‹ Rome, l'antiquitéChapitre 10 sur 16 · MÛ ROME · texte numérisé non relu

MÛ ROME

romaine. Auguste avait fait ériger à Rome deux obélisques. L'un, qui se trouvait sur l'arête du Grand Cirque, a été transporté au milieu de la Piazza del Popolo (fig. 115); il porte les cartouches de Séti I" et du grand Ramsès II (xm" siècle avant J.-C.}. L'autre ne remontait qu'à Psammétik, le roi Saîte {VI' siècle av. J.-C.) ; il était encore aussi ancien que les plus archaïques des œuvres grecques transportées à Rome. Ce second

obélisque avait été dressé au Champ de Mars comme l'aiguille d'un grand cadran solaire dessiné sur un pavement de marbre; il a été relevé non loin du lieu où il avait été trouvé, sur la place de Montecitorio.

Dès le temps d'Horace, l'art égyptien commençait d'être acclimaté à Rome par les cultes égyptiens qui comptèrent parmi leurs premières dévotes en Italie les courtisanes faciles aux poètes. Le temple d'Isis, bâti près du Panthéon, était un édifice de granit apporté d'Egypte pierre à pierre ; il retrouva dans le Champ de Mars Fig. 118. — Arc de triomphe de Gallien. son avenue monumentale,

bordée de cynocéphales et de sphinx, et ses propylées flanquées d'obélisques. Sur l'emplacement de ce temple, entre le Collège romain et les Thermes d'Agrippa, les fouilles et les travaux entrepris depuis le xvi' siècle ont remis au jour jusqu'à six obélisques, dont deux sont restés dans la région, sur la place du Panthéon et sur la place de la Minerve; les chefs-d'œuvre de sculpture égyptienne conservés au Musée du Vatican viennent pour la plupart de ce temple, véritable musée égyptien dans la Rome impériale. Il est probable qu'Hadrien contribua plus qu'aucun autre à enrichir ce musée. Sous son inspiration, les sculpteurs grecs de Rome se mirent, comme leurs prédécesseurs de l'époque des Ptolémées, à dégrossir patiem-

ment dans les granits et les porphyres des statues coiffées du pschent ou de klajt. Au temps d'Hadrien ou peu de temps après lui, l'obélisque qui se dresse aujourd'hui devant la Trinité des Monts fut taillé à Rome dans un bloc de granit égyptien ; les sculpteurs copièrent les hiéroglyphes d'après l'obélisque érigé par Auguste au Grand Cirque (celui de la Piazza del Popolo).

Fig. 119. — Arc de triomphe de Constantin.

Hadrien ne rechercha point l'ancien art grec comme l'ancien art égyptien. Il semble au contraire qu'il ait eu un goût particulier pour l'art grec d'Egypte et d'Asie, Parmi les œuvres d'art retrouvées dans sa villa de Tibur deux des plus précieuses sont deux statues de Centaures tourmentés par des Amours. Ce sont des copies ou des imitations d'originaux alexandrins ; les plinthes portent la signature de deux Grecs d'Asie, Arîstéas et Papias, originaires de la ville carienne d'Aphrodisias, où une école de sculpture fut florissante au il' siècle de l'Empire romain. Ces deux groupes sont sculptés dans un marbre d'un gris sombre, qui a pris des luisants et des reflets d'onyx.

Le goût des marbres durs et du poli précieux donna au travail le plus savant une rondeur et une froideur qui font penser à la virtuosité inanimée d'un Canova. Ces défauts sont particulièrement sensibles dans les nombreux portraits d'Antinous, le Bithynien au regard langoureux qui fut le favori d'Hadrien et qui, s'étant noyé dans le Nil pour conjurer un oracle qui menaçait son souverain, fut rangé officiellement parmi les divinités de l'Empire. Le bas-relief de la Villa Albani reste la plus poétique image de ce jeune homme mélancolique, qui fut. en dehors des

Fig. lîo. — Médaillons provenant d'un monument deTrajau et encastrés dans l'arc de Constantin.

apothéoses impériales, le dernier dieu créé par le monde antique (fig. 116).

