‹ RomeChapitre 84 sur 186 · LE DUC DE MERCOEUR. M · texte numérisé non relu

LE DUC DE MERCOEUR. M

qu'une des galères qui porteront ses domestiques et qu'en arrivant à Rome, il ne les y fasse pas entrer qu'après en avoir dit un mot à M. le cardinal Chigi, comme pour en avoir son agrément et afin que la chose se passant avec bienséance, il soit plus favorable aux autres changements que Sa Majesté désire de faire dans ledit couvent.

Si ledit cardinal faisoit quelque difficulté à l'admission desdits Pères, prenant prétexte sur quelques décrets de la congrégation des réguliers, alors ledit sieur duc lui déclarera qu'il a ordre précis de Sa Majesté de les aller établir lui-même dans ledit couvent, parce que Sa Majesté a besoin de leur séjour à Rome pour certaines affaires qui regardent son service, et cette raison achève en un seul mot toute contestation. Mais comme le général de Tordre, qui est parti de Sarragosse le 38 février, sera arrivé à Rome avant ledit sieur duc, et que c'est un fort sage et pieux religieux qui a écrit à Sa Majesté qu'aussitôt qu'il auroit baisé les pieds du pape et qu'il se trouveroit en possession de sa pleine autorité que la congrégation des réguliers lui avoit fort restreinte, il n'auroit point de plus ardent désir que de satisfaire Sa Majesté sur les affaires dudit couvent, il sera peut-être meilleur que ledit sieur duc, sans faire une affaire avec ledit cardinal Chigi du rétablissement desdits deux Pères, se contente d'en faire parler audit général par le Père Quinquet, son collègue françois.

Depuis le départ dudit sieur d'Aubeville, Sa Majesté lui a envoyé ses ordres pour solliciter et presser deux autres affaires qui ne lui sont pas moins à cœur que la plupart des précédentes.

L'une est le cardinalat de M. le duc de Mercœur, que Sa Majesté a nommé à Sa Sainteté pour avoir le chapeau qui lui sera dû, lorsqu'elle fera la promotion pour les princes : sur quoi ledit sieur d'Aubeville n'a encore pu tirer d'autre meilleure réponse de Sa Sainteté, si ce n'est qu'elle l'accorderoit en son temps. Sa Majesté sait bien que les papes ont accoutumé de ne faire cette grâce aux princes que, de deux promotions l'une, et qu'en la dernière qui s'est faite, le pape ayant promu à sa nomination le cardinal Mancini, elle ne peut demander que par pure grâce que Sa Sainteté, â la prochaine qu'elle fera, donne le chapeau audit sieur duc de Mercœur; mais comme c'est une chose qui doit être indifférente à

Sa Sainteté d'en avancer le temps, puisque si elle le fait cardinal à cette promotion, elle se trouvera quitte de ce chapeau en la suivante, Sa Majesté attend cette grâce de sa bonté avec d'autant plus de certitude que l'obstacle qu'auroit pu faire à sa demande la considération des Espagnols est non seulement surmonté, mais que le Roi catholique a même fait témoigner à Sa Sainteté qu'elle prendroit sur son propre compte la moitié de l'obligation dudit chapeau. Sa Majesté désire donc que ledit sieur duc de Créqui n'omette aucune diligence pour venir à bout de cette affaire et pour tâcher de la bien assurer, avant que la promotion se fasse.

L'autre est l'instance que Sa Majesté fait depuis si longtemps très pressante à Sa Sainteté pour l'expédition des bulles de l'archevêché de Reims à M. le cardinal Antoine *, qu'elle a nommé pour le régime de ^ette église-là depuis l'année 1687. Lorsque les lettres de Sa Majesté en furent présentées à Sa Sainteté, d'abord elle refusa les bulles, alléguant une prétendue incompatibilité avec le camerlingat, Sa Sainteté ayant dessein d'obliger ledit sieur cardinal à s'en défaire. Sa Majesté voyant que c'étoit un j prétexte recherché pour dépouiller un cardinal françois d'une j charge si considérable,particulièrement dans la vacance du Saint- j Siège, fit défense audit cardinal de prendre les bulles à de telles conditions, attendu qu'il se trouvoit quantité d'exemples que des I cardinaux avoîent été en même temps camerlingues et évoques i non seulement en Italie, mais encore en France, témoin le cardinal d'Estou[te]viIle % archevêque de Rouen et camerlingue du Saint- 1 Siège, et que même, depuis le concile de Trente, sous le pape i Pie V, si zélé pour son observation et pour la discipline ecclésias- j tique, le cardinal Cornaro, évêque de Vicence % fut faitcamerlin- ' gue et retint l'évèché et la charge. !

Outre ce prétexte, le pape en avoit encore allégué un autre semblable qu'on ne lui a pas moins détruit, disant que ledit sieur

1. L'Ambassadeur vénitien dit un mot du conflit relatif au cardinal Antoine, ainsi que de celai des religieux de la Trinité du Mont (loc. cit., pp. 213, 214).

2. Guillaume d^Estouteville, archevêque de Rouen et cardinal, fut chargé de missions importantes à Rome, sous Charles VII et Louis XI ; il mourut à Rome, en j 1483, âgé de 83 ans. j

3. Louis Cornaro, cardinal, évéque de Vicence, de la célèbre famille des Comart Venise; mort en 158i, après avoir été archevêque de Zara et Camerlingue de la ! Sainte Église. :

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