‹ Rome & l'empire aux deux premiers siècles de notre èreChapitre 84 sur 246 · Ovide, Fastes, I · texte numérisé non relu

Ovide, Fastes, I

Te dicam, Jane biformis ;

Nam tibi par nulliim Grœcia numen habet.

(Je te chanterai, Janus à deux visages; car la Grèce n'a aucune divinité qui te reésemble.)

liO ROME ET l'empire.

pièce de monnaie. C'était aussi une fête religieuse qu'on célébrait dans toutes les maisons. Elle commençait au foyer, où Ton exposait les Lares après les avoir parés. Chacun se rendait ensuite dans toutes les maisons amies, et la joie était ou devait être générale.

Quel était le sens de la fête? Que demandait-on aux dieux du foyer? Pourquoi ces démonstrations de joie affectées ou sincères? C'est que ce jour commençait Tannée, et tout commencement, pour des esprits superstitieux, est un présage de l'avenir. Janus exprime parfaitement, dans sa réponse à Ovide, la pensée des Romains :

Omina principiisy inquit, inesse soient*.

Il fallait que le présage fût bon, et Ton faisait ce qu'on pouvait pour cela. Dans cet espace de quelques heures où l'on voulait voir en raccourci ce qu'apporteraient les jours et les mois suivants, une humeur sereine était comme une garantie contre l'approche des chagrins. L'obole reçue d'un ami faisait espérer toute une suite d'innombrables profits. Une parole indifférente ou fâcheuse eût causé les plus vives inquiétudes : elle aurait « porté malheur ». Quand des politiques égoïstes, réalistes et surtout cruels, Marius et Tibère, négligèrent de suspendre, ne fût-ce qu'en ce premier jour de l'année, l'exécution de leurs vengeances capitales,

1. C'est par le commencement de toute chose qu'on présage de ce qui doit suivre ; Fastes, I, 178.

les contemporains virent dans ce fait Tindice de malheurs imminents.

Strena désignait primitivement, nous dit-on, un rameau bénit, détaché des bois du bosquet sacré qui environnait le Strenias sacellum; c'était, disait^, on encore, une branche de laurier, présage de victoire. Mais de bonne heure ce lien de la fête avec une cérémonie religieuse devint plus lâche.

Tout d'abord les cadeaux étaient très simples. Les pauvres, qui n'en auraient pu donner d'autres, assuraient plus tard que seuls ils étaient restés fidèles à Tancienne tradition. Ils s'offraient, les uns aux autres, des branches de palmier, des figues, du miel, des dattes, parfois recouvertes d'une mince feuille dorée. A ces présents en nature s'ajoutait celui qui finit par compter seul, en déplaçant tous les autres : à savoir la pièce de monnaie (stips) d'abord d'airain, puis d'or; enfin une somme plus ou moins ronde, ou un objet de valeur, artistique ou non, dont le donataire s'appliquait d'abord à bien déterminer le prix.

On avait l'habitude d'attacher aux cadeaux un sens symbolique. Les fruits et les sucreries annonçaient une année douce ; les pièces d'argent ou d'or, une année de profit. Souvent une inscription spéciale contenait Texpression de ces vœux ; ainsi aux lampes et aux candélables était ajouté un petit bouclier portant : annum novum faustum felicem *,

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