CHAPITRE IX
I. L'école. — Du mot schola. Sens divers du mot. De même scholasticus, — Ce que nous savons des locaux des écoles anciennes. — Comment les écoles romaines différaient des nôtres. — 1° École du grammairienr Commentaire perpétuel des poètes, surtout de Virgile. Les Romains voyaient dans VEnéide un résumé de la science universelle et consultaient le poème comme un oracle. — 2** École du rhéteur. Abus des traits. Bizarrerie des sujets. Idées bizarres; tours de force de mémoire; poèmes figurés. — Préjugé national en faveur de ces écoles; prétention des empereurs à l'éloquence. — Influence de la rhétorique sur la littérature de l'empire; souvenirs des lieux communs et des sujets d'école. Discours fictifs. Panégyriques, etc.
II. Les livres. — Combien ils sont répandus. Bibliothèques privées et bibliothèques publiques. Nombre des livres. Disposition. Portraits des auteurs avec légendes. Classement des livres. Livres de luxe. Grands ouvrages sous petit format. Bibliothèques chrétiennes. Destruction par l'incendie des bibliothèques romaines. Nos manuscrits latins les plus anciens. — La librairie ancienne : mode habituel de publication. Division des grands ouvrages en rouleaux (libri). Influence des formes habituelles de publication sur la composition elle-même. — Manque des secours dont se servent continuellement les modernes, index, dictionnaires, etc. — Emprunts très étendus aux auteurs précédents, dont on se contente de remanier et de rajeunir les ouvrages.
l'École
Parmi les institutions et les usages du monde ancien qui ont eu une influence marquée sur le
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développement de la littérature, qui sont caractéristiques de Tépoque de Tempire, que pourtant nous sommes tentés d'oublier, et qu'il faut pour cela remettre de temps en temps sous les yeux du lecteur moderne, comptons avant tout Técole.
Supposons que, comme dans les contes, une bonne fée nous offre de choisir dans la vie ancienne un coin qu'elle nous révélerait, en l'éclairant d'une pleine lumière : je ne sais s'il ne faudrait pas donner à celui-ci la préférence. Nous savons bien en gros comment enseignaient les Romains. Mais d'abord où le faisaient-ils? Ne pourrait-on nous montrer un des successeurs ou mieux l'un des prédécesseurs des grammairiens fameux de ce temps, Aulu-Gelle, Donat, Servius? Ils n'avaient sans doute ni toque, ni rabat, ni robe; mais quel était leur extérieur? Ces hommes qui débitaient les règles sur la manière dont l'orateur devait porter la toge, comment la portaient-ils eux-mêmes? sous quel costume professaient-ils leur éloquence en chambre? Quel dommage que ni fresque, ni aucune de ces mosaïques, où des noms accompagnent les personnages, ne nous montre un grammairien authentique * I
1. Une mosaïque de la salle de Pompéianus, près de Con- Blantine, porte bien l'inscription filosophi locus (M. Bolssier, l'Afrique romaine, p. 161). Mais il s*agit là d'un philosophus, et quel que soit le sens du mot (on discute là-dessus), le personnage a une contenance assez ridicule :• c'est un jeune homme qui, devant une dame élégamment vêtue et portant un éventail, tient en laisse un petit chien et de l'autre main abrite la dame sous une ombrelle.
Laissons le personnage et son extérieur. Comment était disposé le lieu où enseignaient ces maîtres de l'antiquité, et dont les élèves gardaient le souvenir avec reconnaissance et vénération *? Mais il se trouve que le nom de l'école en latin {schola)y comme d'autres noms aussi {philosophus, Academia) ', a été prêté à tant d'autres lieux, à tant d'autres groupes que son sens propre s'évanouissait, et cela dès l'antiquité. Des salles où l'on enseignait véritablement, sauf à pérorer à l'occasion [scholœ philosophorum ^ rhetorum^ grammaticorum)^ le mot avait passé aux discours et aux leçons des maîtres ' ; ensuite à des métiers où il fallait se soumettre à une discipline et à un entraînement : on parlait d'écoles de gladiateurs, d'écoles de bestiaires. On l'appliquait à certaines associations (ainsi dans le style militaire : scholœ speculalorum *), et aux édifices appartenant à une corporation [scholœ medicorum). Il désignait des galeries où l'on exposait des objets d'art : ainsi la
\. Cicéron, Pro Plancio, xxx, 81 : Gui non locus ipse mutus ille, ubi alitus aut doctus est, cum grata recordatione in mente versetur? (Qui ne garde dans l'esprit, avec un sentiment de reconnaissance, le souvenir du Heu muet [par opposition avec la voix du maître], où il a été élevé et instruit?)
2. Montesquieu raconte dans ses notes de voyage, publiées récemment (/^a/ic, p. 88), qu'il trouva à Vérone une Académie de belles-lettres, une autre Académie pour monter à cheval, et cela dans la même maison, « ce qui faisait un vrai salmigondis ».
3. Cicéron {Tusc, I, 4, 8^) appelle lui-môme les Tusculanes quinque dierum scholas. Cf. ihid., 111, 81.