‹ Rome & l'empire aux deux premiers siècles de notre èreChapitre 194 sur 246 · Annales, I, 35 fin · texte numérisé non relu

Annales, I, 35 fin

2. On a remarqué (M. Boissier, V Afrique romaine^ p. li") que, dans certaines collections d'inscriptions militaires, par exemple dans celles de Lambèse, les sentiments des soldats ne paraissent pas tels qu'ici, au moins en ce qui concerne leur métier; qu'ils ne sont pas mécontents de leur sort, et que Ità on ne retrouve jamais l'accent amer et menaçant que Tacite donne aux plaintes des légionnaires. Mais cette remarque même ne souligne-t-elle pas une des limites de répigraphie?

connus de tous, qu'il suffit de rappeler d'un mot. Je voudrais prendre le sujet par un autre côté; tout d'abord le restreindre, et en profitant d'un beau livre paru récemment *, donner une idée précise d'une partie nettement définie et assez bien connue de l'armée impériale, de l'armée d'Afrique. Le plus simple est de suivre le même plan que M. Gagnât, et de passer en revue d'abord la composition de l'armée ; ensuite le régime administratif auquel elle est soumise ; enfin le camp de Lambèse et les autres établissements militaires.

Quoique l'esprit militaire soit le même en tous pays, tout le monde sent que la vie des soldats ne pouvait cependant être la même dans les provinces si diverses de l'empire ; il est évident qu'en Bretagne ou sur le Rhin, les légionnaires ne pouvaient suivre le même régime qu'aux bords de l'Euphrate ou à l'entrée du Sahara. Il y avait, sous ces divers climats, des nécessités matérielles dont aucune énergie n'aurait pu s'affranchir. L'adaptation se faisait, peu à peu, pour chaque légion, établie à demeure sur la frontière qu'elle gardait. Il en résultait qu'habitudes, tempérament, degré d'endurance, caractère, esprit, différaient dans les légions, du midi au nord, de l'orient à l'occident.

1. René Gagnât, V Armée romaine d* Afrique et Voccupation militaire de V Afrique sous les empereurs, Leroux, 1892. — Notre source ancienne sera surtout le traité de Végèce, que plusieurs modernes ont grand tort de dédaigner. Beaucoup de ses données, qu'on mettait autrefois en doute, ont été récemment confirmées par les inscriptions.

Une en théorie, Tarmée se composait donc en fait de corps d'armée, ou mieux de légions différentes. On savait, pour le cas de conflit, que leur forôe n'était pas la même * . Après toute une suite de variations, le terme fut et devait être en chaque province Fincorporation des indigènes. Voyons comment se fit en Afrique cette transformation.

l'armée d'âfrique

r Composition de l'armée.

Notons d'abord que le nom d'Afrique, ici employé, nVst pas impropre. Les Romains avaient appelé ainsi la province formée après la conquête de Carthage. Elle devint province consulaire au temps d'Auguste, et Ton y adjoignit plus tard Tancienne Numidie. Le proconsul, chef du pouvoir civil, demeurait à Carthage. D'autre part le légat de l'empereur, propréteur et commandant des forces militaires, résidait au siège de la légion, d'abord à Théveste; puis, sous Hadrien et ses successeurs, à Lambèse. En dehors de la province proconsulaire, il y avait, du côté de l'ouest, deux autres pro-

1. Tacite, Hist., I, 16 : « sil ante oculos Nero, quem... non Vindex cum inermi provincia, aut ego cum una legione... cervicibus publiais depulerunt » (ayons devant les yeux Néron, dont le joug n'a pu être secoué véritablement par Vindex qui n'avait à ses ordres qu'une province sans force, ou par moi qui ne commandais qu'à une légion).

vinces gouvernées par des procurateurs : c'étaient les deux Maurétanies [utraque Mauretania) ; la Maurétanie Césarienne, ayant pour capitale Césarée (aujourd'hui Cherchel); la Maurétanie Tingitane, ayant pour capitale Tingis (Tanger).

