable. Tant était grand le désir de créer en Italie une force analogue à celle que Ion projetait dès lors d'organiser en Allemagne.

Le dernier point de l'instruction du président Colbert touchait à une question intéressant directement la France. Les nouvelles provinces acquises par le traité de paix, le Roussillon et TArtois, se trouvaient sous un régime ecclésiastique différent du reste de la France. Tandis que, pour l'ensemble du royaume, le concordat de 1516 laissait au roi de France la nomination aux bénéfices consistoriaux, pour ces nouvelles acquisitions, les nominations n'étaient accordées au roi d'Espagne, leur précédent suzerain, que par un induit renouvelé à l'avènement de chaque prince.

A peine maltresse de ces provinces, qu'elle prétendait d'ailleurs non pas tant acquérir que recouvrer, la France résolut de les assimiler aux autres provinces du royaume. De là une négociation entamée en cour de Rome d'abord par les cardinaux protecteurs, mais dont Tobjet se trouve ici, pour la première fois, exposé dans toute sa clarté et avec toute son importance.

t. Voir la note p. 53.

Le cas de Tévéque d'Arras, Etienne Moreau, nommé par le Roi depuis le 28 avril 1656, mais non consacré à Rome, donnait à cette demande un caractère d'actualité pressante.

Malgré le danger du jansénisme originaire de ces contrées, habilement évoqué par Hazarin, la cour de Rome devait appliquer ici encore sa méthode de lenteur et de circonspection. Peut-être ne lui plaisait-il pas de manifester, par trop d'empressement, son acquiescement définitif au grand changement que la paix des Pyrénées venait d'apporter dans l'équilibre européen. Peut-être aussi le pape Alexandre YII, se souvenant de l'injure faite au cardinal Ghigi, médiateur calomnié des traités de Westphalie, voulait-il faire sentir à la France le mécontentement qu'il avait éprouvé de nouveau, en se voyant tenu à l'écart de la grande paix conclue sur la Bidassoa.

Quoi qu'il en soit, pas plus pour cette affaire que pour celle de Parme et de Modène, la mission de Charles Golbert ne fut suivie d'aucun résultat inmiédiatement appréciable. Il parait que ce jeune diplomate fut considéré, à Rome, conmie un trop mince personnage. On pourrait même croire, à certains passages de la correspondance du P. Duneau, alors agent particulier de Mazarin, que la faction française fit un accueil assez froid à l'envoyé extraordinaire, qu'on sentait ne devoir être que de passage à Rome. Il eut quelques audiences du pape. Celui-ci, après l'avoir écouté patienmient, lui opposa obstinément les raisons déjà bien des fois données par le Saint-Siège, qui retardaient la solution des différentes questions pendantes. Colbert, qui semble s'être fait illusion, au début, sur son importance et sur ses mérites', ne tarda pas à en rabattre. Il quitta Rome après un séjour de quelques mois et rentra en France.

Mazarin d'ailleurs était mourant. Une ère nouvelle allait s'ouvrir pour les relations entre les deux puissances.

Il suffira, pour permettre d'apprécier à sa juste valeur le caractère de la mission de Colbert, de citer les judicieuses paroles que lui a consacrées le sieur de Saint-Prest dans son Histoire des négociations des ministres du Hoi à la cour de Borne. Il dit :

« Le cardinal Mazarin, croyant que l'envoi exprès d'une personne de mérite pourroit être plus agréable au pape et porter Sa Sainteté à être plus facile, engagea le Roi, quelques mois avant sa mort, à envoyer à Rome M. le président Colbert pour solliciter la satisfaction des ducs de Modène et de Parme et d'autres affaires dont Sa Majesté le chargea. Mais quelque capacité que ce ministre montra dès lors dans une de ses premières négociations, il n'eut aucune satisfaction du pape et s'en revint en France, sans avoir rien avancé dans les affaires pour

1. Voir A. BASCUETf Histoire du dépôt des Archives des Affaires Étrangères^ p. 71.

COLBERT DE VANDIÈRES. 4i

lesquelles il avait été envoyée » Et Tambassadeur italien, à peu près dans les mêmes termes : «... Il présidente Golberto, che nel periodo di sua dimora in corte circa di otto mesi, con due sole udienze e con sua pessima soddisfazione parti. »

MÉMOIRE POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU SIEUR COLBERT DE VAN- DIÈRES ', CONSEILLER DU ROI EN SES CONSEILS, s'eN ALLANT POUR LE SERVICE DE SA MAJESTÉ A ROME). — 12 OCTOBRE 1660.