Hadrien était un dilettante trop éloigné de l'action violente pour se plaire à l'art militaire de la colonne Trajane. Ami des arts et de la paix, il parvint, en fortifiant son armée, à ne pas faire la guerre, et n'eut point de campagne à raconter sur les monuments triomphaux. Jusqu'à ces dernières années, Hadrien pouvait passer pour n'avoir commandé aucun basrelief à sujets romains. Mais un érudit s'est avisé que le sculpteur Thorwaldsen, en restaurant un bas-relief rompu, avait placé à tort la tète de Trajan, rasée à l'ancienne mode romaine, sur le buste décapité d'un empereur qui était représenté sacrifiant devant un temple : le temple élait celui de Vénus et de Rome ; l'empereur était Hadrien : sur le bas-relief du Musée des Thermes, on doit l'imaginer barbu à la manière des philosophes. Un autre empereur, qui porte une barbe frisée et qui est représenté sur un grand bas-relief du Musée des Conservateurs, passait pour

Marc-Aurèle : il faut reconnaître en lui Hadrien. Le souverain, entouré de licteurs, de soldats et de citoyens en toge est reçu devant un arc par la déesse Rome, entourée de figures allégoriques qui personnifient les quartiers de la ville ; un jeune homme est le Champ de Mars. Un autre bas-relief, placé en face de celui-ci, dans l'escalier du Musée des Conservateurs, montre l'apothéose d'une impératrice, emportée par une femme ailée au-dessus du bûcher. Ces deux bas-reliefs faisaient partie d'un arc de triomphe érigé sur la Via Lata, près de l'Autel de la Paix. Ils sont calmes et pacifiques comme les œuvres augustéennes ; mais les allégories tiennent plus de place dans les groupes que les vivants ; en dépit du rendu minutieux des portraits, la facture est trop ronde et trop polie : déjà la sculpture romaine a la froideurofficielle d'un style Empire, Les reliefs qui décoraient la base de la colonne monolithe érigée par An-

tonin le Pieux au Champ

,, , . Fig. m. — Siatue équesire de Marc-Aurèle,

de Mars ont ete transpor- ç„ ironie doré. Place du Cipiiole.

tés au Vatican, dans le

jardin du Belvédère, Le plus important de ces reliefs représente lapothéose du couple impérial : on le dirait sorti du même atelier que le relief de l'arc d'Hadrien.

Sous Marc-Aurèle, le successeur d'Antonin, la sculpture historique fit un effort pour revivre, qui n'attesta que son irrémédiable décrépitude. L'empereur philosophe qui avait fait son devoir de chef d'armée, sans plus aimer la guerre que ne l'avait aimée Hadrien, fit couvrir de reliefs la

coloane qu'il érigea au Champ de Mars et qui reproduit exactement les formes et les proportions de la colonne Trajane (fig. 117). II s'agissait encore de rappeler des campagnes entreprises contre les peuplades danubiennes, qui cette fois avaient attaqué l'Empire. Loin de chercher à éviter es redites, les sculpteurs qui eurent à représenter les passages de fleuves,

Fig. 132. — Buste colossal de Néron (Musée du Vaùcan] .

les marches, les combats livrés aux Marcoraans, aux Quades, aux Sarmates, se contentèrent de copier servilement, à quelques exceptions près, les reliefs qui racontaient l'expédition de Trajan, Dans l'intervalle de soixante ans qui sépare la dédicace des deux colonnes, la sculpture romaine a perdu son souci de la vérité documentaire et la sobre éloquence de ses récits de bataille- Un demi-siècle après avoir produit un chef-d'œuvre qui égale Tite-Live, elle n'est plus qu'une compilation de copistes, comme va être l'Histoire Auguste.

La décadence est achevée lorsque Septime Sévère, de concert avec ses fils Caracalla etGéta, élève au Forum, en l'an 201, un arc de triomphe à trois arches, imité, peut-être, des arcs d'Auguste. L'attique sur lequel le nom de Géta assassiné a été martelé par ordre de Caracalla porte la tache d'un fratricide. Les sculptures sont très frustes; mais quelques morceaux intacts laissent juger de la pauvreté du relief, qui n'est plus qu'une gravure maladroite sur marbre (fig. iio). Soixante ans plus tard

Fig. 12}. — Agrippinc l'ancienne (Musée du Capitole),

un arc de triomphe fut élevé à Gallien, le faible empereur qui ne sut réduire ni les Barbares du Danube et du Rhin, ni ces dix-huit généraux dont les légions firent des souverains éphémères et que l'histoire, en forçant quelque peu les chiffres, a appelés les « trente tyrans », Ce monument, voisin de la place ViUorio-Emmanuele, n'est qu'une arcade encadrée de pilastres, sans aucune décoration sculptée [fig. 1 18) .

