SALLE
Une partie du palais Colonna, donnant sur le jardin, fut édifiée vers la fm du xv siècle, par les soins du cardinal Giuliano délia Rovere, dont le nom est inscrit près des fenêtres : IVL. CAR. S. P. AD. VlNCVLA.
Ce nom courait parmi les fresques qui ornaient le rez-de-chaussée de l'édifice; on peut encore le voir par-ci, par-là, bien que la décoration primitive ait été remplacée par le blason des Colonna, lorsque Guaspre Dughet et le Tempesta furent chargés de repeindre les salles où Pérugin et Pinturicchio avaient travaillé vers 1491,
Vasari avait indiqué, en deux endroits, cette collaboration des deux maîtres : a Pinturicchio, dit-il, fit quelques peintures pour Sciarra Colonna dans le palais des Saints-Apôtres » (III, 498), et, dans la vie du
GALEIUE COLONNA.
Pérugin, on lit « que ce maître fit, dans ce même palais, et, pour le même seigneur, une loggia et d'autres salles ».
Depuis lors, on avait perdu le souvenir de cette décoration, au point d'omettre même le nom de ces maîtres dans les descriptions du palais, dans lesquelles on n'a d'éloges que pour les vandales du xvii^ siècle. MiLANEsi, dans ses Commentaires sur Yasari, déclare vaine toute recherche sur l'œuvre du Pérugin et du Pinturicchio ; Crowe et Calvacaselle la considèrent comme entièrement perdue; seul, Schmarzow, dans son livre : Le Pinturicchio à Rome, avait retrouvé quelques traces de ces anciennes fresques. Voir Venturi {Tesori ineditid'arle di Roma, xv à xxvi). Dans ces dernières années, elles ont été débarrassées du badigeon qui les recouvrait. Malheureusement, toute une partie de la décoration a disparu et a fait place à de lourds ornements qui encadrent les écussons de la famille Colonna, oeuvre du chevalier d'Arpin, et à de grandes figurations de batailles exécutées par Allegrini de Gubbio. Les pendentifs et les calottes de la voûte renferment seules les peintures primitives.
« La collaboration du Pérugin et de Pinturicchio que l'on a prétendu voir ici, comme dans la décoration du Belvédère et du Palais des Pénitenciers (Voir Rome. \, 313) se soutient mieux, par les coïncidences historiques que par l'observation artistique; car il est bien difficile de rien trouver ici, parmi les meilleures choses, qui dépasse le pouvoir Pinturicchio tandis qu'il n'est certes pas permis d'atti ibuer les pires au Pérugin. Il est également difficile, en l'absence de documents sérieux, de donner une date exacte à cette décoration, et de dire si elle précéda ou suivit celle du Belvédère. Dans ces deux endroits, comme chez les Pénitenciers, il y a des éléments d'ornementation similaires que l'on ne voit pas encore dans le plein développement qu'ils atteindront plus tard, sous le pontificat d'Alexandre VI. 11 est donc clair qu'elles le précèdent; mais il est périlleux d'affirmer davantage; car il est possible également, comme il s'agit dans les trois palais, de salles différentes, que les peintures aient été exécutées sans ordre, alternativement, ou en quelques parties achevées par des élèves, en même temps. » (CoRRADo Ricci, Pinturicchio, h, 59 à u).
Pinturicchio (Bernardino di Betto, dit II). — Éc. ombrienne, 1454; t 4513.
Dans les calottes, se retrouvent deux motifs différents : l" Deux vieillards, le bas du corps recouvert par une draperie, sont assis, tenant, d'une main, des épis qu'ils présentent à un paon qui s'avance vers eux, et, de l'autre main, posée sur un sphinx couché, portant une corne d'abondance. Us ont le torse appuyé sur le montant d'une fontaine à la vasque dorée, sur laquelle sont représentés deux singes tenant, d'une main, un trident, et, de l'autre, une branche à laquelle sont suspendues des armes; à la partie supérieure, sur une seconde vasque plus petite, des enfants embrassant des dauphins de la gueule desquels coule l'eau.
2° Au centre, est un candélabre très ouvragé, à base formée par des
chimères; sur le montant, debout, deux petits amours qui se suspendent à des branches d'arbres couvertes de fruits; à leurs pieds, deux petits enfants attachés par la ceinture. A droite et à gauche, s'avance un adolescent portant, de la main gauche, une lance surmontée d'un crâne d'animal et d'un cartouche avec l'inscription : S. P. Q. R., audessus d'un aigle, et conduisant, de la main droite, un bouc chevauché par un enfant qui regarde avec effroi un serpent.
