‹ Rome & l'empire aux deux premiers siècles de notre èreChapitre 123 sur 246 · Juvénal, XVI · texte numérisé non relu

Juvénal, XVI

la comédie et aussi le roman*. C'est un fonds très riche qui semble inépuisable. Les Romains de l'empire, témoins de captations effrénées, ne pouvaient manquer d'en tirer parti pour leurs fictions.

Dans l'art, les bas-reliefs qui représentent une collocatio montrent, aux pieds ou dans les mains du mort ou de la morte *, des pugillares^ tellement l'idée d'un testament paraissait inséparable de celle de la mort.

Dans la littérature de Rome, telle qu'elle est venue jusqu'à nous, deux passages célèbres, sur lesquels nous allons revenir, une satire d'Horace (II, 5) et la fin du Satyricon de Pétrone, mettent en scène des vieillards sans enfants ou ceux qui se donnent pour tels, et leur cortège de flatteurs avides. Mais au théâtre, bien des pièces, bien des scènes devaient porter sur le môme thème. La nouvelle comédie en Grèce a pu le dédaigner, ce qui n'est nullement sûr; mais il n'est guère vraisemblable que les pièces plus romaines, les mimes, les togatœ^ reliées de plus près avec la réalité, aient négligé cette source de comique, dont le succès devait être assuré. Saint Jérôme raconte que les jeunes gens jouaient dans les écoles, avec force éclats de rire, une pièce qu'on appelait « le testament du porc » ou « le testament du petit porc »,

4. Citons chez nous, à litre d'exemple, le roman récent de M. Gherbuliez : Apres fortune faite, 2. Saglio, Funxts^ fig. 3360; cf. ici chap, vi, p. 14S.

Grunnius Corocotta * ; ne serait-ce pas un souvenir de la tradition populaire, qui, plus ou moins usée dans le théâtre véritable, se serait ainsi conservée sous forme de jeu littéraire parmi les jeunes lettrés?

Juvénal*, Epictète ', et aussi Lucien*, raillent souvent, mais ne raillent qu'en passant, par allusion ou sous la forme d'un portrait rapidement crayonné, ce travers de la vie romaine. Il fournit le cadre même de la satire citée d'Horace et des scènes qui terminent pour nous le roman de Pétrone.

La satire d'Horace (II, 5) est une parodie renforcée, avec une dose d'exagération qui nous étonne, mais qui ne déplaisait pas, semble-t-il, aux Romains. Tirésias, le fameux devin de la Nexuta ', est de nouveau consulté par Ulysse, qui voudrait s'enrichir; le héros vient d'aborder, pauvre naufragé, à Ithaque, et il aurait grand besoin de refaire rapidement sa fortune. Tirésias lui conseille

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