Les grandes guerres que le Roi a eues à soutenir dès son avènement à la couronne étant heureusement terminées par la paix % et celles qui s'étoient depuis rallumées entre les rois et princes du Nord et dans l'empire se trouvant eniin pacifiées par son entremise et par son autorité *, Sa Majesté ne voulant rien omettre pour l'établissement du repos de tout le reste de la chrétienté et, pour cet effet, désirant par tous bons moyens prévenir les désordres qui pourroient renaître en Italie au sujet des

i. Arch. des A. B., Rome, vol. XXIV, fol. 27.

2. Charles Colbert, fils de Nicolas Colbert de VaQdières, et frère puinë du grand Colbert, ne en 1629, mort en 1696. SuccessÎTement conseiller d'Ëtat, intendant en Alsace et premier président du Conseil souverain de cette province. Il avait été envoyé, au début de Tannée 1660, en Allemagne, près de l'empereur . L'instruction qui lui a été donnée a été publiée par M. Sorel dans le premier volume de la prétente coUection. A son retour de Vienne, il fut envoyé à Rome où il séjourna peu de temps. Il fut ensuite intendant en Touraine, Anjou et Bretagne ; plénipotentiaire à Aiz-la-ChapeUe en 1668, à Nimègue de 1676 à 1679, et, en cette année, secrétaire d*État sons le nom de Colbert de Croissy. La vie de ce personnage important n*a pas été suffisamment étudiée. M. Clément, dans sa Vie de Colbert, attribue à Jean- Baptiste la mission de Rome, dont il est ici question. Seul, M. A. Baschet a donné des détails précis sur Colbert de Croissy dans son intéressante Histoire du dépôt des archives des affaires étrangères (Pion, 1873, in-8), pp. 67 et sq.

3. U s*agit ici de la paix de Westpbalie et de la paix des Pyrénées, cette dernière conclue il y avait à peine un an (novembre 1659).

4. Allusion à la paix d*01iva, signée le 3 mai 1660, sous la médiation de la France par la Suède, la Pologne, l'empereur et le Brandebourg, et au traité de Copenhague, signé le 27 mai, entre la Suède et le Danemark.

différends et des intérêts que la maison d'Esté* et celle de Parme 'ont à démêler avec la Chambre apostolique, considérant Taffection, la fidélité et l'adresse que ledit sieur Colbert a fait parottre dans les divers et importants emplois qui lui ont été confiés pour le service de Sa Majesté en Allemagne, où il a eu à négocier avec les électeurs et princes de Tempire, et même à la cour de l'empereur et auprès du roi de Pologne, d'où il a remporté la louange d'une suffisance et dextérité singulières au maniement des grandes affaires, Sa Majesté a estimé ne pouvoir faire un meilleur choix que de sa personne pour celles qui se présentent à traiter à Rome et auprès des princes d'Italie pour les intérêts desdites maisons d'Esté et de Parme et pour ceux aussi de Sa Majesté à la nomination des bénéfices consistoriaux qui se rencontrent dans les terres, villes, places et provinces qui ont été cédées par le roi d'Espagne à Sa Majesté, par le dernier traité de paix entre les deux couronnes, et autres qui peuvent survenir en exécution dudit traité'.

L'alliance que M. le duc de Parme a prise de nouveau avec la maison royale par son mariage avec la princesse Marguerite de Savoie qui a l'honneur d'être petite-fille de Henri le Grand *, et l'amitié que Sa Majesté professe avec M. le duc de Savoie* étant un nouveau motif à Sa Majesté d'embrasser avec d'autant plus de chaleur la cause dudit sieur duc de Parme en ce qui regarde ses intérêts de Castro, pour lesquels elle a déjà ci-devant employé son intercession auprès de ce pape-ci, le sieur Colbert prendra son chemin par Turin pour aller en Italie, afin de se servir de l'occa-

1. La maison d*Este rëgnait alors à Modèae ; Alphonse IV d*Este en était le chef. On verraf au cours de cette instruction, quels intérêts la maison d^Este avait à démêler avec la cour de Rome.

2. ^étaient les Farnèsef en la personne de Ranuce II, fils d'Odoart, qui régnaient à Parme.

3. Ce paragraphe renferme la substance même de Finstruction : affaires de Parme et de Modène, question des nominations aux bénéfices ecclésiastiques dans les provinces nouvellement annexées, tels sont les trois points développés dans les pages qui vont suivre.

4. Ranuce Farnèse venait d*épouser, le 29 avril 1660, Marguerite- Yolande de Savoie, sœur du duc Charles-Emmanuel II, actuellement régnant, et petite-fille de Henri IV, par sa mère Marie-Christine (Madame Royale). Elle mourut en 1663.

5. Charles-Emmanuel II, fils de Victor-Amédée, né en 1634, mort en 1675. Il était le second fils de Victor-Ajnédée, mort en 1637.

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