‹ Rome & l'empire aux deux premiers siècles de notre èreChapitre 144 sur 246 · Ghap. cxxvii · texte numérisé non relu

Ghap. cxxvii

. 3. Ghap. cxxYii in, et cxxxi fin,

iH ROME ET L'EMPIRE.

sion secrète : roses, violettes, tendre oseraîe ». Nous n'avons pas d'autre détail. Au rendez-vous, suivant, les amants sont sous des bouquets d'arbres, platanes, lauriers, cyprès, pins. Au milieu, « une rivière écumante et la plainte de l'eau parmi les cailloux ; et autour du gazon, et de tendres violettes, le rossignol de^ bois et l'hirondelle des villes ». C'est peut-être beaucoup pour une description ancienne ; pour nous, c'est bien peu. Le cadre est quelconque ; la scène ne se passe en aucun lieu connu, à aucune heure ; ou plutôt elle est de tous les temps et de tous les pays. C'est une composition d'école, factice et vide, parfaitement étrangère à toute réalité.

De même, quoique d'une manière différente, dans la plupart des compositions de Pompéi, la fantaisie du peintre se donne carrière. Elle domine dans l'ornementation, dans la complexité voulue de ces coins de grandes maisons qui d'ordinaire servent de fond; dans les caricatures qui sont si nombreuses, parfois si plaisantes; mais surtout dans ces conventions gracieuses de l'ancienne peinture : centaures ou chimères; amours, grues et pygmées, satyres ou nymphes et tout le cortège de Bacchus. Joignez-y les peintures où se reconnaît l'influence de l'exotisme, pour lequel les anciens avaient aussi leur faible : notamment ces paysages égyptiens où, parmi les lotus et les palmiers, s'ébattent les ibis et les grands oiseaux d'Orient, tandis que, sur la rive, dorment les cro-

codiles. Joignez-y surtout la représentation des carrefours, rues, maisons, balcons, et escaliers avec personnages, esclaves ou servantes aux aguets, du haut de l'escalier ou près d'une fenêtre; enfin tous les trompe-l'œil chers au goût italien.

J'ai eu déjà occasion de citer * le curieux passage de Pline, sur les fresques mises à la mode par un peintre du temps d'Auguste, S. Tadius. Nous reconnaissons ici une bonne partie des sujets qu'il traitait; les jardins (topiaria) seraient représentés par la volière de la villa de Livie {ad Gailinas) ; nous voyons représentés à Pompéi « la mer, des ports, des villas; des gens qui pèchent, qui naviguent, qui vendangent » ; ailleurs des bosquets. Il est vrai que nous n'avons pas jusqu'ici certains sujets réalistes et pittoresques que cite Pline : on ne voit pas « les gens montés à ânes » ; ni surtout cette scène « bizarre d'hommes entrés dans un marais, et portant avec inquiétude, sur leur dos, des femmes qu'ils doivent conduire à une villa d'accès marécageux ».

Tout cela n'est sûrement pas d'un goût bien fin ni bien relevé ; mais il est prudent de ne pas parler ici de sentiment, ni de poésie, ni même de vérité vraie. Mieux vaut nous montrer indulgents pour ce côté aimable, facile, sans prétention, volontiers humoristique de la vie ancienne, et nous rappeler surtout combien, dans tout ce qui précède, nous

i. Au chapitre i, p. 22.

496 HOME ET l'empire.

avons dû faire d'hypothèses; combien, sur toute cette partie de Tart ancien, les monuments sont pauvres, rares, Vite altérés, et combien les ren-seignements que nous avons péniblement rassemblés, sont, en fin de compte, insuffisants et incom-» plets.

Page 1