CHAPITRE IV
Les distractions que trouvait tout citoyen aux bains et dans les jeux, très démoralisantes certainement, ont été rendues plus nécessaires par Tinactivité politique du temps de l'empire. — Les Romains ont voulu en jouir partout où ils se sont établis. Ruines de thermes, de cirques, d'amphithéâtres, éparses jusqu'aux extrêmes frontières.
l. Les thermes. — Le bain est devenu habituel et nécessaire pour les Romains de l'empire. Bains redoublés et conséquences. — Bains privés. Ceux de Pompéi. Doubles cloisons intermurales. — Bains publics ou thermes. Ceux de Pompéi; ceux de Rome. Confusion, tapage, indécence qui y régnaient. — Chefs-d'œuvre qui les décoraient.
IL Les jeux. — Le peuple estimait qu'ils étaient dus par les empereurs. On les donnait à toute occasion. Ils étaient souvent accompagnés de distribution de cadeaux. Le peuple, tout à son plaisir, se montrait volontiers inhumain. — 1° Les Cirques et les Stades. — Les Cirques. Rome s'y portait tout entière. Les quatre couleurs. Jusqu'à quel point plébéiens, nobles, empereurs même, tous se passionnaient pour la victoire de leur parti. Le grand cirque. — Les stades. La place Navone et le stade du Palatin. — 2° Les théâtres. — Là se réunissait toute la société romaine. Les sujets étaient ceux que chantaient les poètes dans leurs vers, que représentaient partout les artistes. — L'histoire du théâtre à Rome nous est moins bien connue que leur disposition matérielle. Types des théâtres romains; en quoi ils différaient des théâtres grecs. Bruit du théâtre. — On jouait sans doute au théâtre des pièces de tous genres; sûrement peu morales. — Démonstrations du public. — 3° Les amphithéâtres. — Deux sentiments opposés qu'éveille
chez nous la vue des amphithéâtres romains. Ruines existantes. — Spectacles donnés dans l'amphithéâtre. Lettres de De Spectaculis de Martial. Scènes empruntées à la mythologie. Gymnastes, funambules, virtuoses. Chasses (venationes) et combats d'animaux. Combats de gladiateurs.
La vie des Romains se passait presque tout entière hors de la maison. Mais où se passait-elle? Quand un Romain de Tempire n'était pas chez lui, où fallait-il aller à sa recherche? Dans les comédies de Plante, les personnages, en quittant la scène sans rentrer chez eux, disent qu' « ils vont au forum ». C'est une tradition qui a dû longtemps se conserver. Sous l'empire, les flâneurs gagnaient plutôt le Champ de Mars, tout rempli de monuments et de portiques. Faisait-il jour encore? l'absent devait être au bain ; il s'attardait vraisemblablement dans l'un des thermes publics, où l'administration de l'empire déployait un luxe inimaginable. Donnait-on des jeux? sauf les philosophes ou un Juvénal, aucun Romain n'eût voulu y manquer. Suivant l'heure et suivant ses goûts, celui qu'on cherchait avait les meilleures chances d'être au théâtre, au cirque ou à l'amphithéâtre.
A nos yeux c'était de toute manière bien mal employer son temps. De ces distractions, la plupart étaient fort démoralisantes. 11 y avait au bain une terrible promiscuité. Dès l'antiquité, les philosophes avaient dépensé force déclamations contre les heures qu'on passait au cirque, contre les passions folles qui s'y démenaient ; et aussi contre les dangers des théâtres et les horreurs de Tamphi-
théâtre : toute cette prédication restait sans effet. D'abord Tinactivité politique de Témpire paraissait les justifier. N'est-ce pas le despotisme d'un seul qui avait peu à peu réduit la plèbe à ne souhaiter que « du pain et des jeux »? Comme Octave se plaignait des querelles des mimes et de leurs partisans : « Il est de ton intérêt, répondait le célèbre Pylade, que le peuple ne songe qu'à nos débats * ». Les citoyens, dispensés de tout le reste, n'avaient plus à s'occuper que de leurs plaisirs ; ils s'y livrèrent donc sans trêve ni mesure.
La fréquentation des thermes et des jeux devint ainsi une forme normale de la vie romaine. Elle a été transportée par les colons et les légionnaires sous tous les climats, à toutes les frontières du monde ancien. Sous les glaces, dans le désert, au bord du Sahara comme sur le Danube, à quel signe reconnaissons-nous le passage des Romains? A leurs routes, sûrement; mais celles-ci nous mènent presque toujours à quelque ruine prochaine de bains, parfois de théâtre, plus souvent d'amphithéâtre : tellement ces habitudes étaient devenues une partie inséparable de la vie des Romains et comme un des signes extérieurs, pour nous plutôt étrange, de leur civilisation.
Il nous reste de ces monuments des ruines nombreuses, parfois grandioses, quelques-unes fort belles. Nous ne pouvons ici ni les énumérer, ni les