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INDULT DU ROUSSILLON

à cette couronne et comme elle est d*ailleurs une des plus illustres dltalie, ayant même autrefois été seigneurs et souverains de la ville de Bologne et de son territoire, Sa Majesté désire que ledit sieur duc témoigne faire cas de tous ceux qui portent ce nomlà, et leur procure tout l'avancement et les avantages qui seront en son pouvoir.

Il témoignera au sieur abbé de Bourlemont que Sa Majesté est très satisfaite de ses services et prendra soin de le bien traiter et de lui donner moyen de subsister à Rome, comme il convient, pour la dignité du Roi même, à une personne qui occupe le poste d'Auditeur de Rote françois*, et comme ce prélat a acquis avec justice une très grande estime dans la cour de Rome, ledit sieur duc pourra, en plusieurs occasions, se prévaloir utilement de ses bons conseils, de ses habitudes et des connoissances acquises qu'il a en toutes sortes de sciences. Cependant il lui dira que Sa Majesté lui a ordonné de prendre une entière confiance en lui.

PASSAGE AJOUTÉ POUR l'iNSTRUCTION DE M. DE CRÉQUI ET QUI A POUR TfTRE : POUR INSÉRER DANS l'iNSTRUCTION DE M. DE CRÉQUI.

Ledit sieur duc de Créqui, ayant à passer office auprès de Sa Sainteté pour hâter l'expédition de l'induit du Roussillon qui a

pendanca de la cité contre la domination romaine. Au xti« siècle, les Bentivoglio aTaient été rétablis à Bologne par Tintervention française. Camille BentiTOglio, premier marquis de Oualtieri, s'était attaché à la France et avait été gentilhomme des rois François I*' et Henri II. Qui Bentivoglio est célèbre comme écrivain. Sa prose sert encore de modèle classique. Il fut légat en France sous Henri IV, et Louis XIII le désigna comme protecteur des affaires de France. Il était sur le point de ceindre la tiare, lorsqu'il mourut, en 1644.

i. La Rote était un tribunal d'appel, dont l'origine remontait à 1380, sous le pontificat de Jean XXII. Douze prélats choisis dans les diverses nations en faisaient partie. Le premier était nommé par l'empereur, le second par le roi de France, le troisième par le roi d'Espagne, le quatrième par le roi de Pologne, et les huit autres par le pape. Les sentences de la Rote étaient définitives.

été différé depuis la cession faite de ce comté par le roi d'Espagne au Roi et à sa couronne par le traité des princes , il lui représentera Textrême besoin que cette province a de la présence d'un pasteur pour remédier aux désordres que la vacance de Tévèché d'Elne qui en est le siège principal y a causé au spirituel, depuis vingt-deux ans, les choses qui concernent le culte divin y étant en si pitoyable état que les soins et la vigilance d'un évêque y sont absolument nécessaires. Ce qui concerne le temporel dudit évêché n'est pas en meilleur ordre par la négligence des collecteurs de Sa Sainteté, lesquels depuis vingt-deux ans que la Chambre apostolique jouit dudit évêché, ont laissé ruiner les édifices et entre autres deux maisons que Tévêque avoit, l'une à Elne et l'autrQ à Perpignan, lesquelles se sont rendues inhabitables et comme démolies à faute de pourvoir par lesdîts collecteurs aux réparations et entretènement des bâtiments, selon l'ordre qu'ils en avoient de Sa Sainteté. Dom Vincent de Marguerie que Sa Majesté a nommé audit évêché d'Elne * ayant à le rétablir, tant au spirituel qu'au temporel, et Sa Majesté désirant en cela lui procurer quelque secours, elle désire que ledit sieur duc de Créqui fasse instance auprès de Sa Sainteté à ce qu'il lui plaise de convertir les frais de ses bulles ou de les lui remettre, en considération de ceux qu'il avoit à supporter extraordinairement pour la restauration desdites maisons qui lui coûtent quatre fois au delà de la taxe dudit billet qui devoit être fait parla Chambre apostolique, qui a si longtemps profité des revenus dudit évêché sans y rien employer. Ces désordres, tant au temporel qu'au spirituel, devroient servir de raisons pour presser le pape ou d'accorder sans délai ledit induit ou de pourvoir incessamment ledit sieur de Marguerie dudit évêché d'Elne sur la nomination que Sa Majesté en a faite.

1. Dom Vincent de Margarit, évèque d'Elne et do Perpignan, seulement à partir du 30 juin i669, jusqu^au 21 décembre 1672.

MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU SIEUR DUC DE CRÉQUI, AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE DE SA MAJESTÉ A ROME, EN CAS DE CONCLAVE.

