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VII. Flore recevant le souffle de Zéphyr

Flore, couchée de profil tournée vers la gauche, en robe jaune et manteau grenat, lève vers le ciel son visage; de sa bouche, sort un nuage; au ciel, se distingue la tête de Zéphyr.

YIII. Tête de jeune homme.

D'après Titi et d'autres écrivains, cette tête aurait été exécutée par Michel-Ange qui, étant venu un jour à la Farnésine, voir Sebastiano dcl Piombo, et ne l'ayant pas trouvé, lui aurait laissé cette peinture pour l'informer de sa visite. Cette légende est assez difficile à admettre, si l'on se rappelle que Sebastiano del Piombo avait termine son travail dans la Loggia avant que Raphaël y commençât sa Galatée, et il n'est guère présumable que Sebastiano eut laissé vide l'espace que Michel-Ange aurait recouvert, plusieurs années après. Cependant il faut reconnaître que cette tète a quelque chose dé michelangélesque : « Si nous regardons cette tête sans nous attacher à cette légende, nous trouvons quelque signe qui nous confirme dans cette opinion que, dans ses compositions de la Farnésine, Sebastiano incline vers le genre de Michel-Ange. Dans les fresques, les premières exécutées, et surtout dans celles qui avoisinont la Galatée de Raphaël, le sensualisme giorgionesque est encore assez apparent pour exciter notre surprise; mais, dans les plus récentes, telles que Borée enlevant Orithye, les membres sont dessinés'avec largeur, et bien musclés; les mains et les articulations sont établies avec force, dans leur attache, les draperies semblent avoir perdu quelque chose de leur forme vénitienne » (Cr. et Cav., .V. //., ii, 5i4 à 016).

IX. Terrée, roi de Thrace, poursuivant Philomèle et Procné. (( Térée, roi de Thrace, accouru au secours d'Athènes, avait épousé Procné, fille du roi Pandion, dont il avait eu un fils nommé Ity?; pour

obéir au désir de sa femme, il partit chercher sa belle-sœur Philomèle. Mais à la vue de cette jeune princesse, Térée brûle comme une moisson mûre qu'on incendie, ou comme des feuilles et du foin sec dont on approche du feu. Il l'emmène dans son royaume où il l'enferme dans un gîte caché. Là, il lui dévoile ses infâmes désirs et triomphe, par la violence, de la vierge confiée à sa garde, puis, pour arrêter ses lamentations, lui serre la langue avec des pinces et l'arrache jusqu'à la racine. Procné, ayant appris le crime de son mari, s'élance prête à tout et ne respire que la vengeance ; elle arrache Philomèle à sa prison et l'emmène dans son palais. Puis elle tue son fils Itys, fait bouiUir son cadavre et le donne à manger à Térée. Lorsque le malheureux connut l'horrible festin auquel il avait été convié, il mit l'épée à la main et poursuivit les deux femmes qui, portées sur des ailes, sont métamorphosées en oiseaux; Philomèle se réfugie dans les bocages, Procné voltige sur nos toits » (Ovide. Métamorphoses. Livre VI, vers 412-676).

A gauche, le roi, en vêtement lilas, le bras droit levé, s'apprête à frapper les deux sœurs : l'une, la chevelure dénouée, vêtue d'une robe verte, cherche à protéger son visage; l'autre, en robe jaune et manteau blanc, coiffée d'un bonnet blanc, lève ses yeux au ciel où vole une hirondelle.

« lîien n'est plus frappant dans ces fresques que l'intention de l'artiste de s'imprégner de l'air et de la latitude de Rome. Tout y est sacrifié au charme des sens et à la gaieté du coloris. Il ne faut pas y chercher le style, ou le classicisme de Peruzzi, ni la puissance qu'un artiste désireux de laisser un monument comme peintre de fresques doit chercher à posséder; les compositions manquent d'arrangement, de types idéaux et de la précision du dessin; on aperçoit ici les signes certains d'une inexpérience de la technique pardonnable peut-être à Venise, mais inadmissible à Rome n (Cr. et Cav., N. IL, II, 315). « Le coloris lumineux trahit encore l'élève de Giorgione, et l'œil est lé* joui de quelques belles figures de femmes, mais la composition est singulièrement décousue et insignifiante. Ce ne furent assurément pas ces fresques, iruiis bien des œuvres comme La Fornarina, qui attirèrent sur Sébastiano le regard de Raphaël» (Bukok., 759).

Peintures des murailles :

Raffaellô Sanzio (Raffaello Santi, dit). — Haphael. — Éc. ojii^ brienne. 1485; f 1520.

* G (datée.

