ET DE TRAJAN
Nous passons aux lettres de Pline et de Trajan *. Dès qu'il y a double série, lettres et réponses, le lecteur ne peut s'empêcher de les comparer l'une
i. C'est à dessein que je laisse de côté la question de l'authenticité de tout ou partie de ces lettres. On la trouvera bien exposée et discutée avec beaucoup de sens dans l'édition de M. Hardy (London, Macmillan, 1889) et dans la thèse de M. Wilde (Leyde, 1889).
330 KOME ET L'EMPIRE.
à l'autre, et il arrive, pour cette correspondance ancienne, ce que nous avons vu se produire dans des publications de lettres de nos contemporains : il y a souvent mc^prise ou déception pour Téditeur, le beau rôle n'étant pas donné par le lecteur à celui des correspondants dans l'intérêt de qui était faite la publication. De même dans ces lettres que la famille ou les amis de Pline ont dû éditer, ce n'est pas Pline sûrement qui, d'après nous, a le beau rôle. Sa rhétorique ne couvre pas ses faiblesses; notre sympathie va d'abord à Trajan et lui reste. Nous admirons ses brèves réponses où paraît tant de bon sens et parfois tant d'élévation morale. Que le style de cour ait été dès ce moment en usage, nous le savions par le Panégyrique^, De même, que Pline célèbre le dies natalis * de Trajan, et rapporte à l'empereur les vœux qu'il a faits à cette occasion, nous le comprenons; car nous sommes sûrs que Pline était sincère. Mais sur combien de vétilles d'administration n'en réfère-t-il pas au prince? Il faut que ce soit Trajan qui critique, avec douceur et indirectement, les demandes répétées, que lui fait son légat, d'envoyer en Bilhynie un architecte et un ingénieur, comme si ce n'était pas d'Asie et de Grèce que Rome les faisait venir'! L'empereur maintient
i. Pline appelle l'empereur Dominus (seigneur), sanclissimus (très saint); il parle de son indulgentia, de sa pietas de sa magnitudo (sa grandeur); de la félicitas orbis, etc.