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ÉGLISE SAN PIETRO IN VATTGANO

Cliché Andcrson. Typogravurc Jean iVlalvaux

GlOTTO DI Bon DO NE.

Le Sauveur adoré par le Cardinal Stefaneschi.

SAIN PIETRO IN VATICANO

5° Sacristie du chapitre (Stanza capitolare). Giotto di Bondone.

Ciborium du cardinal Slefaneschi.

Triptyque, dont les trois panneaux sont maintenant séparés. Panneau central :

Le Sauveur adoré par le cardinal Slefaneschi.

Sur un trône dont le dossier est formé d'un gable gothique, couronné de fleurons, est assis le Sauveur, en robe dorée et manteau bleu à fleurs; de la main gauche, il appuie, sur son genou, un livre, et, de la droite, il bénit; au premier plan, à gauche, est agenouillé le donateur, en robe bleue et manteau rouge, les mains jointes, un chapeau de cardinal à ses pieds. Sur chaque côté, des anges superposés, huit à gauche, neuf à droite, en adoration. Ce motif est renfermé dans un cadre également en forme de gable, dont les pilastres renferment chacun trois figures de saints, vus en pied. A la partie supérieure : dans les angles, deux bustes de prophètes; au milieu, l'Éternel, vu à mi-corps, tenant le globe du inonde et un livre dans les mains et, entre les dents, une épée à deux tranchants.

« Le principe d'après lequel le Rédem pleur devra exprimer sa majesté suprême par des proportions plus grandes que celles des anges, des fidèles et des disciples, a été observé à la lettre dans cette peinture, dans laquelle une certaine immobilité dans l'attitude et dans l'expression de la bouche et des yeux a été conservée. Dans les anges qui, suivant le système de Cimabue, sont étagés par rangées, le formalisme de l'arrangement est adouci par un heureux choix des attitudes, une grande diversité des physionomies, une grande exactitude des proportions et une expression de fervente adoration. Le sentiment religieux qu'exprima si profondément Giotto fut rendu ici avec le plus entier succès dans la figure du premier ange agenouillé contre le trône, vis-à-vis du donateur » (Cr. et Cav., It., i, 234).

Panneaux latéraux.

A droite :

Martyre de saint Pierre.

Au milieu, le saint, en croix, la tête en bas ; sur les côtés, la Madeleine, saint Jean, des saintes femmes, des soldats et des cavaliers; à gauche, une femme, jetant ses bras en arrière, telle qu'on la retrouve dans la Mise en croix de l'Eglise inférieure, à Assise, et un petit enfant dont le visage exprime la frayeur; à droite, un assistant avec le masque de

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Néron, un marteau à [la main; au fond, deux pyramides, dont l'une à droite, tronquée, porte à son sommet, un arbre. Vers le martyr, volent deux figures ailées, celle de droite présentant un livre ouvert. A la partie supérieure de l'encadrement, dans un médaillon, le saint, les mains jointes, est enlevé au ciel par des anges ; sur les côtés, deux bustes de prophètes; au sommet du gable, Abraham, un couteau à la main et Isaac. Sur les montants, de chaque côté, trois prophètes, vus en pied, regardant avec ferveur, le martyr « admirables de mouvement et d'expression ».

« Le corps bien proportionné de saint Pierre est plein de vie et d'élasticité. Le nu est rendu, ici, avec une intelligence surprenante, eu égard à l'époque. Non seulement les diverses parties du corps sont établies conformément aux règles qu'institua, avec autorité, Michel-Ange, au xvi" siècle, mais les articulations et les muscles occupent leur place naturelle » (Cr. et Cav., id., 255).

A gauche :

Martyre de saint Paul.

La tête auréolée du saint a roulé à terre ; auprès du torse agenouillé, deux femmes et un disciple, les mains jointes; sur les côtés, à gauche, des soldats armés de piques; à droite, des cavaliers et un porte-étendard; au premier plan, le bourreau, en costume rouge, remet l'épée au fourreau. Fond de paysage : à gauche, sur une colline, un fidèle, vers lequel volent deux anges, tend les bras pour recevoir le manteau que le saint, enlevé au ciel par des anges, laisse tomber; au sommet du gable, un saint; sur les côtés, deux prophètes, dans des médaillons; sur les pilastres, de chaque côté, trois saints, vus en pied.

Au revers des panneaux :

Saint Pierre.

Sur un trône, portant les clés et bénissant. A ses côtés, deux anges et deux ecclésiastiques présentés par leurs patrons. Le personnage de droite est certainement le cardinal Stefaneschi qui tient à la main un ciboriumj hexagonal ; auprès de lui, saint Georges. Celui de gauche, nimbé, porte un livre et est accompagné d'un saint en riche dalmatique. Les pilastres sont ornés, non de figures, mais d'arabesques; au sommet du gable, un ange, en tunique bleue, un livre à la main.

