II., 3 m.; L., i m. T. — Fi?, gr. nat
Botticelli (Alessandro Filipepi, dit Sandro). — Éc. florentine.
* La femme du lévite Ep/irahn.
Devant une arcade cintrée, fermée, à moitié de sa hauteur, par une porte en bois surmontée de pointes en fer, une femme est assise sur une marclie, de trois quarts tournée vers la droite; elle est vêtue d'une chemisette blanche, et, plongée dans la douleur, cache dans ses mains sa figure encadrée par les tresses d'une chevelure noire. Au premier plan, sui- le sol, sa robe et son manteau rose.
H., 0,42. B. — Fig. pet. nat. — Catalogu-'- autrefois sous le nom de Masaecio.
Attribué à Botticelli par MM. Venti:ri, Steinmann, etc. « Le contraste entre cette figure unique, si .souple, si libre, et ce fond d'architecture aussi simple qu"auslère, révèle, dans là sii^plicité des moyens mis en œuvre, une rare entente de l'ellet dramatique. La couleur des cheveux, ce noir de jais si particuli(;r, la carnation quelque peu verd;\tre fournissent des présomptions en faveur de la nouvelle attribution » (E. Muntz, Gazelle des Beaiix-Arls, 1898, i78). « Dans le fond de ce tableau ample et vide, sur lequel se détaclie une seule ligure, Botticelli nous fait sentir quelque chose que personne autre n'a exprimé au xv" siècle et qui sympathise avec notre mode actuel de composition moins touffue de lignes mais plus pleine de sous-entendus. On ne voit pas le visage de la désespérée qui pleure au seuil d'une maison; mais on croit entendre résonner sa plainte lugubre dans le lieu sévère et désolé où elle est venue s'échouer. Les vêtements sont déchirés, elle est dépouillée du manteau qui lui fut arraché et jeté dans l'escalier. Il est difficile de préciser ((uelle est la femme que représente ce tableau gris et froid, triste comme l'àme de la malheureuse; on peut pourtant supposer que Botticelli a voulu
Renaud et Armide.
r<^présonter la figiiro biblique de la femme du lévite (livre des Juges, cbapitre XIX) qui après avoir été outragée, pendant la nuit, par les fils de Déliai, s'en alla, errant dans les ténèbres, tomber devant ^a porte de la maison où demeurait son mari. La Bible raconte que, au^oint du jour, le mari se leva et ouvrit sa porte pour continuer son voyage. Il vit sa femme, couchée devant cette porte, avec les mains étendues vers le seuil. Beaucoup de détails du tableau correspondent à ce récit biblique : la femme couchée devant la maison, la porte fermée, le désordre des vêtements de l'infortunée que, pour augmenter l'effet dramatique, l'artiste nous montre encore vivante, consumée par la douleur et la^honte. Ce tableau fut attribué à Masarcio, mais personne ne peut douter (ju'il ne fut peint par Botticelli, en le comparant à ses autres œuvres. Les lambeaux déchirés de la chemisette rappellent ceux qui couvrent la figure du Repentir dans la Calomnie, de la galerie des Uflizi ; les cheveux d'un noir intense qui appartient à Botlicelli , forment des tresses serpentines qu'on retrouve dans d'autres figures peintes par lui; corlains plis longs et étroits, la manche gaucbe, de forme ovale, qui s'arrête au iriilieudu bras comme dans d'autres figures de la Calomnie, le pouce et l'index de la main droite formant presque un angle droit; le gonflement du coude, l'empâtement des cliairsaux tons verdâtres, les traces du graphite dans le dessin architectural, etc., sont autant d'indices qui désignent une œuvre de Botticelli. Et plus que tout, on y reconnaît son esjuit, s;i force de démonstration, l'émotion de son àme » (Venturi, Tresori d'arte inediU <li Huma, n" 1). Dès 189G, Zola avait signalé cette admirable peinture dans son volume sur Home et l'avait déjà attribuée à DotticelU. « A peine éclairée par le jour mourant, une fij^urc de femme, assise sur un soubassement de pierre, au seuil d'un grand et sévère logis dont on l'avait cbassée.... Quelle douleur sans nom, quelle honte affreuse, quoi aliandon exécrable cachait-elle, cette obstinée d'amour, dont on rêvait sans fin l'histoire d'un cœur éperdu? On la sentait adorablemeut jeune et belle dans sa misère, dans ce lambeau de linge drapé à ses épaules, mais le leste d'elle appartenait au mystère, et sa passion, et peut-être son infoitune, et sa faute, peut-être. A moins ((u'olic ne lut là seulement le symbole de tout ce qui frissonne et pleure, sans visage, devant la porte éternellement close de l'invisible.... C'est un Botticelli, il n'y a pas un doute à avoir. Voyez les mains, voyez les plis de la draperie; et ce ton de la chevelure, et ce faire et cet envolement de toute la composition. Est-ce que cela n'est pas d'un modernisme aigu? » (Rome, 65 et lu).
* La Vierge, VEnfanl Jéms, le pelit saint Jean et deux anyes.
Sur un gradin, est' assise, de face, la Vierge, en robe rouge et manteau bleu, la tête inclinée vers la gauche. Elle porte, sur son genou droit, l'Enlant Jésus qui se. retient, de la main gauche, à son voile blanc. Le petit saint Jean est agenouillé, à droite, vêtu d'un manteau grenat jeté sur une peau de bête, les mains jointes, une croix contre son épaule. Aux côtés de la Vierge, deux anges la couronnent : l'un, en robe jaune à manches rouges, l'autre, en robe blanclie à manches jaunes. Au fond, une haie de roses.
Diamètre, 1,10. Forme ronde. B. — Ce tableau est vraisemblablement l'original de l'œuvre acquise en 1885 par la National Gallery, à Londres, autrefois propriété de la famille Polli et de J.-H. Brown, attribuée par Cr. et Cav. à un élève de Botticelli. C'est une copie ancienne très inférieure à l'origuial décrit ci-dessus où cependant, comme le fait justement remarquer E. Mlntz [Gaz. des B.-Arts, 1898, i8l), la tête de la Vierge et celle de l'Enfant Jésus sont hors de proportion ; « mais on retrouvé bien, dans ce tableau, les caractéristiques du maître avec ses figures souffreteuses ». A rapprocher du Magnificat àesViûzi. « Mais, tandis qu'à Florence Botticelli peignit la Vierge, inondée des rayons du soleil, couronnée d'étoiles, étincelante d'or, ici, le maître cesse de chanter