C'est la composition ou autrement le Wehrgeld germanique
timenl des lâches (xii, 3); le bardit (m, 3), avec les cris et les bruits de f ramée, par lesquels les guerriers approuvent ou désapprouvent les harangues d'un chef (xi, fin); rattachement du combattant à sa framée et à son cheval de guerre (xiv, 2, et xvni, 8) ; aussi quelques coutumes locales : ces Chatti qui ne coupent leurs cheveux et leur barbe qu'après avoir tué un ennemi (xxxi, 4) ou ces Ilarii, vrais ancêtres des « hussards de la mort », qui s'efforcent d'effrayer l'adversaire par leurs boucliers noirs, leur corps noirci, et tout un appareil infernal (xLni, 19). Il y a là une réunion de traits nombreux et précis comme nous les aimons, qui viennent de la réalité et nous en renvoient l'image
Tacite n'aurait pas été l'écrivain plein de pensée et aussi de passion que nous connaissons, s'il avait manqué l'occasion, en quelque sorte imposée par le sujet, de mettre en regard des vices des Romains certaines vertus de leurs ennemis. La Geivofianie n'a pas été écrite pour ces épigrammes; mais elles ne détonent pas dans cette description sérieuse et solide. De là les allusions à la corruption des mœurs de Rome (xix), au luxe insensé des funérailles (xxvii, fin), aux captations de testaments (xx, fin), à l'insolence des affranchis des empereurs (xxv, 8); à la bassesse de tous les flatteurs de la richesse et du pouvoir. Tout un résumé ironique de cette vie peu enviable se rencontre dans une phrase, où elle est opposée à la pauvreté hideuse et farouche des Fenni (xlti), à laquelle il
faudrait, paraît-il, donner la préférence. 11 est clair qu'ici l'effet est cherché et quelque peu excessif.
2" Les barbares d'après les auteurs postérieurs, Ammien et Sidoine.
Dans ce qui va suivre, je réunirai les indications précises et pittoresques sur les barbares qui entourent et qui vont envahir Tempire, sans m'attacher à les demander toutes à un auteur ou les rapporter à une seule et même époque. En quittant la Germanie de Tacite *, nous devions forcément nous sentir appauvris dans nos sources d'informations; il ne faut pas les restreindre encore par une rigueur de méthode, qui serait ici sans véritable utilité.
Remarquons d'abord que, pendant les siècles qui suivirent l'époque de Tacite, il se fit dans le monde barbare des changements considérables. De nouveaux noms paraissent au premier rang (Francs,
1. Veut-on, en la considérant par un des côtés les moins importants, sentir le prix de la Germanief II n'y a qu'à comparer les indications géographiques de Tacite, si précises qu'on les reporte facilement sur la carte, aux descriptions de genre des historiens qui ont précédé, même des plus grands, à celles des historiens qui ont suivi (surtout Ammien); ou pour que le contraste soit plus fort, qu'on compare la description de la Germanie de Tacite aux chapitres de Pline l'Ancien (IV, 96) sur le même sujet; et cependant Pline avait vu les barbares dans leur pays, et on pense qu'il avait eu à sa disposition, pour les descriptions de son histoire naturelle, une. topographie du monde copiée sur la célèbre carte d'Auguste.
Alamans, Goths), tandis que des peuples autrefois célèbres ont entièrement disparu. La juxtaposition des anciens et des nouveaux noms devient la règle dans THistoire-Auguste , dans Ammien et dans tous les historiens de ce temps * ; c'est donc qu'elle était nécessaire. Il est vraisemblable que, comme la pensé M. Fustel de Coulanges *, ces peuplades croissaient et se détruisaient avec une très grande rapidité. Bornons-nous à rappeler les deux grands mouvements qui se produisirent à la frontière. La première fois, quand, à la fin du n^ siècle (162- 180), eut lieu l'invasion des Quades et des Marcomans, dont Marc-Aurèle finit par triompher, Rome fit un effort dont elle aurait été plus tard incapable. Au commencement du v° siècle, la trouée est faite, et Rome succombe.
Parmi cefe barbares deux groupes à distinguer : d'abord les peuples qui descendent de la Germanie : ils ont pour la plupart habité, quelque temps au moins, des cabanes fixes; leur vêtement est serré au corps; leur infanterie est surtout redoutable; d'autre part, les nomades venus de l'est : ceux-ci vivent sous la tente et changent sans cesse de séjour*. Ils ont des robes flottantes. Leur cavalerie
4. Franci oHm dicli Germani (les Francs qu'on appelait autrefois Germains); Halani veteres Massagetae (les Halains, les anciens Massagètes); Saraceni eidem qui Scenitœ Arabes (les Sarrasins, les mêmes que les Arabes Scénites).