« Une grande individualité dans les visages, une imposante gravité dans la figure de saint Pierre, de la noblesse dans les anges, sont les signes distinctifs de ce panneau que le temps a noirci et qui est fendu dans sa hauteur » (Cr. et Cav., irf., 236, n.).

Sur les côtés de ces panneaux, agrémentés de figures et de médaillons :

SAN PIETRO IN VATICANO

Tyll

A droite :

Saint André et saint Jean VÊvangéliste.

A gauche :

Sainl Jacques et saint Paul.

Tous deux, dans des niches; au-dessus d'eux, un prophète déroulant une banderole.

Predella :

Elle se composait de cinq panneaux, dont l'un a disparu. Ceux qui ont été conservés représentent :

1° La Vierge sur un trône.

L'Enfant Jésus dans ses bras, entre deux anges portant des encensoirs; saint Pierre, à gauche, et saint André, à droite.

« Giotto donne, ici, à la Vierge, une sérieuse gravité plus semblable au vieux type conventionnel qu'au type ordinaire; cependant, il imposait dans ce type ancien une certaine nouveauté d'aspect en lui donnant de meilleurs proportions qu'à l'ancienne. Son observation attentive de la nature est rendue par le magnifique Enfant Sauveur, dont l'occupation est cette manie enfantine de sucer sa petite main » (Cr. et Cav.,

It., 257).

2° Cinq apôtres.

Vus en pied.

3° Cinq apôtres.

Vus en pied.

4° Saint Laurent et deux autres saints Vus en buste.

Cette série d'ouvrages de Giotto a été très endommagée; mais elle n'a, en aucun endroit, soulfert de restauration et elle permet d'étudier la facture du plus grand des maîtres primitifs de l'école florentine. — « Ce ciborium à fui seul suffit pour justifier l'assertion que Giotto a été le fondateur d'une école de coloris, et qu'il fut un aussi grand peintre de tableaux sur bois que grand fresquiste. Ici, certainement, se retrouvent les mêmes qualités de tonalité qu'on remarque dans les peintures murales d'Assise, le coloris étant transparent, ebaud, brillant avec des ombres grises. Les draperies, dans des gammes claires, sont d'une agréable harmonie et tombent avec une aisance qu'on ne rencontre pas dans les exemples précédents et sont ornementées avec goût » Cr. et Cav. (It., i, 258). — « Le pape1 fit donc venir à Rome, Giotto, où, honorant

1. Le pape dont il s'agit est Boniface VIII et non Benoit IX, ainsi que l'indique faussement \asari.

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beaucoup et reconnaissant son talent, il lui lit peindre, dans la tribune de Saint-Pierre, cinq épisodes de la vie du Christ, et, dans la sacristie, le tableau principal, qui furent par lui exécutés avec tant de savoir qu'il ne sortit jamais de ses mains de plus beau travail : et pour cela, il mérita que le pape, se regardant pour bien servi, lui lit donner comme récompense six cents ducats d'or, en plus de lui avoir fait tant de faveurs qu'on en parla dans toute l'Italie » (Vas., i, 384). — Les panneaux représentant des épisodes de la Passion ont disparu lors de l'agrandissement de l'église ; quant au tableau de la sacristie que nous avons décrit ci-dessus, on sait qu'il fut commandé en 1298 par le cardinal Jacopo Gaetano Stefaneschi et payé au peintre 500 florins d'or.

Melozzo da Forli.

Têtes d'apôtres et anges musiciens.

Un apôtre, âgé — saint Pierre — de trois quarts tourné vers ta droite, vêtu d'une tunique rouge, porte un manteau vert sur l'épaule droite.

Un autre, plus jeune, vu de face, les yeux levés au ciel, en robe rouge et manteau jaune, la main gauche en avant.

Le troisième — saint Jean — vu de lace, regardant à droite, vêtu • d'une robe verte et d'un manteau rouge.

Le quatrième, en tunique verte, le visage tourné de trois quarts vers la gauche, lève les yeux au ciel.

Les tètes auréolées se détachent sur un fond bleu.

Un ange jouant de la viole, tourné de profil vers la gauche, en robe verte à manches rouges.

Un ange jouant du tambourin, vêtu d'une robe violette à manches vertes, le corps de face, tourne la tête vers la gauche.

Un ange jouant du tambour, le corps incliné vers la gauche, le visage de face et vêtu d'une robe grenat à manches vertes.

Un ange jouant du violon, vu de face, en robe jaune à manches rouges.

Un ange jouant de la mandoline, le corps tourné vers la droite, la tête de face, est vêtu d'une robe grise à manches bleues ; à droite, une draperie rouge.

Un ange jouant du violon, de trois quarts tourné vers la droite, en robe vert foncé à manches grenat.