Quoique le pape ^it dans un âge assez peu avancé pour espérer encore une longue vie et particulièrement jouissant comme il fait d'une pleine et robuste santé, en quoi tous les avis qui viennent de Rome s'accordent, comme il a néanmoins certaines infirmités de corps qui peuvent l'emporter lorsqu'on y songeroit le moins ^ Sa Majesté, par sa prudence, a estimé à propos de ne laisser pas partir ledit sieur duc de Créqui sans lui donner au moins quelque lumière de ses intentions,en cas que le Saint-Siège vienne à vaquer,pendant le cours de son ambassade, en attendant que, par les relations qu'il enverra à Sa Majesté des qualités, des inclinations et des attachements qu'il aura remarqués en chacun des cardinaux, Sadite Majesté ait pu prendre ses dernières résolutions touchant le conclave prochain avec plus de fondement.

Premièrement. Il est constant que depuis plus de cent ans le parti de France en aucun conclave n'a paru si nombreux qu'il le sera au prochain, étant composé de sept cardinaux et peut-être de huit (si alors Sa Majesté a pu obtenir le chapeau pour M. le duc de Mercœur), à savoir : des cardinaux d'Esté, Antoine, Ursin, Retz, Grimaldi, Mancini et Maldachini *. Celui de la maison d'Au-

1 . Le pape, quoique d'une santé générale assez robuste, était atteint de la pierre. U ne sortait qu'en chaise à porteurs. (Voir des détails précis sur son régime dans TAmb. vén, loc. ct7., p. 244.)

2. Francesco Maldachino ou Maidalchino de Viterbe fut nommé au cardinalat, uniquement à cause de sa parenté arec donna Olympia, qui voulait en faire un cardinal-neveu sous Innocent X. Mais, malgré la docilité de la cour de Rome, elle se révolta lorsque le projet s*en ébruita, et Innocent ne put résister à ce courant d'opinion. Maldachino dut donc se tenir pour satisfait d'avoir la pourpre « obtenue, dit l'Ambassadeur vénitien, malgré l'âge et contre tout mérite ». n le dépeint comme un génie obtus, brutal, grossier de corps comme d'esprit, sachant à peine lire au moment où il fut nommé cardinal, et incapable de rien apprendre. U n'avait d*ailleurs aucune influence, aucune relation, passait sa vie au jeu et était réputé en un mot « pour le plus infâme et le plus méprisé de tous les cardinaux » . Sa voix pourtant comptait le jour d'un conclave.

triche ne les surpassera pas en nombre, puisque les cardinaux napolitains et les milanois n'ayant pas accoutumé de s'y joindre, mais de suivre le chef à qui ils ont obligation de leur cardinalat, il se réduira aux cardinaux Jean Carlo de Médicis, Colonna, Arach \ Langrave *, Aragon', Sforza* et Astalli, de manière que si ledit sieur duc de Créqui peut venir à bout de tenir bien unis entre eux les cardinaux de la faction de Sa Majesté, et qu'ils veuillent tous la servir fidèlement, elle sera d'un grand poids dans le conclave et donnera grand branle pour les exclusions et les inclusions au parti où elle se joindra selon les occurrences.

Pour bien parvenir à cette union le point le plus important et auquel ledit sieur duc devra principalement s'appliquer avant que le conclave se ferme, c'est de bien établir la manière dont devront y vivre ensemble MM. les cardinaux d'Esté et Antoine, rien ne pouvant préjudicier davantage au ser\âce de Sa Majesté que s'il arrivoit entre eux la moindre mésintelligence. C'est pourquoi ledit sieur duc tirera parole d'eux pour la donner au Roi que, comme la direction des intérêts de cette couronne dans une pareille occasion appartient à celui qui a la qualité de protecteur de ses affaires, M. le cardinal Antoine contribuera tout ce qui dépendra de lui au crédit et à l'autorité dudit sieur cardinal d'Esté, et celui-ci en la satisfaction et à l'estime de l'autre.

Et comme personne ne sera plus capable de les brouiller que le cardinal Barberin et n'en n'aura assurément plus d'envie, il sera bon que lesdits sieurs cardinaux se promettent deux choses réciproquement pour les observer avec franchise et ponctualité :

1. Ernest Albert de Harrach, ne en 1598, mort en 1667, archevêque de Prague et de Trente, fils du favori de Tempereur Ferdinand II.

2. Le cardinal Frédéric Landgrave de Hesse, chef du parti impérial, « bon prince, dit un contemporain, mais pauvre, sans soucis et sans apparence m. (Ondedei dans Gattina, III, p. 199.)

3. Paschal d'Aragon, archevêque de Tolède, protecteur des affaires d'Espagne en cour de Rome, cardinal de la création d'Alexandre VII, en 1660.

4. Frédéric Sforza, Romain, de la grande famille de ce nom; promu au cardinalat par le pape Innocent X ; c'était un homme de grand mérite. Mais contrairement à la tradition de sa famille, il avait quitté la protection du roi de France pour se rallier aux factions autrichienne et espagnole, par crainte, dit l'Ambassadeur vénitien, de voir son frère, le duc Paul, dépouillé des revenus et possessions qui lut sont attribués dans la principauté de Milan. (Voir Relat. de Oiustiniani, dans l'Amb. vén. loc, cit.j p. 124.)

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