V. — L*AMPHITUÉATRE
L'aspect des amphithéâtres anciens * éveille chez nous des sentiments opposés : d'une part une véritable admiration pour ces édifices dont l'immensité et la majesté nous ravissent; mais aussi l'étonnement et l'horreur à la pensée des spectacles qu'on venait chercher ici.
On sait que l'amphithéâtre est au propre un double théâtre ; les deux théâtres mobiles de Gurion, en se réunissant, formaient l'amphithéâtre ordinaire. Le plus beau, le plus vaste qui soit conservé, est le Colisée; mais on en a beaucoup d'autres, très vastes encore et très ornés : je ne cite que ceux de Pompéi, de Pouzzoles, de Vérone ^. Nous avons remarqué la petitesse de beaucoup de théâtres anciens ; ici ce qui frappe avant tout, c'est l'étendue des amphithéâtres, leur masse imposante, et, pour quelques-uns, le mot ne sera pas trop fort, leur immensité.
\. Par exemple llist.-Aug., Maximin^m, 3 (Peter, II, p. 9 au bas).
2. Voir, dans le dictionnaire de Saglio, l'article Gladiateurs de M. Lafaye, et l'article Amphitheatimm de M. Thierry.
3. M. Friedlaender en a donné une liste dans un supplément au tome II de l'édition allemande des Sittengeschichte, p. 502 et suiv.
Nous n'ignorons pas à quoi ils servaient et quels spectacles s'y donnaient. Au besoin Martial nous renseignerait avec précision, moins par ses diverses épigrammes, quoiqu'il y fasse souvent allusion aux succès du jour, que par le livre spécial qu'on place en tète des autres et qui a pour titre De speclacuîls.
rReprésenlations. Scènes mythologiques. Fêtes diverses. La machinerie jouait dans les amphithéâtres un grand rôle. L'arène pouvait être inondée pour les naumachies, et ensuite rapidement mise à sec pour les combats. Grâce à des échafaudages el aux décors qu'on apportait, on figurait des scènes mythologiques, avec grand apparat : ainsi le jugement de Paris, comme le décrit Apulée; Léandre nageait vers Héro; on voyait Hercule, Neptune, les Néréides; la terre s'ouvrait; Orphée en sortait bientôt entouré d'animaux. La plèbe se délectait surtout aux spectacles obscènes ou cruels; on lui donnait Pasiphaë; un Dédale, déchiré par un ours; un Prométhée, représenté par un malheureux dont le supplice était véritable. Si Lauréolus était figuré de même, Martial excusait la cruauté du spectacle, dont il avait quelque conscience, en déclarant que le supplicié devait être un criminel '. On dit de lui comme des centaines d'animaux qu'on sacrifie : c'est une perte qui ne compte pas {perdere vile est).
On produisait à Tamphithéâtre les gymnastes et les funambules de tout genre; des animaux savants, etc. Nous voyons ainsi qu'au temps de Dioclétien, les portiques des communs des palais des empereurs étaient couverts de peintures rappelant les jeux donnés par Carus et Garinus avec les exploits des gymnastes et des virtuoses dont le peuple avait eu le spectacle *.
Mais les représentations de l'amphithéâtre se composaient principalement de chasses ou combats de bêtes {venationes), et de combats de gladiateurs.
2° Les chasses ou combats de bêtes.
Combats de gladiateurs.
L'avènement d'un empereur, ses victoires vraies ou fausses servaient d'occasion; il se faisait alors des dépenses énormes et une consommation effrayante d'animaux et d'hommes. Tout ce qui s'était fait sous la république, où cependant nombre d'ambitieux avaient pris ce chemin pour
1. Vopiscus, 19 (Peter, II, p. 244, 4) : « Memorabile maxime Cari et Carini et Numeriani hoc habuit imperium quod ludos populo R. novis ornatos spectaculis dederunt, quos in Palatio circa porticum stahuli pictos vidimus » (Le règne de Carus, Carinus et Numérien offrit surtout ceci de mémorable qu'ils donnèrent au peuple romain des jeux relevés par des spectacles nouveaux que nous avons vus peints au Palatin, autour des portiques des communs). Ensuite mention d'un neurobates (danseur de corde), d'un tichobates (baladin marchant sur un mur [tei^o;]; gravissait-il des obstacles ou mimait-il la défense d'un soldat?), d*ours dansants, de chœurs, de virtuoses, de mimes, d'un feu d'artifice, etc.
se ruiner *, était laissé bien loin en arrière. Quand Trajan revint à Rome après sa victoire définitive sur Décébale et les Daces, il donna, pendant 123 jours, des spectacles où furent tuées 1000 et jusqu'à 10 000 bêtes, tant sauvages que domestiques, et où combattirent 10 000 gladiateurs '. La description d'une grande chasse, donnée par Probus dans le cirque, nous a été conservée par son biographe '. Lions, léopards, ours y furent produits par centaines; cerfs, sangliers, daims par milliers; de gros arbres, apportés dans Tarène, y figuraient une forêt.
Le matin, on produisait régulièrement des animaux rares, des antilopes, des girafes; on faisait combattre ensemble des animaux différents : lions, ours, tigres, taureaux, éléphants, sangliers, rhinocéros, léopards; ou l'on opposait ces animaux à des dompteurs. La représentation était précédée de processions, de défilés de chars (pompa) aussi odieux aux esprits sérieux que ceux des jeux du cirque *. L'après-midi avaient lieu les combats de*^ gladiateurs. Ce n'était pas seulement entre eux une lutté d'escrime poussée à mort; on variait ces combats par des règles et l'emploi d'armes
i. Gassius tuera César parce que celui-ci a retenu des lions dont Gassius voulait donner au peuple le spectacle.