Un demi-siècle passe encore ; Constantin, vainqueur de Maxence, fait bâtir et décorer, à côté du Colisée, le plus grand des arcs de triomphe de Rome. Pas un signe chrétien ne marque ce monument, qui commémore, avec la bataille du pont Milvius, la défaite du paganisme : l'inscription

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de l'attique invoque « la divinité », .sans choisir encore entre les dieux de l'Empire et le dieu des chrétiens. L'architecture est solennelle comme celle de la haute basilique dont les ruines s'élèvent en face du Palatin (ûg. i ig). Mais les sculptures qui couvrent les socles des colonnes et remplissent les écoinçons des arcs ne sont que d'informes ébauches; la plus misérable est une Victoire au torse ballonné, sous une draperie aux plis vermiculés, qui a pris l'attitude d'une Victoire sculptée sur la colonne Trajane à

Fig. i2i\. — Siaïues des grandes Vesules, reirouvées dans leur maison du Forum.

côté d'un trophée qui sépare les récits des deux guerres daciques : elle ne sait plus même tenir son bouclier. Cependant, à côté des scènes de combats et d'assemblées qui semblent jouées par des pantins vêtus de chiffons, voici des médaillons, des tableaux rectangulaires d'un tout autre style, sacriâces, harangues, chasse, combats, dont quelques groupes font penser encore aux processions athéniennes et aux cavaliers des sarcophages de Sidon. Ces reliefs n'ont pas été sculptés pour Constantin : quatre basreliefs ont été arrachés à un arc de triomphe de Marc-Aurèle. Comme la tète de l'empereur était barbue, le marbrier l'a remplacée par la face glabre et ronde de Constantin. Sur huit médaillons et sur les grands reliefs qui sont les morceaux d'une frise de bataille, l'empereur n'est autre que

Trajan, dont le visage rasé a été respecté (fig. 120). De même que ces reliefs, les statues des barbares debout au-dessus des colonaes sont les dépouilles du Forum de Trajan. Constantin a volé la gloire de l'empereur conquérant et de l'empereur philosophe.

Entre tous les monuments du bas-relief romain, un seul, la colonne Trajaae, reste non seulement un document, mais une histoire. D'innombrables portraits d'empereurs, htatuesou bustes, évoquent encore, aussi fortement que Tacite et que Suétone, les années paisibles ou sanglantes de l'Empire.

Les statues équestres ont été nombreuses sur les Forums. Comme elles étaient pour la plupart en bronze doré, elles ont péri, à l'exception d'une seule : celle de Marc- Aurèle, sauvée par les chrétiens, qui avaient cru reconnaître Constantin sous la barbe frisée du cavalier. La statue était placée au moyen âge devant le palais de Latran, où habitaient les papes; au XVI' siècle elle fut transportée sur la place du Capitole, entre les palais bâtis par Michel-Ange.

Sur un cheval trapu qui avance

- ,, . Fig. 125. — Une graniie Vesiale au temps

en soufflant, 1 empereur, en sim- de SepUme Sévère (Musée d« Thermes).

pie tunique, sans cuirasse d'apparat, étend le bras vers la foule avec un geste d'orateur (fig. 121). Quant aux bustes d'empereurs, ils sont partout, sur les socles des jardins, sous les portiques des palais. Au Musée du Capitole, ils remplissent une salle, rangés par règnes et par siècles, depuis Auguste jusqu'aux empereurs barbares, Eliogabale le Syrien, Philippe l'Arabe, qui ont été à leur tour les maîtres du monde. Quelques-uns ont les proportions des statues géantes dont le corps a été mis en pièces ; un buste de Néron, couronné du laurier d'Apollon, conserve le visage du Colosse érigé devant la Maison d'Or (fig. 122). Après Hadrien, le poli excessif de ces bustes, l'emploi des marbres de couleur atténuent l'accentuation des caractères

individuels. Au Musée des Conservateurs un buste de Commode, le gladiateur couronné, avec les attributs d'Hercule, miroite comme une porcelaine. Cependant, alors que le bas-relief historique n'est plus qu'une suite de figures sans vie, les instincts et les folies des tout-puissants sont