Au temps d'Homère j Galatée n'est qu'une des innonibrableb Néréides, filles de Nérée et de Doris, l'une des plus belles seulement, blanche comme le lait, ainsi que l'indique son nom. Théocrite la fit sortir de la foule des naïades. Dans ses Idylles, il a raconté sa légende, et nous a décrit l'amour qu'elle inspira au cyclope Polyphème. Celui-ci assis, sur un rocher au bord de la mer, s'accompagnant de la syrinx,

LA FARNÉSIXE

LA FAKNÉSINE.

ëssàie en vain de lléchir par ses prières l'orgueilleuse beauté; Ovide donna un dénouement tragique à cette idylle. Au XIII" livre des Mélamorphoses, Polyphème surprend les entretiens amoureux de Galatée et du beau berger Acis : dans sa fureur, il saisit un rocher et le lance sur les deux amants. Acis ne peut fuir; il est écrasé par le rocher et son sang rougit la mer.

Deux siècles plus tard, sous Caracalla, un rhéteur Flavius Philostrale, de Lemnos, composa un ouvrage dans lequel il décrivit une série d(; peintures qui ornaient le portique d'une maison à Naples, parmi lesquelles une Galatée et un Polyphème; certainement Raphaël et Sebastiano del Pionibo connurent cet ouvrage par l'adaptation qu'en lit Politien et y puisèrent le sujet des deux fresques dont ils enrichirent le palais d'Agostino Chigi, ainsi qu'on peut s'en rendre compte pai- la lecture de ce passage : « ... Considère Polyphème, fds de Poséidon, le plus sauvage des Cyclopes ; son unique sourcil dessine un arc sur son œil unique; son nez aplati descend sur sa lèvre. Voilà le monstre qui dévore les hommes comme un lion féroce; mais, en ce moment, il ne songe point à un tel repas, ne voulant paraître ni féroce, ni odieux, caiil aime Galatée qui prend ses ébats dans la mer et la contemple du haut de la montagne. La syrinx est encore sous son bras; immobile, il chante à la façon des pasteurs. Le peintre lui a conservé l'aspect sauvage et terrible. Il veut prendre une tendre expression, conforme à son amour ; mais son regard a quelque chose de sauvage et de sournois comme celui des bêtes féroces, quand elles cèdent à la nécessité. Galatée, de son côté, se joue noblement sur les flots, menant son attelage de quatre dauphins, unis par les mêmes sentiments, comme j»ar le même joug, et que dirigent, à l'aide d'un "frein, les lilles de Triton, s^îrvantes de Galatée, pour prévenir toute incartade de leur part, toute rébellion contre les rênes. Au-dessus de sa tète, elle déploie, au souffle du zéphir, une étoffe légère, couleur de pourpre, qui lui donne de l'ombre, sert de voile au char, éclaire son front et sa tète d'un reflel charmant, moins charmant cependant que l'incarnat de ses joues. Les cheveux ne flottent pas au gré du vent; chargés d'eau, ils défient les efforts du zéphir. Le coude droit est en saillie et l'avant-bras, d'une éclafanfe blancheur, s'incline au point que les doigts reposent sur l'épaule délicate de Galatée. Les bras ont de molles rondeurs, les seins ont de la fermeté, le genou même a de la grâce. Le pied, d'une délicatesse conforme à la beauté de l'ensemble, pose sur la mer el l'affleure comme pour servir de gouvernail au char. Les yeux sont une merveille; leurs regards, comme perdus dans l'espace, semblent atteindre les dernières limites de la mer. » {Traduction de M. Botujol. Livre H, chap. xvui.)

« Tel est le sujet que l'antiquité fournissait à Raphël, et aussitôt pour lui, le sujet

s'agrandit, s'ennoblit, s'élève. De ce qui n'a été, jusqu'à lui, qu'un motif ingénieux pour des décorations, pour des peintures de genre, il tirera l'œuvre la plus sereine, la plus digne du grand art. La grâce un peu maniérée de Théocrite, la déclamation d'Ovide, le bel esprit de Lucien, il semble qu'il n'en ait pas même été effleuré. Avec lui, Galatée remonte aux plus beaux temps de la Grèce : on dirait que c'est non pas Théocrite ou Ovide qu'il illustre, ou Philostrate qui l'inspire, mais le grand Homère lui-même. Que l'on compare la Galatée de la Farnésine aux fresques exécutées plus tard sur le même sujet par ce merveilleux décorateur appelé Annibal Garrache dans le palais Farnèse, c'est alors qu'on verra combien était haute l'inspiration de Raphaël, combien noble et profonde son émotion d'artiste » (Ch. Bigot, Raphaël et la Farnésine, 70).

