LES LIBERTÉS GALLICANES
séant au Roi de disputer sur le vrai sens des Décrétâtes et des Glosses. Il suffit quQ les motifs de Farrèt sont fondés sur les droits de la Couronne et les libertés de TÉglise gallicane, dont Sa Majesté qui en est le protecteur ne peut souffrir la violation. Il suffit aussi que ce qui a été ordonné par Tarrèt, en conséquence de ces droits, soit exécuté par le chapitre : c'est à savoir que l'administration spirituelle est ôtée à M. le cardinal de Retz. Cette exécution conserve en effet les droits de la couronne d'un côté ; et d'autre part elle met en sûreté la ville et le royaume.
Ces considérations tirées de maximes juridiques et politiques obligent Sa Majesté de déclarer qu'elle ne doit point souffrir qu'il soit ordonné quoi que ce soit qui tende à ôter l'administration au chapitre et la remettre entre les mains d'une personne que Sa Majesté ne considère point comme possesseur, mais le considère seulement comme auteur des troubles dans son État. C'est pourquoi, si l'on prétendoit expédier aucun rescrit sur ce sujet. Sa Majesté laissera agir en pleine liberté sa Cour de Parlement afin que, selon les ordres anciens, elle pourvoie à la conservation des lois du royaume et de la tranquillité publique, en déclarant nulles et abusives toutes les provisions de Rome qui pourroient être expédiées pour empêcher les fonctions des vicaires du chapitre.
La mission du président Colbert est un épisode peu important, et qui jusqu'ici est resté presque inaperçu, des relations de la cour de France avec le Saint-Siège. Au lendemain de la paix des Pyrénées et de la paix d'Oliva, alors que le monde européen commençait à se reposer des longues luttes que la rivalité de la maison d'Espagne et de la maison de France avait suscitées, Mazann, déjà malade et préoccupé de faire une bonne flbi, au moment peut-être où il inscrivait dans son testament le pape Alexandre YII pour un legs de 600 000 livres, Mazarin parut vouloir s'efforcer de dissiper les malentendus qui existaient entre Paris et Rome. Sans aller, du premier coup, jusqu'à la désignation d'un ministre en titre, sans même adresser au pape cette ambassade d'obédience que le nouveau pontife avait quelque droit d'attendre impatiemment après sept ans, il résolut de renouer les relations par l'envoi d'un chargé d'affaires jouissant de toute sa confiance, n choisit Charles Colbert, président au conseil d'Alsace, frère de son familier, de son conseiller le plus fidèle, Jean-Baptiste Colbert.
Charles Colbert, à cette époque sieur de Vandières, plus tard marquis de Croissy, venait de se distinguer dans une mission importante près de l'empereur et des cours du Nord. On pouvait espérer que l'homme qui avait pris part à la pacification de l'Europe septentrionale emporterait dans le Midi un succès analogue.
Sa mission à Rome n'était même, comme celle qu'il venait de remplir à Vienne, qu'une continuation, une sorte de prolongement des
négociations qui avaient amené la paix entre la France et TEspagne. Il avait été nettement stipulé, dans le traité des Pyrénées, que les deux puissances interviendraient d*un commun accord pour obtenir du pape la solution de deux affaires qui depuis longtemps troublaient l'Italie, Taffaire de Castro et Taffaire des vallées de Comacchio.
La difficulté existant entre le pape et le duc de Parme au sujet de rincamération de Castro avait exercé maintes et maintes fois Thabileté des hommes d'État français. C'était une de ces négociations d'origine obscure, de progrés lents, de solutions incertaines, comme il y en a dans tous les temps, et qui sont, à la fois, le docte exercice des chancelleries et l'école des diplomates.
Ces sortes d'affaires n'étaient nulle part plus nombreuses qu'en cette cour de Rome où, comme le dit Mazarin, dans le texte même de l'instruction, « on n'obtient pas les résolutions dès la première instance ».
L'affaire de Castro était d'ailleurs d'importance médiocre. Pourtant elle avait fait couler du sang. Sous Urbain VIII et sous Innocent X, les soldats du pape s'étaient battus. Mazarin d'abord, puis Lionne, les ambassadeurs de Venise, de Savoie, même celui d'Espagne avaient en vain interposé leurs efforts pour éviter l'effusion du sang. On avait vu un soldat coiffé du chapeau de cardinal en récompense des services qu'il avait rendus sur le champ de bataille, à la tête des troupes pontificales.
L'instruction publiée ci-dessous donne un exposé complet et très clair des prétentions réciproques du pape et du duc de Parme. Il est inutile de les résumer ici. Il suffira de rappeler le motif de l'intérêt que la France prenait à ce litige purement italien.
C'avait toujours été le dessein et l'espérance de Richelieu d'unir en un seul corps les princes italiens et d'opposer une telle confédération à la puissance de la maison d'Espagne dans la péninsule. Venise, tout en évitant de s'engager à fond, paraissait favorable ; la Savoie, après avoir longtemps oscillé, inclinait vers la France victorieuse; Parme et Modène nous devaient beaucoup. Restaient Naples et le Piémont à l'Espagne, et l'État pontifical neutre et faible, parfois aussi embarrassé de sa neutralité que de sa faiblesse. Richelieu avait toujours pratiqué le système politique de la fidélité aux alliances. Dès 1625, dans un discours où il s'agissait déjà des affaires d'Italie, il revendiquait hautement pour le Roi de France l'honneur de ne pas abandonner ceux qui se fiaient à lui: « chose grandement importante puisque, par ce moyen, Sa Majesté s'attirera l'union de plusieurs princes ». Cette maxime avait été suivie par Mazarin.
L'Italie l'avait bien des fois préoccupé. Il avait essayé d'y mettre le pied, soit dans le sud, lors de l'expédition de Naples, soit dans le