Fig. 126. — Columbarium d'une associalion funéraire, dans la Vi^na Codini.

encore marqués par les sculpteurs sur la face crispée d'un Caracalla. Les impératrices composent une assemblée de visages durs et ingrats, au milieu desquels sourient quelques tètes charmantes. Agrippine l'ancienne, la veuve de Germanicus, a encore le visage sévère des matrones d'autrefois ; la simplicité majestueuse de l'attitude assise et de la draperie semble un souvenir des marbres attiques (Musée du Capitule; fig. 123).

Après le règne d'Hadrien, quelques bustes féminins ont le front rasé pour recevoir des postiches de marbre, véritables diadèmes de frisures qui changeaient avec la mode.

Des femmes qui n'étaient pas des souveraines ont reçu les honneurs des statues. Les magistrats et lesfonctionnaires qui avaient obtenu quelque privilège par la puissante intervention d'une « grande » vestale consacraient une statue à leur protectrice dans l'atrium de la maison des vestales, au

Fig. 127. — Stucs d'un lambeau de la Voie laime, i'"' siècle de l'ère chrétienne.

Forum. Plusieurs de ces statues ont été retrouvées dans les dernières fouilles et relevées sur des bases anciennes (fig. 124). La plus remarquable a été transportée au Musée des Thermes. C'est une femme âgée, préposée au gouvernement du petit monastère: le voile religieux entoure de ses plis pesants la gravité mûre et morose d'un visage d'abbesse (fig. 125).

La série des portraits de vivants est accompagnée, dans les trois siècles de l'Empire, par la série des portraits de morts ; rien n'est plus commun dans Rome que les bustes en bas-relief ou en ronde-bosse qui décoraient les cippes et les tombeaux. La mode des sarcophages avait été abandonnée au temps de Sylla, lorsque la pratique de la crémation fut définiti-

vement adoptée dans la société romaine et que seuls les esclaves et les pauvres furent enfouis en terre. Les empereurs eurent leurs enclos crématoires et leurs mausolées ; les familles riches élevèrent, le long des grandes voies, à la sortie de la ville, des tombeaux ambitieux pour recevoir les urnes ; la plupart des Romains, au temps d'Auguste ou de Néron, s'assuraient après leur mort une petite niche dans le grand caveau d'un

Fig. 128. — Stucs d'un tombeau de U Voie latîue, 11" siècle.

Columbarium, troué delogettes comme un v pigeonnier ». Deux groupes de ces caveaux ont été retrouvés sur la Voie Appienne, en deçà des murs, qui n'ont été élevés que plus tard. L'un était la propriété des affranchis d'Octavie, femme de Néron ; les autres, qui sont réunis dans la Vigna Codini, ont été aménagés à partir de l'an ôavant J.-C. par trente-six associés qui en ont recruté d'autres. 180 niches funéraires étaient tirées au sort entre les participants (fig. 1 26), La plupart des caveaux étaient creusés dans le tuf. Leurs plafonds et leurs parois étaient ornés de peintures et de stucs à la manière des maisons patriciennes. Deux tombeaux de la Voie Latine, l'un du l" siècle, l'autre du 11', ont conservé la richesse et la fraîcheur première de leur décoration. Sous la voûte du plus ancien.

des cortèges bachiques, des tritons qui portent en croupe des nymphes marines semblent voltiger au-dessus des urnes funéraires et guider les morts vers les Iles fortunées (fig. 127). Dans le plus récent des deux tombeaux, les légendes héroïques accompagnent les fantaisies mythologiques au milieu d'architectures de féerie. A côté d'Alceste sauvée des enfers. Hercule, Paris, Achille défilent dans les compartiments du décor, bariolés de noir et de rouge (fig. 1 28) .