Debout sur une coquille, attelée de deux dauphins qu'un amour, glissant sur l'onde, dirige vers la droite, Galatée, de trois quarts tournée vers la droite, le visage levé au ciel, tient, des deux mains, les rênes. Une draperie rouge ne cache qu'imparfaitement ses formes sculpturales et sa chevelure dénouée est agitée par le souffle du zéphyr. Autour d'elle, s'empressent des tritons et des naïades. A gauche, un triton enlace une nymphe qui cherche à lui échapper et un triton monté sur un cheval marin souffle dans une conque; à droite, un faune, debout sur les eaux, sonne de la trompette et un centaure enlève une naïade. Au ciel, trois petits amours dirigent sur Galatée leurs traits acérés, et un quatrième, dont le buste seul est visible, tient, dans ses petites mams, un faisceau de flèches.

Gravé par Marc-Antoine, Richomme, Landon, de Mare. — Cette fresque a été vraisemblablement exécutée au milieu de l'année 1514, ainsi qu'en fait foi une lettre de' Raphaël à Balthazar Castiglione, qui date du printemps de la même année; « ... Quant à la Galatée, je me tiendrais un grand maître s'il s'y trouvait la moitié des choses que votre Seigneurie m'écrit. Mais, dans ses paroles, je reconnais l'amour qu'elle me porte et je lui dis que, pour peindre une belle femme il me faudrait voir plusieurs belles, en ajoutant cette condition que votre Seigneurie se trouvât auprès de moi pour faire choix du mieux; mtiis privé que je suis et de bons juges et de belles femmes, je me sers de certaine idée qui me vient à l'esprit; si cette idée a quelque excellence au point de vue de l'art, c'est ce que j'ignore, mais je me donne beaucoup de peine pour l'avoir. »

Pu.NGiLEONi avait supposé que celte fresque fut peinte entre 1511 et 1512; mais les critiques plus modernes, s'appuyant sur des recherches minutieuses et sur la lettre citée ci-dessus, en ont, avec raison, reculé l'exécution à l'année 1514. « Elle est aussi remarquable par la beauté du dessin et la grandeur du caractère que par le mouvement général de la composition. Elle représente allégoriquement le triomphe de la beauté éthérée sur les plaisirs matériels » (Pass., ii, i43). « La Galatée est la plus exquise des peintures mythologiques modernes. La mythologie allégorique n'est plus ici une convention, un simple prétexte au développement de belles formes; la pensée même de Raphaël requérait cette expression pour avoir toute sa pureté et toute sa beauté. Quelle figure de race humaine aurait suffi pour représenter clairement et dans toute sa majesté l'éveil de l'amour? La déesse de la mer n'est que désir et volupté : entourée d Amours, de Nymphes et de Tritons que déjà la passion a réunis, elle s'avance sur sa conque au-dessus des flots tranquilles; un petit amour s'est suspendu aux rênes de ses dauphins et se laisse traîner par eux sur les eaux de la mer. Il sera facile ici, par parenthèse, de se convaincre à quel point, dans son sentiment de la forme, Raphaël est indépendant de l'antique. A part U coneeption générale, il n'y a pas un contour

LA FARNÉSINE

qui ne lui appartienne. Son dessin est moins idéal, plus naturaliste que celui des Grecs; le maître, à cet égard, est bien le fils du xv* siècle. Certes l'école de David a produit des figures plus correctes; mais qui voudrait les échanger contre celles de Raphaël? » (BORCK., 695).

Au-dessus de la porte d'entrée :

Sebastiano del Piombo (Sebastiano Luciani, dit).

' PoLyphème.

Assis sur un rocher, de profil tourné vers la droite, le Cyclope, cenit d'un manteau bleu, des feuilles dans sa chevelure touffue, de la main tient une syrinx et semble plongé dans l'extase.

Fresque gâtée par des restaurations, dont les unes sont vraisemblablement de la main du Poussin. Le manteau du cyclope fut rajouté par ordre d'Agostino Chigi, si l'on en croit Paul Jove. Au Musée de Lille, un dessin, à l'encre et au crayon, représentant un faune et que M. Venturi considère comme la première pensée de ce Polyplième. « En tous cas, dans ce dessin, la main de Sebastiano se retrouve plus que dans la peinture si maladroitement endommagée » (Cat., 54).