Tel était le territoire occupé par l'armée d'Afrique. Sa base était le littoral, son centre Carthage, où florissait une civilisation, de bien peu inférieure à celle de l'Italie. La culture des mœurs et aussi la sécurité diminuaient à mesure qu'on s'éloignait à l'ouest ou au sud. Aux extrémités, on se bornait ■ à des points d'occupation, dominant les puits ou les routes des caravanes. Des réduits, des fermes fortifiées suffisaient à protéger les postes avancés.

Le noyau de l'armée était formé par la légion qui, sauf les cas exceptionnels (par exemple sous l'empire, pendant la guerre contre Tacfarinas), suffisait à défendre les possessions romaines d'Afrique» Son nom le plus connu est legio tertia Augusta. Elle avait ses auxiliaires, trois ailes, dix cohortes et deux numeri, ce qui portait à 12000 hommes les troupes d'occupation de la province proconsulaire.

On sait qu'il y avait, entre les soldats des corps auxiliaires et les soldats des légions, les différences suivantes : les premiers restaient pérégrins, tandis que les légionnaires étaient ou devenaient, par leur incorporation même, citoyens romains; en second lieu, la durée du service était pour les légionnaires de vingt ans, de vingt-cinq pour les auxiliaires.

Les Maurétanies étaient défenduesjpar des troupes

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auxiliaires, auxquelles on n'adjoignait au i*^'' siècle qu'un très petit nombre d'indigènes. Ces troupes se décomposaient en cohortes, dont un bon nombre montées {cohortes equitatœ) ; en troupes de cavaleries (aZa?)et troupes hors cadre (numeriGivexillatiônes); on donnait ce dernier nom à des troupes temporairement détachées sous une enseigne particulière (vexillum). Il y avait en Maurétanie Césarienne quinze cohortes; cinq ailes (de 1000 hommes chacune) ; une vexillatio et trois numeri. Le total, d'après M. Mommsen, ne dépassait pas 15000 hommes, ce qui faisait en bloc pour l'armée d'Afrique 27 000 ou au plus 28 000 hommes *. i

Cadres de la légion. — L'armée fut d'abord placée sous les ordres du proconsul. En 37, Caligula fît passer le commandement à un légat nommé par lui. Ce poste devint très vite un des plus importants de l'empire et ne fut donné désormais qu'à de vieux prétoriens qui, au sortir de la légation ou pendant la légation même, parvenaient au consulat.

Le légat avait pour le seconder, comme officiers d'état-major, des bénéficiaires * (nommés suivant que le légat était ou non consul ou consulaire : beneficiarii legati ou consulares); des immunes^; des

1. Notre corps d'occupation en temps de paix s'élève à 48 000 hommes.

2. 11 est probable qu'ils avaient ce nom en souvenir de ces aides volontaires qui suivaient dans leur province les nuigistrats de la république, dans l'espérance d'obtenir, à la sortie de sa charge, diverses gratifications (bénéficia),

3» Officiers à la suite.

singulares^] des stratores (officiers de remonte); des speculatores *, des cornicularii^ et des qusestionaini^ , Les écritures étaient faites et les archives tenues par des commentarienses^ des notarii, des actarii, actuarii et exacti ; des librarii et des capsarii ^,

Sous les ordres du légat, étaient les tribuns de la légion, dont les fonctions sont devenues moins importantes qu'au temps (}e la république, par suite de la création des préfets du. camp et des légats de légion. Les tribuns, fils de sénateurs, étaient laiiclavii; les autres étaient angusliclavii ^ ou semestres. Ils avaient eux aussi pour les aider des bénéficiaires {beneficiarii tribuni)^ des cornicularii, des commeniarienses et des librarii.

Le préfet du camp était chargé du choix et de l'entretien du camp, des retranchements et du fossé. Il remplissait les fonctions de notre commandant du génie et aussi du commandant de place, administrait le matériel, les transports, la prison, l'hôpital, l'arsenal, les ateliers de répara-

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