L'inhumation fut adoptée de nouveau, vers le temps d'Hadrien, au milieu du second siècle, et sans doute sous l'influence des cultes orientaux

Fig. 129. — Sarcophage des Niobides [Musée du Latran).

qui n'admettaient pas la crémation. L'industrie des marbriers devint florissante ; les citoyens de fortune moyenne trouvèrent dans la boutique de ces artisans des sarcophages tout sculptés, avec un couvercle orné d'une statue toute drapée, ou un médaillon à coquille orné d'un buste, dont la tête n'était qu'épannelée et pouvait être achevée à la ressemblance du défunt. L'exécution du relief est sommaire : le trépan qui troue le marbre de gros points noirs découpe les boucles des chevelures et enfonce les plis des draperies. Mais les sculpteurs veulent rivaliser d'érudition mythologique avec leurs prédécesseurs, les modeleurs de stuc. Ils mettent à profit des recueils de dessins classiques, où ils retrouvent les attitudes des chefs-d'œuvre.

Au temps ou le bas-relief historique à sujets romains allait disparaître, le bas-relief funéraire revint à la tradition grecque. Sur le devant d'un cercueil de marbre, les Niobides s'agitent avec des gestes désespérés autour de leur pédagogue et de leur nourrice (Vatican, Latran) ; sur le couvercle leurs beaux corps sont entassés, comme des épis fauchés par

l'orage (fig. 129). Le sculpteur qui représente sur le sarcophage d'un militaire une bataille de Gaulois ne met point les Barbares aux prises avec les légionnaires de la colonne Trgjane : il se souvient de Pergame, trois siècles après la fin du royaume des Attales, et montre des Galates d'Asie combattant contre des cavaliers armés à la grecque. Le poème de la destinée humaine est murmuré sur les marbres funéraires par des

Fig. 130. — Sarcophage de Proméihce (Musée du Capitole).

figures qui semblent se souvenir tantôt des élégies alexandrînes, tantôt des vers d'Euripide, Ici c'est Amour et Psyché, le roman philosophique raconté par Apulée ; là c'est le sacrifice volontaire d'Alcsste et la défaite de la Mort, vaincue par Héraklès. La tragédie, abandonnée pour les pantomimes et les gladiateurs, revient dans les chambres funéraires ; elle parle vaguement du rêve d'immortalité dont s'enchantait Socrate à des générations troublées par les révélalions venues d'Orient et par le spectacle des martyrs qui meurent pour ressusciter.

Vers la fin du lll° siècle, au temps où le christianisme achevait de conquérir la cour même des empereurs, une jeune païenne fut représentée couchée, son petit chien à côté d'elle, sur un sarcophage autour

duquel des groupes confus évoquent toute Thistoire de Prométhée. Ce sarcophage est au Musée du Capitole, dans la salle dite des Colombes (fig. 130). Sur Tune des faces étroites du cercueil de marbre, les Cyclopes battent le fer dans la forge divine, où jaillit le feu qui va être rendu à l'humanité. Sur la face opposée, Héraklès bande son arc ; il va tuer l'aigle qui dévore le Titan, supplicié pour son amour des hommes. La face antérieure du sarcophage est un pêle-mêle d'allégories et de dieux d'où se dégage toute une histoire poétique de la vie et de la mort. Prométhée est assis devant un groupe où sont réunis la Terre, l'Océan et le Soleil ; une corbeille pleine d'argile est posée à côté de lui ; il achève de modeler la statuette qui va devenir une race nouvelle. Devant lui Minerve pose sur la tête de la figurine d'argile le papillon qui sera l'âme de l'être vivant. L*être accomplit sa destinée que filent les Parques ; voici la statuette gisante sur le sol : l'âme s'est envolée et Hermès l'entraîne vers l'inconnu.

La clarté de la pensée grecque a fui cette foule désordonnée ; certaines figures semblent hésiter entre les religions antiques et les croyances prêtes à triompher. Près de la forge des Cyclopes, un couple nu, abrité sous un arbre, fait penser plutôt à Adam et à Eve qu'à Deucalion et à Pyrrha sauvés du déluge. Cependant les formes alourdies gardent encore quelques traits de la beauté grecque, et le paganisme vieillissant a groupé ses créations les plus nobles autour du sculpteur au visage olympien, ancêtre mythique de Phidias.

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