Dans les pendentifs :
Sur deux d'entre eux, est figurée une tige reposant sur- un pied et portant un cartouche sur lequel on voit le torse d'une sirène, aux bras étendus, tenant des trophées que soutiennent deux faunes appuyés sur les courbures des calottes; sur la tête de la sirène, un vase de fleurs que surmonte un dodécagone au cadre très ouvragé, entre deux rectangles encadrant un ovale. Aux angles, des sirènes tenant à la main une corne d'abondance.
Sur les deux autres, d'une décoration plus simple, un carré est surmonté de deux rectangles contenant des médaillons ; aux angles, une harpie, deux nymphes tenant un sceptre et un cartouche et deux sirènes.
Dans les cadres, sont représentés plusieurs sujets de la Bible et de l'Histoire romaine.
Dans les dodécagones :
* Judith portant, d'une main, la tête d'Holopherne et brandis-
sant, de Vautre main, un cimeterre.
Au fond, à gauche, le corps du chef couché dans sa tente ; à droite, la porte d'une ville.
* Dâvid vainqueur de Goliath.
Debout devant le corps du géant, il tient d'une main sa fronde et de l'autre son glaive. Au fond, une ville.
« Belle étude de nu et belle tête chevelue qui contraste vivement, avec la laide et méchante figure, mal dessinée, du géant; le Pinturicchio abandonnant ici la loi du clairobscur, a peint en rouge les blessures sanguinolentes » (C. Ricci, id.).
* Le roi David.
Assis dans un bige auquel sont attelés deux jeunes gens, le roi lève les yeux au ciel où brille une nuée. Au fond, une troupe de soldats casqués, armés de lances et de bouchers.
GALERIE COLONNA. 189
* Mort de Virginie.
Virginius plonge un poignard dans le sein de sa fille ; à gauche, le décemvir Appius Claudius qu'entourent les licteurs et un jeune officier.
* Héroïsme de Mucius Scevola.
La main au-dessus d'un brasier ardent; à gauche, Porsenna et son armée.
* Mort de Thémisiocle.
A gauche, un prêtre tient entre ses jambes l'animal qu'on vient de sacrifier et dont le sang coule par une blessure ; à droite, debout, Thémistocle qui boit le sang de la victime. Au fond, l'autel.
Petits médaillons :
« Encore plus élégantes, plus belles, plus fines, traitées avec la passion d'un miniaturiste, la vigueur d'un graveur de camées ou même modelées avec le soin d'un médailliste, de petites anecdotes occupent des médaillons d'une couleur chaude, presque bistrée, qui rappelle le bronze dit florentin; des hachures d'or mettent en valeur le relief » (C. Ricci, id.).
* La reine Esther.
Suivie de ses femmes, elle s'avance vers Assuérus, assis sur son trône et qui élève son sceptre au-dessus de la tête de son épouse.
* Mort de Samson.
11 renverse les colonnes du temple ; au fond, les Philistins ; vers la gauche, s'avance un personnage.
* David fuyant la colère de Saûl.
Jonathan tire des flèches sur la pierre d'Egel vers laquelle se dirige un serviteur; au fond, David sort de sa cachette.
* Mort d'Absalon.
Joad s'avance vers Absalon suspendu par les cheveux à un arbre, et dont l'escorte s'enfuit vers la gauche.
* Grandeur d'âme de la mère Spartiate.
Elle remet à son fils le bouclier en lui disant : a Reviens avec ou reviens dessus. ))
* Une jeune fille se jette dans les flammes.
* Clélie traverse le Tibre à la nage.
* Curtius se précipite dans le gouffre. Au fond, le Colisée.
* Horatius Codés défendant le passage du pont.
Au fond, deux Romains transpercent de leurs lances un Étrusque armé d'une faux qui se précipitait sur une jeune fille étendue sur le sol.
* Mort de Cinégyre.
Un Perse s'approche et porte le dernier coup au frère d'Eschyle qui, blessé, se cramponne des dents, à son bateau.
La décoration de ces chambres du Palais Colonna serait, d'après Burckhardt {m), l'œuvre du Pérugin. « Elles sont plus importantes et plus caractéristiques que celles du Cambio, à Pérouse. »
GALERIE DORIA PAMPHIIJ.
GALERIE DORIA PAMPHILJ