Quand les fresques des lunettes, décrites ci-dessus, furent terminées, Agostino Chigi se posa la question de savoir s'il emploierait le même artiste pour peindre les parois des murailles, et la figure du Polyphème peut être considérée comme la pièce d'épreuve soumise à son approbation. « Après que Raphaël eut terminé sa Galatéc, Sébastiano exécuta, ainsi que le voulut Agostino, un Polyphème, peint à fresque » (Vas., V, 567). Le projet fut abandonné, nous pouvons le croire, et vers t:>l'2, l'annéo après la mort de Giorgione, Sébastiano cessa de travailler à la Farnésine. Voici l'ordre dans lequel furent exécutées les diverses compositions : I. Térée poursuivant sa femme et sa belle-sœur. II. Les filles de Cécrops ouvrant la corbeille. 111. La chute d'Icare. IV. Junon. V. Scylla coupant la chevelure de Nissus. VI, La mort de Phaéton. VII. Borée enlevant Orithye. La femme est dessinée suivant les préceptes de Michel-Ange, ainsi que cela se remarque surtout dans la forme du bras et de la main. MU. Flore recevant le souffle de Zéphyr. IX. Tête colossale. X. Polyphème.

Sur les autres parois :

Dughet (Gaspard) dit Guaspre-Poussin. — Kc. romaino, 1015;

Paysages divers.

A droitejle la salle de^Psyché :

('. — Salle (lea frises.

La décoration de cette salle avait auti^efois été attribuée à Jules Romain. Mais Crowe et Cavalcaselle et M. Venturi se sont élevés contre cette opinion et ont désigné, avec raison, Baldassare Peruzzi comme l'auteur de cette frise.

« On peut se convaincre facilementque c'est là une œuvre de Peruzzi en reconnaissant la grande confoimité de style de ces peintures avec celles de la Loggia delà Galalée, aussi tien qu'en y découvrant de nombreuses réminiscences du Pinturicchio et même de PoUaïuolo » (Vewri, Cat., eo).

Peruzzi (Raldassare). — Éc. siennoise. 1481 ; j 1556, * Peintures mv raies.

Paroi Nord.

Hercule et deux centaures. — Hercule et le lion de Ne'mée. — Hercule et les oiseaux du lac de Stymphale. — Hercule et Vhydre de Lerne. — Hercule et Cerbère. — Hercule et les chevaux de Diomède. — Hercule portant Géryon sur ses épaules. — Hercule et Echidna. — Hercule et le taureau de l'Ile de Crète. — Hercule et Ante'e. — Hercule et Cacus.

Paroi Est.

Hercule supportant le monde. — Hercule et le sanglier d'Erymanthe. — Mercure gardant le troupeau d'Apollon. — Deux des compagnes d'Europe sur le bord de la mer. — Danaé recevant la pluie d'or. — hinon et Sémélé. — Sémélé brûlée par le tonnerre. — Actéon et Diane. — Apollon et le roi Midas. — Lutte de Pan et d'Apollon. — Supplice de Tantale. — Midas agenouillé devant Bacchus. — Neptune et Amphitrite.

Paroi Sud.

Des tritons et des naïades, au milieu des flots. Paroi Ouest.

Deux satyres contemplant des 7iymphes endormies, — Supplice de Marsyas. — Atalante. — Lutte de Méléagre contre ses oncles. — Les trois Parques. ■ — Mort de Méléagre. — Orphée. — Orphée et Eurydice. — Mort d'Orphée.

« Aucune peinture n'est plus gracieuse et ne présente plus de maîtrise que cette série admirablement composée, rien ne ressemble plus à la facture de Peruzzi que ces figures mouvementées et plastiques. C'est là l'œuvre d'un homme qui a étudié liaphaël et Michel-Ange sans perdre son originalité, et qui s'est agrandi au contact de ces grands contemporains » (Cr. et Gav., ni, 393).

Premier étage.

A. — Grande Salle.

« Bien que les anciens critiques parmi lesquels Vasari (v, 524), aient attribué les peintures de cette salle à des élèves de Raphaël, et principalement à Jules Romain, l'opinion généralement acceptée de nos jours est que la décoration comprenant quinze sujets séparés les uns des autres par des Hermès est l'œuvre de Peruzzi. Quelques

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auteurs prétendent que les douze divinités, représentées dans lesniclies, et le Vulcain accompagné du Gyclope au-dessus de la cheminée, seraient de la main de Jules Romain ; mais, bien que ces peintures indiquent, en de nombreux endroits, la facture d'un élève de Peruzzi, elles présentent, d'autre part, une si grande ressemblance avec la frise, qu'on doit admettre que Peruzzi et aucun autre exécuta, en entier, la décoration de cette grande Salle » (Ch. etCAV., m, 398. — Ventlri, Cat., 62).

Peruzzi (Baldassare) . — Éc. siennoise. 1481 11536. ^Peintures murales.

En commençant par la fresque, au-dessus de la porte d'entrée : Paroi Ouest.

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