Deux groupes d'angelots, au milieu de nuages, deux à deux.

Ces fragments proviennent de l'église des Saints-Apôtres et faisaient partie de la célèbre Ascension dont parle Vasari (m, 52). — « A l'époque où Benozzo Gozzoli habitait Rome, il s'y rencontra avec un certain Melozzo, originaire de Forli, que beaucoup de personnes, trompées par la conformité du temps et des noms, ont confondu à tort avec lui. Il s'occupa surtout, avec beaucoup de soin et de diligence, à l'étude des raccourcis comme on peut le voir à Sant' Apostoli, à Rome, dans la tribune du maître autel, où il représenta, dans une frise, en perspective, plusieurs personnages occupés à cueillir des

ÉGLISE SAN PIETRO IN VATICANO

Cliché Àndsrson

pi 'gravure Jean .Mal vaux.

Melozzo da Forli.

Ange musicien.

SAN PIETRO IN VATICANO

raisins, et un tonneau. Mais ces qualités apparaissent encore mieux dans l'Ascension de Jésus-Christ, dans un chœur d'anges qui le mènent au ciel, où la figure du Christ est si bien en raccourci, qu'elle semble percer la voûte; il fit également des anges qui, avec des mouvements variés, volent dans l'espace. Pareillement, les apôtres qui sont sur terre ont diverses attitudes si bien rendues que cette œuvre fut alors et est actuellement louée par les artistes ; ce fut un grand maître en l'art de la perspective. » — Melozzo, ainsi que nous l'apprend Taja, reçut la comrnande de ce travail du cardinal Riario, neveu du pape Sixte IV, en 1472, suivant Crowe et Cavalcaselle, en 1482, suivant M. Steinmann. — « Le style de ces fresques donne à penser qu'elles ont été exécutées, non pas au début, comme on le croit généralement, mais plutôt vers la fin du pontificat de Sixte IV; sinon, on ne s'expliquerait pas que le peintre favori du pape, celui qui l'aida à créer l'Académie des peintres à Rome, n'eût pas été appelé à décorer la[chapelle Sixtine » (Borck., 575). — Lors de l'agrandissement de l'église, en 1711, la tribune fut démolie et la fresque fut détachée du mur par vin sciage. La figure du Christ qui s'enlève dans les airs fut transportée dans le grand escalier du Quirinal oû elle est encore conservée, avec une inscription latine, composée par le pape Clément XI, et dont la traduction est la suivante : « Cet ouvrage de Melozzo da Forli, qui inventa ou perfectionna l'art de peindre les voûtes suivant les lois admirables de la perspective, a été transporté ici de l'ancienne église des Saints-Apôtres, en l'an du salut 1711. » Les autres fragments décrits, ci-dessus, avaient trouvé place dans la sacristie où ils sont encore conservés. — «Le Christ, il faut le reconnaître, manque d'élévation et de noblesse, il a les extrémités lourdes, et les draperies auraient pu être moins cassées, plus calmes et plus agréables à la vue. Elles peuvent être rapprochées de celles de l'école de Mantegna, et permettent d'accepter l'hypothèse formulée par Lanzi que Ansuino da Forli fut un des maîtres de Melozzo- Mais l'intérêt de cette série ne réside pas dans cette figure centrale, mais dans d'autres fragments qui sont si délicats et si caractéristiques qu'ils rappellent les œuvres de Raphaël et établissent un lien de style entre Melozzo et Giovanni Santi. L'un des apôtres, en robe bleue et manteau rouge, imite la manière de Santi ; l'ange, vu de profil, le visage de face, a l'iris de l'œil entièrement apparent, et dans les traits et les contours une rigidité qu'on retrouve dans les dernières productions de Palmezzano. Les deux groupes d'angelots présentent des nudités et des rondeurs que Pérugin eût pu dessiner.... Un dessin ferme et net, un mouvement hardi et nullement apprêté, une exécution particulière à l'école ombrienne et plus tard perfectionnée par le Pérugin, sont les qualités qu'on admire dans cette série. Comme tonalité, cette fresque est peinte en clair, avec une couleur jaunâtre sur laquelle les ombres sont étendues avec une grande liberté » Cn. etCAv., lt., u, 56l). — « Si l'intluence de Piero délia Francesca se révèle dans la tête d'apôtre aux traits juvéniles, et si la figure du Christ se distingue par la gravité plutôt que par la beauté, en revanche, dans les anges musiciens, quel incomparable mélange de mouvement et de rythme, d'élan et de suavité, de poésie et de style. Ces figures radieuses sont uniques dans la peinture italienne : elles offrent une originalité, une liberté et une beauté telles que même Raphaël n'eût pas été au delà » (E. Muntz, L'Italie, n, 696). Voir Steinmann, Rom in der Renaissance, p. 4.9 et sq.

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