3. Ammien, sur les Saraceni, XIV, 4, 5 : alibi mulier nubat, in loco pariât alio^ liberosque procul deducat, nuUa copia quiescendi permissa (une femme se marie à un endroit,
infatigable, armée de longues lances, porte des cuirasses de morceaux de cornes, alternant, comme des plumes, avec des pièces de lin. Sur leurs chevaux hongres, où ils sont parfois deux par cheval, ils caracolent en de brillantes fantasias. Ajoutons ce détail qu'un roi goth, vaincu par Aurélien, avait un char traîné par quatre rennes ^ Pour résister à l'invasion toujours menaçante, la politique romaine tâche d'exciter ces barbares les uns contre les autres, et, suivant le souhait exprimé par Tacite au sujet des Germains', elle exploite les haines qui divisent les Goths et les Vandales, les Francs et les Burgondes. Mais le remède ne lui profite qu'assez peu de temps; les alliances temporaires, essayées par les empereurs, l'incorporation d'auxiliaires, adjoints bientôt en masse aux légions, tous ces moyens ne font chaque jour que mettre davantage en lumière la faiblesse toujours plus grande de l'empire. Quand des Suèves, des Ruges, des Ostrogoths, bientôt des Vandales seront
accouclie à un autre, emporte au loin ses enfants, sans pouvoir jamais se reposer); et sur les Huns : XXXI, 4, 5 : nuUus apud eos interrogatus respondere, unde oritur, potest, alibi concephis, natusqite procul et longius educatus (aucun d'eux ne peut dire de quel pays il est : conçus à un endroit, nés au loin, et élevés bien plus loin, voilà leur sort). C'est à Tétat de règle ce que disait, avec crânerie, Bonaparte à Dorsenne, pendant l'expédition d'Egypte : « Vous êtes né au bivouac, vous avez grandi au bivouac, et, si je vis, vous y mourrez ».
\. Vopiscus, Aurel., 34, 3, dit : cervis (cerfs).
2. Germ., xxxiii, fin : duret gentibus... cerle odium «t/i (puisse au moins durer chez les peuples la haine qu'ils ont les uns pour les autres).
devenus chefs de la milice, il sera clair aux yeux de tous que Tempire d'Occident touche à sa fin.
Interrogeons deux des auteurs les plus célèbres du V® siècle, et voyons ce qu'ils disent des barbares qu'ils ont vus mêlés à la société de leur temps.
Ammien Marcellin.
Ammien est un soldat qui déteste les intrigues de cour et la populace des grandes villes. Il juge les barbares en adversaire. Suivant l'ancienne tradition, il ne voit dans ces ennemis du Rhin et du Daaube que « la matière » sur laquelle doivent s'exercer la patience et le courage des Romains. A sa rhétorique habituelle se mêlent toutefois quelques traits d'observations qui paraissent bien saisis : j'ai cité ce qu'il dit des Saraceni et des Huns; ailleurs il peint les Quades jurant sur leurs poignards, qu'ils honorent à l'égal de la divinité (XVII, 12, fin) ; et dans l'armée de Julien qui marche contre les Alamans, les Cornuli et les Bracchiati poussant leur barrit national (XVI, 12, 43), tandis que de l'autre côté les Alamans embusqués dans les îles du Rhin et dans des lieux escarpés, entre des arbres énormes, poussent des hurlements lugubres avec des injures contre les Romains et contre César (XVI, 11, 8, in.). Leur roi porte un plumet couleur.de feu, flottant sur sa tête; il marche en avant, fier de la force de ses bras, couvert d'armes brillantes et lève un javelot énorme, sur son cheval
écumanl qu'il domine de sa haute taille (XVI, 12, 24). Les Huns sont plus affreux que tous les autres barbares, d'après Ammien * : dès leur naissance, le fer sillonne leurs joues pour que la vigueur du poil soit arrêtée par les cicatrices; imberbes, ils ont Tairvieux, sans jamais ombre de beauté ; semblables à des eunuques; tous avec des membres solides et trapus, de grosses têtes, « formes monstrueuses, effrayants, qu'on prendrait pour des animaux à deux pieds, ou tels que ces statues qui soutiennent les ponts, souches taillées en forme humaine, grossièrement ébauchées ».
Ammien, ne fût-ce que pour imiter Tacite, ne pouvait manquer de citer quelque coutume horrible : il raconte qu'après avoir écorché leurs ennemis, les Gelons se revêtaient de leur peau, eux et leurs chevaux (XXXI, 2, 14). .
Sidoine Apollinaire.
Sidoine est un rhéteur poète, un Gallo-Romain, qui aime les riches villas, les beaux discours, les poèmes et les lettres bien tournées ; il y réussit et son talent l'a porté pour quelques jours à une haute situation. Autour de lui paraissent des nobles de province, qui ont les mêmes goûts, très préoccupés de jeux et de fêtes, à cheval sur l'étiquette, surtout ambitieux, se jalousant et se calomniant